Stéphanie Boulay: petite apocalypse

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La chanteuse et musicienne Stéphanie Boulay lance son premier roman, À l'abri des hommes et des choses, récit d'une jeune fille mésadaptée pas si éloignée d'elle-même.

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Josée Lapointe

La vie publique de Stéphanie Boulay se passe généralement à deux. En spectacle ou en entrevue, elle se trouve la plupart du temps aux côtés de sa soeur Mélanie, avec qui elle forme le duo Les soeurs Boulay. Mais c'est toute seule qu'elle s'est présentée la semaine dernière dans un café du Plateau Mont-Royal pour parler de son premier roman, À l'abri des hommes et des choses, en librairie depuis hier.

«C'est rassurant d'avoir une partenaire à côté de toi», dit Stéphanie Boulay en avouant sa nervosité. Pas de soeur à ses côtés, donc, ni d'attachée de presse ou d'agent pour faire le filtre, comme dans le milieu de la musique. Seulement une jeune femme de 29 ans à l'air un peu inquiet, qui parle pour la première fois de son premier roman.

«On dira d'elle qu'elle est une chanteuse qui écrit; en réalité, elle est surtout une auteure qui chante, c'est juste que la chronologie des événements a tout mélangé», peut-on lire en quatrième de couverture de son livre. C'est vrai?

«Oui. Je suis allée en Gaspésie la semaine dernière faire un lancement. J'ai vu des amis qui me connaissent depuis le primaire et qui m'ont dit: "Enfin, Steph, depuis le temps que tu nous dis que tu veux faire un livre!"»

«J'écris depuis que je suis toute petite. La musique fait partie de moi, j'adore mon métier, mais il était vraiment temps que je prenne du temps pour faire ça.»

D'ailleurs, lorsqu'on lui demande si le fait d'écrire des chansons - c'est elle qui signe les textes du duo - a aidé ou rendu plus difficile l'écriture du roman, elle prend la question dans l'ordre inverse. «C'est parce que je savais déjà raconter des histoires que j'ai pu mieux faire des chansons.»

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À l'abri des hommes et des choses, de Stéphanie Boulay

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Mésadaptée

On est bien loin, dans ce premier roman, de l'hyperréalisme des soeurs Boulay. «C'est vrai que c'est très différent, même si ça reste dans le domaine de l'émotion, de la fragilité, de la vulnérabilité.» Et, ajoute-t-elle, le personnage n'est pas aussi extérieur à elle qu'elle le croyait. «Elle est comme moi, mais exposant 100, dans mon étrangeté. J'ai souvent l'impression d'être un chien dans un jeu de quilles, d'être inadéquate.»

C'est le cas de son héroïne, jeune fille en train de devenir une jeune femme, mais qui n'a pas les outils pour comprendre ce qui lui arrive. Mésadaptée sociale, physique et intellectuelle, elle vit seule près d'une rivière avec Titi (sa mère? sa soeur?), qui ne sait pas comment l'aider à vivre.

«J'avais le désir de parler d'une petite apocalypse», dit Stéphanie Boulay, qui admet avoir écrit un roman «dark et austère».

«Ce n'est pas pour rien que le livre s'appelle À l'abri des hommes et des choses. J'avais vraiment l'image d'une petite fille debout pendant que tout tombe autour d'elle. Tout la trahit, la nature autant que les humains.»

Mais elle apprendra à se faire confiance, ajoute-t-elle, à vivre selon ses capacités et ses limites. «C'est une lutte que j'ai depuis tellement longtemps, juste assumer, accepter ce que je suis. Le personnage doit aussi accepter que la vie veut aussi dire être tout seul.»

Pour rendre ce monde plus facile à absorber, Stéphanie Boulay a choisi la voie du conte et de l'onirisme. «La candeur du personnage, et son humour involontaire, fait qu'on peut davantage tolérer ce qui est en train de se passer.» Le tout porté par une écriture naïve et poétique, faite de tournures de phrase inusitées, de détournements de sens et d'expressions revisitées, dans une langue quasi inventée.

«J'aime créer de nouvelles formulations, fabriquer des images, même dans ma musique, dit l'auteure. C'est ce qui me touche de l'extérieur aussi. Quand j'entends Stéphane Lafleur fabriquer une image, ça me donne des frissons.»

Continuer

Si Stéphanie Boulay souhaite que son roman «vive par lui-même», elle compte surtout renouveler l'expérience: maintenant qu'elle a goûté au plaisir de l'écriture romanesque, pas question d'arrêter. «J'ai déjà une nouvelle idée de livre», dit la jeune femme, qui avoue avoir aussi besoin de faire des choses seule. «Je sais que ma soeur a aussi ce besoin présentement. Elle dessine, elle a plein de projets.»

Qu'on ne s'inquiète pas: Les Soeurs Boulay ne «splitteront» pas. «C'est sûr qu'il y aura un autre album; on a déjà commencé à travailler dessus, d'ailleurs. Mais on a besoin parfois de passer notre tour.»

Ce qui est certain, c'est que Stéphanie Boulay ne cessera ni d'écrire ni de créer. «Un artiste, c'est comme un puits sans fond, et c'est ce vide intérieur à combler qui fait qu'il crée. Moi, en tout cas, je ne peux pas être longtemps à ne rien faire, sinon je me sens inutile.»

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À l'abri des hommes et des choses. Stéphanie Boulay. La Shop. 155 pages. En librairie.

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