Bernard Werber: l'explorateur du rêve

Dans Le sixième sommeil, Bernard Werber raconte la... (PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE)

Agrandir

Dans Le sixième sommeil, Bernard Werber raconte la quête de Jacques Klein, un homme qui découvre un stade du sommeil lui permettant de se connecter avec le jeune homme qu'il a été et celui qu'il sera dans le futur.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Philippe Mercure
La Presse

La science considère qu'il y a cinq phases du sommeil. Bernard Werber, lui, en compte six. Dans Le sixième sommeil, l'auteur des Fourmis raconte la quête de Jacques Klein, un homme qui découvre un stade du sommeil lui permettant de se connecter avec le jeune homme qu'il a été et celui qu'il sera dans le futur. Le prolifique auteur français, qui signe ici son 22e livre, était de passage à Montréal dans le cadre du festival Metropolis bleu. La Presse l'a rencontré.

Q: Pourquoi un livre sur le sommeil et les rêves?

R: Je suis toujours à la recherche des zones aux frontières des connaissances. À l'époque de Jules Verne, c'était d'aller sur la Lune, plonger sous l'eau et voler dans le ciel. Aujourd'hui, on a fait tout ça, mais le sommeil demeure une frontière inconnue. Nous passons un tiers de notre vie à dormir. Chaque nuit, nous recevons en moyenne cinq petits films - cinq rêves. Mais trop souvent, on n'y fait pas attention et on les oublie.

Q: Votre roman est articulé autour du rêve lucide, que vous pratiquez vous-même. De quoi s'agit-il?

R: Le rêve lucide survient quand on prend conscience qu'on rêve et qu'on parvient à contrôler son rêve. Souvent, on décide de s'envoler - c'est le rêve le plus agréable, le rêve du pouvoir. En 1985, quand j'étais journaliste scientifique, j'ai fait un reportage sur les rêveurs lucides. Depuis, j'ai réussi à faire cinq rêves lucides. C'est quelque chose de très difficile, mais quand ça marche, c'est comme si on ouvrait une porte dans son cerveau.

Q: Comme les personnages de votre roman, vous êtes donc un explorateur du rêve?

R: Tous les jours, je note mes rêves. Et j'utilise mon smartphone pour documenter mon sommeil. Cette nuit, j'ai dormi comme ça [Bernard Werber brandit son téléphone et montre des courbes évoquant des montagnes et des vallées]. Vous voyez, il y a cinq descentes en sommeil profond - malgré une nuit courte du fait que je suis encore en décalage avec la France.

Q: Votre roman repose sur des bases scientifiques, mais va bien au-delà. Les rêveurs rencontrent des âmes errantes, voyagent dans le temps... Pourquoi aller si loin dans l'irrationnel?

R: C'est le propre du romancier par rapport à l'essayiste. Sinon, si on veut se documenter sur le sommeil, aussi bien acheter un livre scientifique. J'aime imaginer, rêver à des mondes qui n'existent pas. Et pour moi, la plus grande politesse envers mes lecteurs est de les surprendre. Il faut que ce soit ludique.

Cela dit, j'essaie de prendre la science et d'y amener un tout petit décalage. Tout ce qui se passe dans le roman - le rêve lucide, le fait d'utiliser des machines pour étudier le sommeil, même discuter avec son futur soi -, je l'ai déjà testé.

Le sixième sommeil, de Bernard Werber... (IMAGE FOURNIE PAR ALBIN MICHEL) - image 2.0

Agrandir

Le sixième sommeil, de Bernard Werber

IMAGE FOURNIE PAR ALBIN MICHEL

Q: Comment avez-vous discuté avec votre futur vous-même? Et pourquoi ces rencontres, dans le roman, entre des personnages à diverses périodes de leur vie?

R: Parce que c'est la chose la plus intéressante que j'ai retenue de la psychanalyse. Si la psychanalyse ne sert qu'à se remémorer tout ce qui a été de travers dans le passé, ça ne me semble pas très constructif. Mais si on va voir le petit enfant qu'on a été pour lui demander: «Tu voulais quoi, toi?», ça amène une perspective. L'homme que je vais être à 90 ans risque de me demander des comptes. Il peut me dire: «Je suis content de ce que tu fais.» Ou alors: «Tu devrais faire autre chose.» Je m'amuse parfois à réunir le moi du passé, le moi du présent et le moi du futur, et on dialogue, tous les trois. Cette discussion, même imaginaire, apporte beaucoup.

Q: Vos personnages vont à la rencontre des Sénoïs, un peuple primitif de Malaisie dont la culture est basée sur les rêves. Ils existent vraiment?

R: Oui. Je suis allé les visiter dans le cadre de mes recherches. Malheureusement, comme plusieurs peuples primitifs, ils sont aujourd'hui dans les circuits touristiques. La visite n'avait rien d'extraordinaire parce que tout était aseptisé.

Q: Quel est le rôle des Sénoïs dans le roman?

R: Déjà, ils prouvent qu'il peut y avoir une culture autour du sommeil et du rêve. Selon l'anthropologue Kilton Stewart, qui les a découverts, les Sénoïs ont formé un peuple pacifique à la grande joie de vivre. C'est l'objectif qu'on a tous, et eux l'ont obtenu en dormant et en rêvant.

Q: Vous considérez-vous comme un auteur de science-fiction?

R: Je ne fais pas de la science-fiction «hard». Je m'intéresse peu aux fusées, aux robots et aux extraterrestres... Je fais plutôt ce qu'on pourrait appeler de la philosophie-fiction. Ce qui m'intéresse, ce sont les changements de mentalité. Tous mes livres abordent les mêmes questions: qui sommes-nous? D'où venons-nous? Où allons-nous? Pour ça, j'utilise le regard des animaux, des anges, des morts, des arbres, des rêves.

________________________________________________________________________

Le sixième sommeil. Bernard Werber. Albin Michel, 416 pages.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer