Élise et François Gravel: des projets d'écriture père-fille

«Sans [mon père], peut-être que ça aurait été... (Photo IVANOH DEMERS, Archives LA PRESSE)

Agrandir

«Sans [mon père], peut-être que ça aurait été super intimidant pour moi d'envoyer mon manuscrit à des éditeurs», raconte Élise Gravel.

Photo IVANOH DEMERS, Archives LA PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Samuel Larochelle

Collaboration spéciale

La Presse

Avoir un parent écrivain permet certainement de mieux comprendre les subtilités du monde littéraire, mais la filiation ajoute également une bonne dose de pression. Sans parler des frustrations - ou des joies - d'être la fille ou le fils de... Cette semaine, c'est au tour de François et d'Élise Gravel de se confier à La Presse.

Superstar de la littérature jeunesse, Élise Gravel est particulièrement demandée par les temps qui courent. En plus d'écrire et d'illustrer ses nombreux livres en français, elle travaille de plus en plus sur des projets américains, chinois, espagnols, italiens et coréens! Son horaire est si chargé qu'elle refuse presque toujours les contrats d'illustrations pour les autres écrivains. Sauf un: son père, François Gravel, qui fait lui aussi figure de géant dans le monde littéraire avec plus de 100 publications en carrière.

De toute évidence, la créatrice adore écrire ses histoires et les illustrer. Parfois, elle se laisse même surprendre par l'imagination de certains illustrateurs qui utilisent ses mots comme matière première. Mais mettre ses images au service d'un autre, très peu pour elle. «Je n'aime pas ça, dit-elle. Je préfère être la boss de mes projets.»

Pourtant, elle a illustré plusieurs livres de son père, comme La bande des quatre, Lola superstar et les Guides du tricheur

«Je me sens à l'aise dans son univers. Je trouve ça l'fun de travailler avec [mon père], alors que j'ai beaucoup moins de proximité et de complicité avec d'autres auteurs.»

Leur collaboration est assurément facilitée par la décision du paternel de ne jamais intervenir dans les dessins de sa fille. «Quand je choisis un illustrateur, que ce soit Élise ou un autre, je lui laisse carte blanche, explique François Gravel. En tant qu'écrivain, j'ai le plaisir d'inventer ce que je désire, alors je veux que ce soit la même chose pour eux. Quand ma fille travaille sur mes projets, je la laisse aller.»

Unis par l'humour

Une certaine parenté de style permet également à leurs imaginaires de se rencontrer plus aisément que d'autres. «Je n'ai pas beaucoup de recul par rapport à ce que je fais et je préfère laisser l'analyse comparative aux professeurs de littérature... mais je crois que l'humour nous caractérise tous les deux, affirme le créateur. Nous avons une façon de voir la vie qui nous est commune.»

Élise abonde dans le même sens. «Nous misons très souvent sur l'humour et l'absurdité des situations. Par contre, mon père est vraiment meilleur que moi pour construire une histoire. De mon côté, je suis plus forte pour imaginer des blagues visuelles.»

Quand il observe le parcours de sa fille, François Gravel est surpris par la rapidité avec laquelle elle s'est démarquée des autres. «À partir du jour où elle a fait ses premiers dessins, ça lui a pris environ un an pour trouver son style, se remémore-t-il. On reconnaît ses illustrations tout de suite. C'est remarquable! Aujourd'hui, d'autres essaient de l'imiter maladroitement. Elle est devenue une référence!»

En quelque 30 ans de métier, François Gravel a... (Photo Robert Skinner, La Presse) - image 2.0

Agrandir

En quelque 30 ans de métier, François Gravel a plus de 100 publications sur sa feuille de route.

Photo Robert Skinner, La Presse

Sa fille est tellement devenue une figure de proue dans le milieu que les rôles se sont inversés au fil du temps. 

«Avant, on parlait d'Élise comme la fille de François Gravel. Maintenant, je suis souvent présenté dans les écoles comme le papa d'Élise Gravel. Elle a un niveau de popularité impressionnant auprès des tout-petits.»

