Martine Desjardins: argent maudit

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La famille Desjardins est très associée à au développement de Mont-Royal: le grand-père de Martine Desjardins, qui était entrepreneur, a bâti la majorité des immeubles d'appartements du centre-ville et son père a administré lesdits immeubles toute sa vie. Elle-même habite toujours à Mont-Royal, dans la maison à côté de celle qui l'a vu naître.

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Josée Lapointe

Martine Desjardins est si douce et délicate que lorsqu'on la rencontre, on peine à croire qu'elle écrit des romans gothiques à l'humour noir bien relevé. «J'aime bien provoquer le lecteur», dit en souriant l'auteure qui vient de lancer La chambre verte, son cinquième roman qui, sous des dehors hyper réalistes, propose un monde complètement décalé, bizarre et excentrique. «Je n'ai pas besoin de me reconnaître dans les romans que je lis. J'aime l'imagination, les exagérations.»

Maison maléfique remplie de verrous et de cadenas et qui comporte en son coeur une chambre forte inviolable, vieille fille qui se saoule à l'essence de vanille, chat trucidé, enfant manipulé, punitions sadiques, incantations autour d'un bol de Postum: La chambre verte est rempli de détails étranges, de personnages sans coeur et de malédictions familiales. Un roman glauque qui manie la désinvolture avec brio, aussi léger que sombre.

«Je dois toujours balancer entre le comique et le tragique, et je trouve intéressant de pousser les idées et les thèmes à leur limite», dit l'auteure de Maleficium et du Cercle de Clara. J'ai un petit plaisir sadique à torturer mes personnages, à ne pas les prendre au sérieux, à les placer dans des situations un peu ridicules», ajoute Martine Desjardins, qui s'est découvert très jeune des affinités avec Edgar Allan Poe.

«L'étouffement, les maisons qui pourrissent, les morts qui reviennent à la surface... tout ça m'a beaucoup marquée littérairement.» C'est d'ailleurs une maison qui est l'inquiétante narratrice de La chambre verte. Ici, les murs n'ont pas que des oreilles, ils ont une âme et une volonté propre.

«Je fais depuis longtemps le parallèle entre les maisons et le corps humain, alors c'était presque naturel que la maison soit dotée d'un esprit. Je n'ai pas eu de difficulté à rendre sa voix crédible. Mais elle s'est développée en tant que personne en cours d'écriture. Elle est devenue de plus en plus présente et psychopathe!»

Le dieu argent

Dans cette maison-bunker située dans l'Enclave - nommément Mont-Royal - vit la famille Delorme, composée de Louis-Dollard et Esther, de leur fils Vincent et des trois soeurs de Louis-Dollard, Morula, Gratsula et Blatsula. Une famille au sens des affaires très développé, qu'on imagine très riche, mais qui vit dans l'indigence et la pauvreté par souci d'économie.

L'action, qui se déroule au début des années 60, met en opposition l'opulence des familles aisées de Mont-Royal et la pingrerie des Delorme. Mais le récit fait aussi des retours dans le temps, car si la famille a fait fortune, c'est parce que l'aïeul, Prosper Delorme, a su bien tirer son épingle du jeu lors des expropriations liées à la construction du chemin de fer, en 1910.

Depuis, les Delorme n'ont qu'un dieu: l'argent, véritable sujet du livre. Et qui, chez Martine Desjardins, porte nécessairement malheur. «C'est l'expérience que j'en ai», dit-elle. C'est que La chambre verte est largement inspiré de son histoire familiale: les Desjardins ont quitté l'est de Montréal pour aller faire fortune dans l'Ouest, son grand-père a bâti la majorité des immeubles d'appartements du centre-ville de Mont-Royal, son père a administré lesdits immeubles toute sa vie.

«J'ai vu les générations précédentes se rationner, se chicaner, se priver du bonheur de la générosité. Je les ai vues avoir ce rapport extrêmement malsain avec l'argent, où l'accumulation était ce qu'il y avait de plus important. Alors oui, pour moi, c'est de l'argent maudit qui a été accumulé dans des conditions qui ont perverti le sens de l'argent, qui est d'abord un moyen d'échange.»

Elle avoue d'ailleurs que la fin du roman, qu'on ne dévoilera pas ici mais qui est spectaculaire, a été assez «cathartique». «Ç'a été une façon de refaire le passé.» Bien sûr, la famille Delorme n'est pas la famille Desjardins: l'auteure a fait des amalgames, fusionné des personnages, modifié la chronologie, pigeant dans les légendes familiales pour en faire une histoire autonome.

S'ouvrir au monde

En attendant le prochain roman - une idée lui trotte déjà dans la tête -, Martine Desjardins continue son boulot de chroniqueuse littéraire à la revue L'actualité, qu'elle occupe depuis 10 ans.

«Ce que j'aime de mon travail, c'est qu'il m'oblige à lire toutes sortes de choses. Mon rôle, c'est un peu une croisade: je veux donner aux gens le goût de lire. La lecture sert à développer son esprit en entrant en contact avec d'autres esprits. Les livres changent notre façon de voir les choses et nous ouvrent au monde.»

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La chambre verte. Martine Desjardins. Alto, 248 pages.

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