David Dufresne: Paris trouble

Le Montréalais David Dufresne est en lice pour... (Photo IVANOH DEMERS, LA PRESSE)

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Le Montréalais David Dufresne est en lice pour le prix de Flore avec son roman New Moon - Café de nuit joyeux. 

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Mario Cloutier

Le Montréalais David Dufresne saura aujourd'hui s'il remporte le prix de Flore qui, par le passé, a récompensé les Michel Houellebecq, Virginie Despentes et Christine Angot. Son récit New Moon - Café de nuit joyeux porte sur l'histoire d'une célèbre boîte parisienne qu'on pourrait comparer à nos Foufounes électriques.

David Dufresne fait du collage... par écrit! Ses webdocumentaires (Prison Valley) ont des allures encyclopédiques et ses livres (Tarnac, magasin général) empruntent aux enquêtes documentaires fouillées. Dans New Moon - Café de nuit joyeux, il raconte, à l'aide d'une écriture de belle tenue, un coin de Paris qui n'existe plus.

«J'ai assisté par hasard à la destruction du New Moon en 2004. Je l'ai filmée et mise sur mon blogue. J'ai reçu 30 000 visites sur mon site. Puis, mon éditrice voulait faire une collection sur des lieux disparus. C'est donc un livre qui est en gestation en moi depuis longtemps.»

Le New Moon, c'est Pigalle. Dans l'histoire de ce lieu mythique, Piaf y rencontre Manet. Les effeuilleuses, la mafia et les punks y descendront aussi. David Dufresne, passionné d'histoire, a fouillé les décombres d'un haut lieu du rock et de la contre-culture qu'il a bien connu dans sa jeunesse.

«C'est la queue de la comète de la contre-culture. Avec Nirvana, la contre-culture est devenue dominante, et ça ne marchait plus. C'est comme le rap. Dans le temps du New Moon, il y avait une internationale rock'n'roll. Ça allait au-delà des frontières.»

Installé à Montréal depuis sept ans maintenant, l'écrivain a la «nostalgie joyeuse». Sa ville d'adoption a été déterminante dans l'écriture de son récit qui se lit comme un roman.

«Montréal m'a donné la force de faire ce livre. Ça me fait bizarre de parler comme un écrivain, mais j'ai ressenti que la distance me permettait de le faire. Si j'étais resté en France, j'aurais été beaucoup trop empêtré dans les souvenirs des uns et des autres.»

«Beaucoup de groupes qui ont joué au New Moon, ajoute-t-il, ont trouvé une seconde maison au Québec: Wampas, Bérurier noir... À la fin du livre, il y a du Montréal quand je me moque de tous les trucs du genre zen food, South Pigalle, les sex toys, les love hotels... En quelques années, c'est extraordinaire comme on assiste à un appauvrissement de la langue en France. Paris vit maintenant à l'heure américaine.»

New Moon - Café de nuit joyeux, de David Dufresne... (Image fournie par le Seuil ) - image 2.0

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New Moon - Café de nuit joyeux, de David Dufresne

Image fournie par le Seuil 

Pays sclérosé

En adoptant la position de l'observateur distant, David Dufresne a, en fait, découvert un pays de plus en plus sclérosé.

«Tout le moment de l'enquête et de l'écriture, j'ai vu la France qui change: l'extrême droite, le repli sur soi, la muséification... C'est tout le contraire de ma démarche.»

Paris Pigalle, Paris Montmartre... On se fait une idée, mais David Dufresne nous fait découvrir, dans ce New Moon, un Paris d'une mouvance trouble.

«Les quartiers rouges ici, à Amsterdam et à Paris charrient tous des plaisirs, des souffrances, des interdits, des libérations, des flics... Pas besoin d'avoir connu le New Moon pour s'y intéresser.»

«C'est l'histoire de Paris que je raconte, des nazis aux Américains en passant par les Corses et Édith Piaf. Dans ce bâtiment, il y a eu Degas et Manet. C'est quand même formidable.»

C'est aussi l'histoire bienveillante d'un quartier populaire et des formes de survie qu'on y trouve: des gens mal pris tentant de s'en sortir.

«Ces gens-là méritent qu'on s'arrête à eux intégralement. Pas uniquement en posant un regard moral. Il y a beaucoup de morts et de tragédie. En même temps, il y a des joies extraordinaires dans ce quartier. Des moments révélateurs d'humanité.» 

Non-fiction

David Dufresne écrit de la narrative non-fiction, comme disent les Français. Chose certaine, il se tient loin de l'autofiction, qu'il qualifie de «double mensonge». À ses yeux, l'important, c'est le «sens de l'histoire». À Montréal, il a été frappé par la différence entre la vieille Europe et la jeune Amérique du Nord.

«Le souffle, le rythme, les côtés positifs de mon livre viennent de Montréal. Le côté en avant, c'est d'ici. C'est pas le musée, pas le passé ni le passif. Je suis au confluent des deux cultures et j'aime bien.»

C'est aussi un livre de maturité et de maturation. «C'est une histoire de garde, comme du vin de garde. Après avoir gardé la bouteille pendant 30 ans, je me suis dit que je pouvais la sortir. Si je l'avais fait il y a 10 ans, j'aurais eu l'air d'un vieux con. C'est ce qui me gêne dans la littérature rock, c'est souvent vieux con. Du genre "c'était mieux avant".»

Pigalle, Paris... les quartiers et les villes changent. Montréal aussi, dit-il. Inévitablement.

«Pigalle, c'est autre chose maintenant. Ce quartier qui était unique au monde devient banal comme n'importe quel centre-ville de France. Le problème de Paris, comme beaucoup de métropoles dans le monde, c'est l'embourgeoisement. Il y a beaucoup d'argent, il y a encore de la vie, mais c'est une vie économique, pas une vie créative. On l'a vu à New York, et je crois qu'on va le voir à Montréal tôt ou tard.» 

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New Moon - Café de nuit joyeux. David Dufresne. Seuil. 350 pages.




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