Ironiquement, c'est le succès du père qui a permis à la fille de croire en elle. «Il m'a montré que ça se pouvait de publier un livre, souligne Élise. Grâce à lui, j'ai compris que les écrivains n'étaient pas des êtres divins qui ont quelque chose d'inné ou de magique. Ce sont des humains qui travaillent et qui soumettent plusieurs idées: certaines sont prises, d'autres non.» 

Être témoin du quotidien professionnel de son père a donc relativisé les aléas du métier. «Sans lui, peut-être que ça aurait été super intimidant pour moi d'envoyer mon manuscrit à des éditeurs, ajoute-t-elle. Le processus d'édition, les salons du livre, les médias et les autres auteurs, ça faisait partie de ma vie. Je voyais donc moins le milieu comme une clique super spéciale d'intouchables.»

Papa fier

Si Élise s'est inspirée de François, jamais ce dernier n'a encouragé sa fille à suivre ses traces. «Ce n'est pas comme si j'étais un entrepreneur qui rêvait que son fils ou sa fille prenne sa relève. Je n'ai rien fait pour ça. Mais je suis très fier d'elle. Et ce qui est surprenant dans notre cas, c'est que le niveau de réussite est comparable. Ça doit être difficile pour un parent qui voit son enfant suivre ses traces, si ça ne fonctionne pas.»

Sans surprise, les deux Gravel discutent abondamment de leur métier. «C'est agréable de pouvoir échanger sur le bonheur d'inventer des histoires et de jouer avec les mots, souligne l'écrivain. Sinon, c'est assez difficile d'en parler avec des gens qui ne font pas ce travail.» 

À l'occasion, ces conversations se transforment aussi en conseils. «Je lui ai demandé beaucoup d'aide dernièrement, se souvient Élise. Comme je ne suis pas super douée pour élaborer des arcs narratifs et des histoires à développement, j'ai eu besoin de mon père pour ficeler une histoire de longue haleine qui se tient.»

Le duo aime également échanger sur la logistique d'édition et sur les autres créateurs. «Ça fait plus de 30 ans que je suis dans le milieu, alors je connais principalement des auteurs de mon âge, dit François Gravel. Comme Élise connaît beaucoup d'auteurs et d'illustrateurs plus jeunes, on s'échange des informations là-dessus.»

À petite ou grande échelle, Élise et François Gravel n'hésitent jamais à collaborer. Il se pourrait même qu'un nouveau projet littéraire les réunisse encore une fois. 

Apprenez-en plus sur François Gravel

François Gravel compte plus de livres publiés que d'années au compteur. À 66 ans, l'écrivain peut se targuer d'avoir imaginé plus d'une centaine de romans pour adultes, pour adolescents et pour enfants. Sensible, fantaisiste et plein d'humour, il a particulièrement marqué les lecteurs grâce aux 12 tomes de la série Klonk et aux neuf volets de la série David. En 1991, il a reçu le prix du Gouverneur général dans la catégorie littérature jeunesse pour le livre Deux heures et demie avant Jasmine. Auteur reconnu depuis plus de trois décennies, il a également enseigné l'économie au cégep de Saint-Jean-sur-Richelieu jusqu'en 2006. 

Apprenez-en plus sur Élise Gravel

De plus en plus réputée dans le monde, Élise Gravel est présente en librairie, en bibliothèque et sur les réseaux sociaux, alors que plus de 108 000 personnes suivent ses créations sur Instagram. Du côté des livres et des albums, la liste de ses succès n'en finit plus de s'allonger avec des titres comme Le Grand AntonioOlga et le machin qui pueJ'élève mon monstre, les 10 premiers tomes des Petits dégoûtants, la série des Professeur Zouf ou La clé à molette, qui lui a valu le prix du Gouverneur général dans la catégorie illustration en 2012.




À découvrir sur LaPresse.ca

publicité

publicité

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer