Rafaële Germain: se souvenir des belles choses

Dans Un présent infini - une plaquette qui entremêle réflexions,... (PHOTO Martin Chamberland, LA PRESSE)

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Dans Un présent infini - une plaquette qui entremêle réflexions, questions et observations -, l'auteure Rafaële Germain dévoile un côté grave qu'on lui connaissait moins.

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Témoin impuissante de la maladie de son père mort il y a un an aujourd'hui, Rafaële Germain réfléchit à voix haute à notre rapport à la mémoire à l'ère de Google et de Facebook. Une réflexion tout en nuance de la part d'une fille qui se souvient.

Georges-Hébert Germain était un journaliste passionné d'histoire qui pouvait passer des heures à se documenter sur un sujet. La vie, parfois si cruelle, a fait en sorte que les souvenirs se sont peu à peu effacés de sa mémoire. Sa condition, en contraste avec notre époque où toutes les informations sont à portée d'un clic, a inspiré sa fille, l'auteure Rafaële Germain.

«J'étais tombée sur un article dans le New Yorker qui expliquait qu'à cause des réseaux sociaux et de l'internet, on n'est plus capables d'oublier et d'être oubliés, explique-t-elle en entrevue. Il y avait bien entendu un parallèle avec ce qui arrivait à mon père, dont la mémoire s'effritait. J'avais l'impression que notre mémoire collective devenait polymorphe, moins compacte. En parlant de mon père, ça me permettait d'apporter quelque chose de plus personnel à la réflexion. Je ne voulais pas me poser comme essayiste, c'est mon point de vue à moi, je le partage, et si ça rejoint certaines personnes, tant mieux.»

On a connu Rafaële Germain dans la vingtaine comme chroniqueuse à La Presse et auteure de populaires romans sur la vie amoureuse des célibataires. On la retrouve à l'aube de la quarantaine, scénariste pour Like-moi!, Info, sexe et mensonges ainsi que pour le Bye bye 2016, un autre genre d'exercice de mémoire.

Le plaisir de chercher

Dans Un présent infini - une plaquette qui entremêle réflexions, questions et observations -, la jeune femme dévoile un côté grave qu'on lui connaissait moins. «Les questions que j'aborde dans ce livre, j'aurais aimé en discuter avec mon père, dit-elle. Il m'a légué la curiosité et le plaisir qui vient à chercher, à fouiller, un plaisir qui disparaît aujourd'hui avec l'accès facile et constant à l'information.»

Ses réflexions sur la mémoire et l'oubli sont entrecoupées de références au livre Delete: The Virtue of Forgetting in the Digital Age de Viktor Mayer-Schönberger. Rafaële Germain s'est également entretenue avec un chercheur québécois de l'UCLA, Jean-François Blanchette, qui réfléchit depuis longtemps à ces questions.

«Je voulais qu'il y ait d'autres voix que la mienne qui apportent des faits et des réponses.»

On trouve également plusieurs références à des écrivains aimés, dont Annie Ernaux, qui a inspiré le titre, Un présent infini.

Vivre en retrait

Impossible de parler de l'influence de l'internet dans nos vies sans parler de l'omniprésence des réseaux sociaux. Maman d'une petite fille de bientôt 5 ans, belle-mère de deux adolescents, Rafaële Germain est un oiseau rare: elle est complètement absente des Twitter, Instagram et Facebook. Même pas cachée derrière une petite tête d'oeuf pour espionner ce qui se passe sur Twitter?

«Non, même pas, répond-elle en riant. C'est un phénomène qui me déconcerte, les réseaux sociaux. En fait, je ne devrais pas parler de phénomène, c'est un nouveau mode de vie, une nouvelle façon d'être, carrément. Je sais que je ne suis pas du bord de la majorité et je ne veux pas que ça soit vu comme si j'étais une résistante. C'est juste quelque chose qui ne peut pas moins m'intéresser et que je ne comprends pas.»

«Quand Facebook est arrivé, je me suis mis là-dessus deux semaines puis je me suis dit: il faut que je réponde à une fille avec qui je suis allée à l'école en 3e secondaire et qui n'était pas vraiment mon amie? Ben non...»

«Et puis je trouve ça weird de vouloir que le monde extérieur rentre dans ta maison et dans ta bulle, poursuit-elle. Moi, je suis contente qu'il y ait une distance avec le monde extérieur. J'ai besoin de ne pas être vue, de ne pas exister. J'ai le luxe de faire un métier où je peux m'exprimer publiquement des fois. Peut-être que si je n'avais pas ça, j'aurais besoin de sortir ça autrement. Mais pour tout dire, ce n'est jamais arrivé dans ma vie de penser: "Ah si seulement j'étais allée sur Facebook aujourd'hui...". Et puis, je trouve ça fascinant qu'en l'espace de cinq ans, tu peux cesser d'être en adéquation avec ton époque. Il n'y a pas beaucoup d'époques où ça pouvait arriver... Je le dis sans amertume.»

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Un présent infini: notes sur la mémoire et l'oubli. Rafaële Germain. Atelier 10, 90 pages. En librairie.

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