La radio de Patrick Beauduin

À 60 ans, Patrick Beauduin quitte Radio-Canada, mais... (Photo Hugo-Sébastien Aubert, Archives La Presse)

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À 60 ans, Patrick Beauduin quitte Radio-Canada, mais pas question de prendre sa retraite. Il a plusieurs projets, dont l'écriture de deux livres. Et il a bien l'intention de continuer à s'intéresser à l'univers des médias, à sa façon.

Photo Hugo-Sébastien Aubert, Archives La Presse

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Quand la nomination de Patrick Beauduin a été annoncée à l'automne 2010, les commentaires n'ont pas tardé à fuser dans la grande tour du boulevard René-Lévesque: qu'est-ce qu'un publicitaire (il avait été vice-président à la création chez Cossette) connaissait à la radio publique?

Deux ans et demi plus tard, le directeur général de la radio quitte Radio-Canada avec le sentiment du devoir accompli. Il s'était fixé trois objectifs: rajeunir l'auditoire, revoir la programmation et redonner aux employés un sentiment de fierté. Il juge aujourd'hui les avoir réalisés.

Non seulement a-t-il renouvelé deux émissions sur trois, mais il a aussi pensé à la relève. Avec Anne Sérode, directrice de la Première Chaîne avec qui il a vécu une véritable complicité professionnelle, il estime avoir réalisé une petite révolution.

De son bref passage - il s'était donné trois ans, il part quelques mois plus tôt pour soigner un cancer-, on retiendra son furieux besoin d'innover et de brasser la cage (en douceur) d'une institution qu'on disait sclérosée.

«Quand je suis arrivé, la moyenne d'âge des auditeurs était autour de 55 ans, note-t-il. Il fallait aller chercher les plus jeunes sans ostraciser nos auditeurs boomers, ce que nous avons réussi. Du côté de la programmation, je voulais explorer des formes et des contenus différents. Je pense aux capsules historiques d'André Martineau, à l'émission La Sphère ou au jeu Pouvez-vous répéter la question?. Je voulais également faire une place à la relève. Désautels et Bazzo m'avaient confié avoir mis des années avant de se sentir confortables dans un format d'émission. Les jeunes qui sont au micro aujourd'hui ne sont peut-être pas des vedettes, mais si on les accompagne bien, ils le deviendront. À la radio, on peut jouer la longévité.»

Patrick Beauduin n'a que des bons mots pour les Marie-Louise Arsenault, Matthieu Dugal ou encore Stéphane Leclair, le chroniqueur culturel de l'émission C'est bien meilleur le matin. «Jeudi dernier, il a fait boire du rosé Jolie-Pitt à son équipe à 7h du matin. La radio est un média d'accompagnement, j'aime sentir que ça pulse!»

Quelques crises ont marqué sa première année à Radio-Canada, dont la suspension temporaire de Jacques Languirand et le départ de Christiane Charette, mais ce qui l'a le plus ébranlé, ce sont les cotes d'écoute de l'automne 2011. «Quand Christiane m'a annoncé qu'elle quittait, c'était une mauvaise nouvelle. C'était un pilier de la programmation, je ne l'avais pas vu venir. Mais les cotes d'écoute des nouvelles émissions, c'était dur. Je savais qu'on perdrait des gens avec la nouvelle grille, mais la fusion du 98,5 avec CKAC nous a porté un double coup.»

À l'époque, la direction de la radio de Radio-Canada refuse même de diffuser les résultats de certaines émissions. «Je ne voulais pas démotiver les équipes», dit-il aujourd'hui. Certains de ses choix, dont celui de remplacer Christiane Charette par Catherine Perrin, sont questionnés publiquement. «Certaines critiques étaient très sévères, mais j'étais convaincu qu'on avait les bonnes personnes et qu'il fallait leur laisser le temps. La radio est un média qui vit selon le principe de fidélité, contrairement à la télé, où les gens souhaitent de la nouveauté. Quand on change les habitudes, les gens réagissent.»

À l'interne, la mutinerie appréhendée n'a toutefois pas eu lieu. «Quand je suis arrivé en poste, raconte Patrick Beauduin, j'ai pris le temps de rencontrer chaque groupe d'employés ainsi que le syndicat. Je voulais échanger avec eux, je souhaitais qu'on bâtisse la nouvelle grille de programmation ensemble, dans la confiance. La critique que j'ai entendue le plus souvent, finalement, c'est que j'allais trop vite.»

À propos de la décision de mettre fin à l'expérience Bande à part, dont il était un grand fan, Patrick Beaudin est formel: c'est avant tout une décision financière. «Quand Sirius, qui finançait une partie du projet, s'est retiré, il a fallu se rendre à l'évidence, nous n'avions plus les moyens de poursuivre. Si j'étais encore directeur de la radio, je conserverais la marque Bande à part pour des événements, des concerts, par exemple. C'est une marque très forte, ce serait dommage qu'elle disparaisse.»

Qu'aurait-il voulu accomplir s'il était resté à la barre quelques années de plus? «Je me serais attaqué à Espace Musique, répond-il sans hésiter. Je suis fier de ce que nous avons fait avec la plateforme numérique espace.mu, mais je crois qu'il faut se questionner sur l'avenir de la radio musicale. Les jeunes écoutent désormais la musique sur YouTube, Google va lancer son service, il y a Pandora, Spotify, etc. Sans compter les webradios. Toutes les radios et les télés musicales, qu'elles soient publiques ou privées, sont en danger et d'ici cinq ans, elles devront se questionner sur leur avenir.» Serait-il allé jusqu'à envisager la fermeture d'Espace Musique? «J'aurais mis l'hypothèse sur la table, c'est certain.»

À 60 ans, Patrick Beauduin quitte Radio-Canada, mais pas question de prendre sa retraite. Il a plusieurs projets, dont l'écriture de deux livres. Et il a bien l'intention de continuer à s'intéresser à l'univers des médias, à sa façon.




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