Marie-Ève Lacasse: sous le masque de l'élégance

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Mario Cloutier

Après un hiatus de 10 ans, Marie-Ève Lacasse revient au roman en s'attaquant à un mythe français, Françoise Sagan. En plongeant dans l'ombre, là où se trouvait Peggy Roche, le grand amour de l'auteure de Bonjour tristesse.

Françoise Sagan et Peggy Roche ont vécu un beau roman d'amour. Leurs proches savaient, pas le grand public. Ces deux stylistes, Sagan en littérature et Roche dans le monde de la mode, portaient un masque. Sagan est devenue le mythe que l'on sait, Roche est restée cachée.

«Qui n'avance pas masqué sincèrement?», demande Marie-Ève Lacasse. La romancière a d'ailleurs écrit un recueil de nouvelles intitulé Masques sous le pseudonyme de Clara Ness. Originaire de Gatineau, elle vit en France depuis 15 ans. Elle a vécu comme journaliste et rédactrice avant de s'avouer à elle-même sa vraie nature, écrivaine. 

«Peggy dans les phares a transformé ma vie. Il m'a remise sur les bons rails. C'est très agréable. Je suis heureuse d'être là et de faire ça.» 

«Je m'étais leurrée en m'imaginant que je pouvais vivre sans l'écriture. Ça me manquait. On peut difficilement renoncer à soi.» 

Pas question de faire dans l'autofiction pour autant. Même si elle admire les Annie Ernaux et les Hervé Guibert qui y ont réussi, ce n'est pas sa tasse de thé.

«Écrire et parler de soi, je n'y arriverais pas. Je n'ai pas envie de considérer que le lecteur est mon psychanalyste. Réussir à parler de soi à travers un filtre, un personnage, je trouve ça plus élégant. Ça permet au lecteur d'apprendre plein de choses et de se plonger dans des univers. J'ai cette obsession du biais, d'avancer dans la vie masquée parce que ça permet de se faufiler, de ne pas se mettre en avant spontanément. Les lecteurs méritent mieux.»

Peggy dans les phares, de Marie-Ève Lacasse... (image fournie par Flammarion Québec) - image 2.0

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Peggy dans les phares, de Marie-Ève Lacasse

image fournie par Flammarion Québec

Roman d'amour

Peggy dans les phares ressemble davantage à un roman d'amour. Construit comme un patron de mode, il n'a rien de conventionnel puisque le couple Sagan-Roche ne vivait rien de tel, jouant à cache-cache avec une époque, les années 60-70, encore pudibonde.

«Peggy frime, affirme Marie-Ève Lacasse. Elle sait qu'il faut en imposer. Dans son travail, c'est une espèce de Néfertiti tyrannique. Dans la vie privée, elle est plus fragile. Elle se sent plus vulnérable par rapport à Françoise. Elle n'a pas d'argent et elle sait que Françoise la trompe. Elle a besoin de Françoise, mais Françoise aussi a besoin de Peggy. C'est un joli couple au fond.»

«Elles étaient très discrètes, poursuit l'auteure. Françoise n'a pas beaucoup parlé d'homosexualité dans son oeuvre. Quand on ne parle pas du principal, il y a peut-être anguille sous roche. Elle parle surtout de triangles amoureux. Un triangle amoureux, au fond, c'est quelqu'un qui n'arrive pas à choisir entre deux personnes. Je crois que Françoise était ambivalente, et ça traverse toute son oeuvre.»

L'écriture de Marie-Ève Lacasse est d'une élégance à la hauteur de son sujet. Le style est important pour elle. Comme dans toutes les autres formes de création, que ce soit en musique ou en mode. 

«Parfois, on a l'impression que la mode, c'est un sujet superficiel. C'est un sujet féminin, donc c'est quelque chose de suspect. Alors que porté à ce niveau d'obsession chez Roche et Sagan, c'est assez moral. Je me suis demandé ce qui a fait que ces deux femmes si différentes se soient aimées si longtemps. Ce sont des stylistes, chacune dans leur art. Elles se rejoignent par une envie esthétique, une envie du beau.» 

Le beau

C'est en France que Marie-Ève Lacasse a découvert le beau, à 14 ans, après avoir gagné un concours d'écriture. En séjournant dans le sud du pays, «je trouvais insupportable que des gens y vivent et pas moi», fait-elle en riant. 

Elle y est donc à demeure, même si l'été et Noël se passent souvent en Outaouais. Amoureuse et jeune maman qui a perdu son accent québécois et qui préfère le «vous» au «tu».

«Françoise et Peggy se vouvoyaient tout le temps. Comme écrivain, quand je prends la parole de Peggy à la première personne et qu'elle tutoie Françoise, ça donne une proximité, une transgression quasi érotique parce qu'elles se rapprochent, dans le langage, d'un territoire interdit.»

Marie-Ève Lacasse ne s'interdit plus d'écrire dans tous les cas. Plus politique, le prochain roman promet de laisser paraître ses opinions. 

«J'ai envie d'ouvrir les portes et les fenêtres et d'être engagée. Je vais me mettre plus en danger.»

Et tombent les masques!

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Peggy dans les phares. Marie-Ève Lacasse. Flammarion Québec. 248 pages.




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