Margaret Laurence vue par trois auteures québécoises

Dominique Fortier... (Photo: Robert Skinner, La Presse)

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Dominique Fortier

Photo: Robert Skinner, La Presse

 

Josée Lapointe
La Presse

Dominique Fortier

Comme les romanciers de tout temps, Margaret Laurence cherche à nous montrer ce que c'est que d'exister, d'être aux prises avec le mystère et l'émerveillement des jours. Dans Le cycle de Manawaka, un pays inventé, comme dans Une maison dans les nuages, sorte de journal de voyage au coeur d'un territoire bien réel, elle nous parle d'un monde qui est le sien, et nous le donne à habiter. Elle nous donne surtout pour compagnes des personnages de femmes complexes qui, une fois qu'on a connu leurs rêves, leurs désirs et leurs peurs, nous semblent aussi vraies que celles qui peuplent nos vies. Quelle pertinence ont-elles? Je ne sais pas trop, mais elles nous éclairent et nous confondent - et continuent ainsi de nous éclairer en nous révélant des zones d'ombre dont on ne soupçonnait pas l'existence. Meurtries mais debout, Hagar, Rachel, Stacey sont si vivantes qu'on a l'impression qu'on pourrait les prendre par la main pour faire avec elles un bout de chemin.

Dominique Fortier (Du bon usage des étoiles, La porte du ciel) a traduit un roman inédit de Margaret Laurence, Une maison dans les nuages, qui sera publié en mai. Elle en a aussi écrit la préface.

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L'écrivaine Christine Eddie

Photo fournie

Christine Eddie

J'ai découvert Margaret Laurence en 2008, lorsque les Éditions Alto ont réédité la version française de L'ange de pierre. J'ai tout de suite craqué pour l'orgueilleuse et ronchonneuse Hagar Shipley, une femme qui paraît détestable d'entrée de jeu, mais à laquelle on est si attachée, 400 pages plus loin, qu'on ne veut plus la quitter. J'ajoute Margaret Laurence à la belle liste de celles qui, comme Anne Hébert, Virginia Woolf, Marguerite Duras, Nancy Huston et d'autres, ont réussi à se frayer un chemin dans les dédales très masculins de la littérature. Le cycle de Manawaka a si peu vieilli qu'on a du mal à croire qu'il ait été écrit entre 1964 et 1974. Construit autour de personnages féminins plus grands que nature, dont l'univers intérieur est extrêmement riche, il aborde des thèmes toujours très actuels: la vieillesse, la solitude, le deuil, les contraintes sociales, l'angoisse, la lucidité, le dépassement... Et puis, il y a l'écriture, le style, l'humour, la force des monologues, la fluidité des différents niveaux de narration: un ravissement. J'envie ceux et celles qui ne l'ont pas encore lue. Ils l'ignorent encore, mais des heures de bonheur les attendent!

Christine Eddie (Les carnets de Douglas, Parapluies) a signé la préface des Devins.

Marie Hélène Poitras... (Photo fournie par le Salon du livre de Montréal) - image 3.0

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Marie Hélène Poitras

Photo fournie par le Salon du livre de Montréal

Marie Hélène Poitras

Quand l'éditeur d'Alto Antoine Tanguay m'a fait découvrir Margaret Laurence, j'ai vite compris que j'avais affaire à une grande, que Laurence appartenait à une sorte de triumvirat d'écrivaines canadiennes-anglaises avec Margaret Atwood et Alice Munro, un peu comme Anne Hébert, Marie-Claire Blais et Gabrielle Roy chez nous. Des écrivaines d'abord universelles, dont les oeuvres s'apprécient en dehors de la question féministe. Hagar Shipley, narratrice et protagoniste de L'ange de pierre, a les dispositions d'esprit d'une femme moderne. Elle sent et laisse monter en elle le désir, assume ses idées qui vont à contre-courant et défend ses positions avec aplomb à une époque où on accordait peu d'importance à la voix d'une femme, surtout âgée. D'ailleurs, ce livre a été banni des écoles secondaires canadiennes après avoir été qualifié de «blasphématoire et obscène». Tout comme son personnage, Margaret Laurence assume et subit ses choix. Deux insoumises qui se tiennent droites: ça me parle, ça résonne en moi.

Marie Hélène Poitras (Soudain le Minotaure), dont le prochain roman, Griffintown, sera publié en avril, a signé la préface de L'ange de pierre.

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