Paul Auster: «Je ne prendrai jamais ma retraite»

Paul Auster pourrait être tenté d'écrire à l'avenir... (PHOTO LOTTE HANSEN, FOURNIE PAR ACTES SUD)

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Paul Auster pourrait être tenté d'écrire à l'avenir des nouvelles. «Ce sera mon prochain défi», dit-il à La Presse.

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La Presse annonçait mardi dernier que Paul Auster publiera un nouveau roman l'an prochain. Après trois années d'écriture de cet ouvrage de 925 pages, l'écrivain américain nous a donné une entrevue au cours de laquelle il a abordé la situation politique aux États-Unis, ses inspirations, ses lectures et son envie de se lancer dans une autre aventure littéraire: la rédaction de nouvelles...

Vous avez terminé votre roman alors que les primaires américaines battaient leur plein. Vous vous sentez toujours aussi concerné par la politique?

J'aime assez Bernie Sanders, mais il me déçoit beaucoup. Ses interventions ne sont que des attaques. Il ne fait qu'exprimer le désarroi de la population, ce qui est légitime, mais c'est ce que fait aussi Donald Trump dans le camp opposé. Donc, je ne voterai pas pour Sanders. Nous vivons une période très étrange dans notre histoire. Se poursuit cette longue attaque contre le gouvernement de type Roosevelt. Franklin Delano Roosevelt avait accru le pouvoir du fédéral qui avait un impact important sur la vie des Américains. Mais depuis, ce sont des attaques permanentes de la droite, avec Nixon, Reagan, les deux Bush. Même avec un président démocrate, cette aile droite est en train de détruire mon pays. On est en train de faire disparaître la notion de société commune au profit d'individus qui se battent pour leurs propres affaires. C'est très triste.

La candidature de Donald Trump vous inquiète?

Donald Trump est un peu le croisement entre Berlusconi et Mussolini. À la fois dangereux et effrayant. S'il est le candidat des républicains, ça va être un désastre pour ce parti qui aura besoin d'une réforme en profondeur. J'ai l'impression que ça ouvrira la porte à une Chambre des représentants et un Sénat avec plus de démocrates.

Comment vivez-vous la fin de la présidence de Barack Obama?

Je ne suis pas toujours d'accord avec lui, mais il a essayé de prendre des mesures importantes et n'a pu les voir aboutir à cause des républicains. De tous les présidents que j'ai connus, il est nettement le meilleur. C'est le plus remarquable des êtres humains. Un homme d'honneur, de courage et d'une grande dignité. Il a fait l'objet d'attaques incessantes de la droite dès son arrivée au pouvoir, notamment des attaques racistes. Mais il a conservé sa dignité. Il va beaucoup me manquer.

La situation internationale inspire-t-elle votre plume?

Tout n'est pas mauvais sur terre. Il y a de la bonté, des gens capables de se sacrifier pour les autres. Ce sont eux qui m'intéressent. Quand je vois de la brutalité à la télé ou dans les journaux, ça ne me fait pas pleurer. Je regarde ça plutôt avec des yeux d'acier. Ce qui me fait pleurer, c'est quand je vois quelqu'un qui exprime de la bonté, quand il se lève et ne se comporte pas comme un animal.

Souhaitez-vous encore réaliser des films?

Plus du tout! J'ai par contre souvent des propositions pour adapter mes romans. Il y a quelques projets en cours. Pour The Brooklyn Folies, Timbuktu et aussi In The Country of Last Things mais depuis 14 ans! Pendant très longtemps, je refusais les propositions. Finalement, je suis curieux de voir ce que ça peut donner. Mais je doute que ces projets soient menés à terme. Une adaptation théâtrale de City of Glass a été présentée à New York à l'hiver et une comédie musicale inspirée de Mr. Vertigo est en préparation en Grande-Bretagne.

La pipe d'Oppen, votre plus récent livre sorti en français, était votre idée ou celle d'Actes Sud?

Tout ce qu'on y trouve a déjà été publié en anglais. J'avais tous ces documents, des préfaces, des discours, des entrevues, qui avaient souvent un rapport avec la France alors pourquoi pas les publier en français? Le livre est bien.

Vous rendez hommage dans ce livre au poète américain George Oppen.

George Oppen m'a beaucoup touché. C'est le seul écrivain américain qui soit parvenu à s'intéresser à l'individu en tant qu'élément d'un groupe ou d'une société. Il a publié Ezra Pound et Williams Carlos Williams avant d'être militant avec sa femme pendant des années. Les poèmes qu'il a écrits après la Seconde Guerre mondiale sont parmi les plus beaux que je connaisse.

Dans La pipe d'Oppen, il y a la préface que vous avez faite en 2003 quand le récit de Nathaniel Hawthorne, Twenty Days with Julian and Little Bunny by Papa, a été publié...

Oui et elle est quasiment plus longue que le récit! J'ai adoré ce récit. Hawthorne a probablement été le premier homme occidental à raconter comment il s'est occupé d'un enfant tout seul. Et c'est un texte plutôt méconnu. Ses nouvelles sont vraiment ce qu'il a fait de plus beau. Et il faut les lire en anglais car la langue qu'il utilise est magnifique.

D'un point de vue stylistique, avec quels écrivains américains vous vous sentez le plus proche?

J'ai beaucoup aimé Nathanael West. J'ai beaucoup aimé aussi Scott Fitzgerald. Mais au niveau du style, celui auquel je me sens le plus proche est sans doute Henry David Thoreau. C'est lui qui a eu le plus d'impact sur moi. Son essai Civil Disobedience est crucial dans l'histoire du monde. Il a inspiré Tolstoï, Gandhi et Martin Luther King. C'était un magnifique écrivain.

Que lisez-vous en ce moment? Avez-vous des coups de coeur?

En ce qui concerne les romans, il y a d'abord ceux de ma femme, Siri Hustvedt, qui est une romancière sublime. Son dernier roman, The Blazing World, est un des meilleurs que j'ai lus depuis des années. Je lis aussi les romans de J. M. Coetzee. Pendant les trois ans durant lesquels j'ai écrit mon dernier roman dans ma chambre souterraine (rires), je n'ai presque rien lu. Et depuis trois semaines que j'ai terminé, je pense que j'ai lu une dizaine de livres. Parmi eux, un roman de Virginia Woolf, To the Lighthouse, m'a bouleversé.  J'ai vraiment été ému et en admiration pour l'écriture et la pensée.

Vous avez encore plein d'envies d'écriture?

C'est drôle que vous me disiez ça alors que je viens tout juste de finir le livre le plus volumineux de ma vie (the giant book of my life). J'ai envie de faire encore plein de choses. Je ne prendrai jamais ma retraite, mais là, je pense que je ne suis pas prêt à commencer quoi que ce soit! Après ce livre, je me laisserai peut-être tenter par l'écriture de nouvelles. Je n'en ai jamais écrit alors ce pourrait être une avenue intéressante. J'ai quelques idées... Ce sera mon prochain défi.

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