Daniel Poliquin: une affaire de personnages plus vrais que nature

L'auteur franco-ontarien Daniel Poliquin s'est inspiré de l'affaire... (photo Étienne Ranger, Le Droit)

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L'auteur franco-ontarien Daniel Poliquin s'est inspiré de l'affaire Coffin, qui a secoué le Canada dans les années 50, pour écrire Cherche rouquine, coupe garçonne.

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S'inspirant librement de l'affaire Coffin qui a secoué le pays entier dans les années 50, Daniel Poliquin signe Cherche rouquine, coupe garçonne. Ce nouveau roman, porté par un souffle de liberté qui se (res)sent entre les lignes, est l'occasion de traiter de culpabilité, d'amours et d'identités forgées entre réalité et fiction.

«Je l'ai écrit presque d'un souffle», souligne Daniel Poliquin. À raison d'une vingtaine de pages à la fois, qu'il laissait ensuite décanter, mûrir, avant de les retaper à l'ordinateur. Avec pour résultat que Cherche rouquine, coupe garçonne a pris forme sur l'équivalent de sept semaines réparties en un an, «à un jour près!».

«Le texte a été peu retravaillé, au final, que ce soit par moi ou par l'éditeur, ce qui en fait à mes yeux un livre quasiment naturel, un roman pur», dit-il fièrement.

L'affaire Coffin

Daniel Poliquin avait 6 ans lorsqu'il a entendu parler pour la première fois de Wilbert Coffin, pendu à la prison de Bordeaux, en 1956, après avoir été reconnu coupable d'avoir tué trois touristes américains en Gaspésie à l'été 1953.

«Mon père travaillait alors pour le secrétaire d'État Noël Dorion, celui-là même qui avait agi à titre de procureur dans cette affaire et qui avait réclamé la peine de mort pour Coffin, à l'époque», raconte le sexagénaire.

C'est toutefois sa rencontre avec un auteur de polars français de passage dans la région qui a été «le vrai déclencheur» de son roman, il y a une quinzaine d'années.

«Cet auteur logeait dans un gîte d'Aylmer et il était plongé dans un bouquin qu'il y avait trouvé portant sur l'affaire Coffin, qui le fascinait. Je me suis dit que si un étranger trouvait ça aussi intéressant, pourquoi pas moi?»

Daniel Poliquin, qui a eu tôt fait de tout lire sur le sujet, n'avait cependant pas envie de chercher à prouver l'innocence de Coffin (dont il se dit convaincu) en écrivant sur lui. Toute cette histoire est donc plutôt devenue une trame de fond dans laquelle il a préféré déposer les fils de son propre imaginaire.

Ainsi, d'un prêtre défroqué devenu guide dans les Chic-Chocs et réalisateur de films d'art  - un être au «charisme fou» dont l'auteur avoue sans gêne qu'il aurait «aimé avoir sa vie» -, il a plutôt fait le père Jean-Jacques Bouffard, qui assiste à l'exécution d'un prospecteur nommé Blewett. Et quittera la prêtrise par la suite.

D'une tante ayant quant à elle «sacré son camp d'Ottawa» pour s'installer à Montréal, il a donné vie à Odette. «Ma tante a bel et bien fréquenté un homme qui a tabassé deux gars dans un resto de poulet barbecue et appris deux jours plus tard que lesdits gars en étaient morts!», soutient M. Poliquin, qui a intégré cette anecdote dans son roman.

Au «jeu de l'inspiration et du vécu», ce dernier a d'ailleurs trouvé le titre du livre quand une universitaire, qu'il devait rencontrer dans un café, lui a répondu, alors qu'il voulait savoir comment il la reconnaîtrait, de «chercher une rouquine, coupe garçonne», relate le principal intéressé, dans un éclat de rire.

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Inventer Évangéline

Puis, après une autre rencontre, Évangéline s'est imposée comme narratrice. Une femme «fluide, qui aime, mais change d'attractions» entre les sexes, et qui, à travers les mailles de l'Histoire, finit par livrer son histoire à elle. 

«Évangéline fabule des pans de son existence pour protéger les siens comme pour se protéger elle-même», explique Daniel Poliquin. 

«L'idée fondamentale du roman tient à ça, justement, au fait que chacun forge son identité à partir de faits réels et en partie inventés. Et cette identité devient tour à tour bouclier ou arme dans nos rapports avec les autres...» 

Encore plus que les autres, Évangéline incarne «la complexité de la vie, que les démagogues voudraient tant simplifier en noir et blanc, alors qu'on est fait de nuances et qu'on vit dans ces nuances!», clame l'écrivain. 

Comme un vieux... débutant

Une fois qu'il a compris que c'est par Évangéline que son roman allait être raconté, l'auteur s'est laissé porter par l'énergie de cette rouquine qui lui ressemble «un peu» (notamment parce qu'elle navigue entre français et anglais, comme lui). Il a dès lors eu l'impression d'être «un vieux débutant» en prenant la plume.

«C'était comme si j'avais de nouveau 25 ans, alors que je commençais à écrire, mais avec près de 40 ans de métier», souligne l'interprète. 

Car si, à l'instar du sentiment éprouvé lors de l'écriture de L'homme de paille (1998), il s'était senti «en mission» lorsqu'il travaillait sur Le vol de l'ange (2014), cette fois, il s'est littéralement donné «carte blanche». 

L'effet d'écrire de façon aussi libre et spontanée a été «euphorisant», soutient Daniel Poliquin, qui ne cache pas y avoir pris un «sacré plaisir». «Mais je n'écrirai pas un autre roman comme ça, parce que l'euphorie, c'est bien beau, mais ça draine!», conclut-il en éclatant de rire de nouveau.

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Cherche rouquine, coupe garçonne. Daniel Poliquin. Boréal. 288 pages.




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