Le retour de Guy Delisle

Cela faisait 15 ans que le bédéiste Guy Delisle... (Photo fournie par Dargaud)

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Cela faisait 15 ans que le bédéiste Guy Delisle voulait raconter l'histoire de Christophe André, un coopérant humanitaire enlevé en 1997.

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Ses «chroniques» à Pyongyang, en Birmanie et à Jérusalem l'ont révélé au monde de la BD. Mais depuis quelques années déjà, le Québécois Guy Delisle a posé ses valises en France. Après avoir publié trois tomes du Guide du mauvais père, il nous revient avec S'enfuir, récit d'un otage, étonnant album qui relate l'enlèvement du coopérant français Christophe André, et qui sera en librairie le 12 octobre.

Cette histoire, Guy Delisle l'a dans ses cartons depuis plus de 15 ans. Le bédéiste natif de Québec a rencontré Christophe André en 2001 au cours d'un souper d'amis réunissant des coopérants humanitaires. Des gens qu'il a fréquentés pendant des années puisque sa femme travaillait à l'époque pour Médecins sans frontières (MSF).

«J'avais lu son histoire dans Libération raconte-t-il, je l'avais même mentionné dans mon album Shenzhen. Mais lorsque je l'ai vu, je lui ai posé pas mal de questions et j'étais assez étonné de voir à quel point il s'ouvrait facilement. Quand il m'a raconté la fin de son histoire, je me suis dit qu'il fallait en faire une bande dessinée.»

Mais le temps a passé, et son projet a sans cesse été reporté. «J'ai fait quelques tentatives qui ne me satisfaisaient pas, donc je les ai mises de côté. À mon retour de Birmanie, je pensais pouvoir reprendre l'histoire, mais je me suis finalement mis à l'écriture de mes Chroniques birmanes...»

Quinze ans plus tard, Guy Delisle avait toujours envie de mettre en images le kidnapping de Christophe André, survenu en 1997.

«Je me suis dit que si j'y pensais encore, c'était probablement quelque chose qui valait la peine d'être fait», nous dit-il. 

«Je pense que ça me faisait un peu peur. C'est tellement différent de ce que j'ai l'habitude de faire, entre autres parce que je fais parler quelqu'un d'autre.»

S'enfuir s'ouvre sur l'enlèvement de Christophe André, en mission à Nazran (dans le Caucase) pour Médecins sans frontières. On y apprend dès les premières planches qu'il s'agit de son premier travail dans l'humanitaire et qu'il est responsable des finances et de l'administration de l'ONG.

S'enfuir, de Guy Delisle... (Image fournie par Dargaud) - image 2.0

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S'enfuir, de Guy Delisle

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L'enfermement

Mais une fois passées les premières planches de l'enlèvement par des rebelles tchétchènes, c'est dans le plat quotidien de Christophe André que le bédéiste nous transporte. Un quotidien sans grande surprise, où l'otage français se trouve la plupart du temps menotté à un radiateur, excepté durant ses courtes pauses repas.

De page en page, de chapitre en chapitre, à son grand dam (et parfois aussi au nôtre!), le temps ne fait que passer...

«C'est ce qui m'intéressait et c'est le coeur de l'album: l'enfermement», nous dit Guy Delisle. 

«Je me suis demandé comment on résiste psychologiquement à un enlèvement. Je trouve que les récits d'otages font un peu l'impasse sur cet aspect-là. Je voulais vraiment qu'on sente le temps qui passe.»

Pour tenir le coup, le personnage de Christophe, passionné d'histoire militaire, se remémorera les plus célèbres batailles de Napoléon. «Ça vient de lui, ça aussi, nous dit Guy Delisle, je n'aurais pas pu imaginer ça, moi...» Parfois, il change de lieu, parfois il élabore un plan d'évasion, mais sinon, notre otage demeure coincé.

Pas agressé, pas torturé, pas intimidé, on dirait presque oublié... même si sa tête est mise à (fort) prix par ses ravisseurs.

Le risque

«Mon but était de raconter son enlèvement dans la continuité, de façon immersive, avec tous les détails qu'il m'a donnés. À un moment je me suis dit: "Tant pis si ça prend du temps, je vais faire confiance au lecteur." Il y a quand même une tension qui règne dans une pièce où l'on est enfermé. On se demande s'il va s'en sortir...»

Il y a bien sûr quelques occasions d'évasion, mais elles comportent toujours un risque...

«Tout se passe en quelques secondes. À un moment, il a la possibilité de saisir une kalachnikov, mais il n'a jamais utilisé d'arme à feu, jamais tiré sur quelqu'un, il ne sait même pas s'il y a un cran d'arrêt. Et le temps de penser à ça, l'occasion vient de passer. Il va bien sûr le regretter, mais il va s'en souvenir lorsqu'une autre occasion se présentera...»

La fin du récit, haletante, est la récompense du lecteur, «et de l'auteur!», insiste Guy Delisle. «Je ne l'aurais pas fait sinon.»

Outre la promotion de l'album en France et plus tard au Québec (au Salon du livre de Montréal), le bédéiste n'a pas de plan précis pour son prochain album. Comme il ne voyage plus avec sa compagne (qui travaille maintenant à l'Université de Montpellier) et qu'il a mis un point final à sa série du «mauvais père», tout est maintenant ouvert.

«Il y a beaucoup de choses qui m'intéressent, dit-il, laconique. Je suis quelqu'un d'assez curieux. Mais après avoir traité de sujets sérieux, j'aime bien raconter des histoires plus humoristiques, plus légères. Donc là, je crois que c'est ce que je vais faire. Je vais peut-être faire un livre pour enfant, mais c'est encore flou pour l'instant.»

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S'enfuir. Guy Delisle. Dargaud, 432 pages. En librairie le 12 octobre.

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