Michel Folco: Un loup est un loup, la bédé

«Il n'y a rien de

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«Il n'y a rien de "cruel" chez le loup, insiste Michel Folco. Il faut qu'il mange. Il est programmé pour ça. Quand le loup tue une brebis, ce n'est pas pour se venger. Il n'est pas comme nous.»

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE

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Le deuxième roman de Michel Folco, qui a enfanté il y a 20 ans les fameux épateurs Tricotin, a maintenant ses premiers albums bédé. La Presse s'est entretenue avec le célèbre écrivain français pour recueillir ses impressions... et parler de son prochain roman, Plus de morts, moins d'ennemis.

Nous joignons Michel Folco dans sa maison de Valbonne, à Grasse, dans le sud de la France.

Ceux qui connaissent bien l'engendreur des bourreaux Pibrac et des quintuplés Tricotin (et leur lignée) savent qu'il est amateur de jeux vidéo. C'est donc sans surprise qu'au moment de notre appel, on interrompt une partie de Fallout, jeu de rôle où il est l'un des rares survivants d'une guerre nucléaire.

L'écrivain de 72 ans nous corrige. «Je ne suis pas un amateur, je suis un fanatique! Ça me pourrit la vie... C'est une véritable dépendance depuis sept ans, mais c'est formidable. Ça correspond à tous les fantasmes que j'avais quand j'avais 10 ans. C'est un jeu où il faut faire des choix, où il y a des cas de conscience... Moi, ça me revitalise!»

S'il était né au début de ce siècle-ci, serait-il le lecteur et l'écrivain qu'il est aujourd'hui? Ou serait-il plus porté vers les consoles de jeux?

«Franchement, je ne sais pas, répond Michel Folco. Peut-être que j'essaierais de faire des jeux vidéo... C'est vrai que les gosses ne lisent plus vraiment aujourd'hui. Le truc avec la lecture, c'est qu'au départ, on a peur de s'ennuyer. Mais quand on découvre les livres, on est peinard, parce qu'on sait qu'on ne s'ennuiera plus jamais.»

L'appel de Makyo

L'idée de l'adaptation d'Un loup est un loup vient du scénariste français Pierre Makyo, réputé pour sa série Balade au bout du monde, qui compte 16 albums! Il y a trois ans, avec l'illustrateur italien Federico Nardo, Makyo (Pierre Fournier de son vrai nom) a adapté le roman de Marek Halter Le vent des khazars.

«Un jour, Le Seuil m'a téléphoné pour me dire que Makyo voulait faire une bédé, raconte Michel Folco au bout du fil. J'étais très flatté. Je lui ai parlé, on s'est bien entendus et j'ai donné mon accord. Il m'a posé quelques questions détaillées et puis il s'est débrouillé. Après, ils ont été assez gentils pour mettre mon nom sur la couverture...»

Le premier tome s'ouvre avec la naissance des quintuplés d'Apolline et Clovis Tricotin, sabotier de son état: Clodomir, Pépin, Dagobert, Clotilde et Charlemagne font une entrée en scène remarquée. C'est ce dernier qui sera au coeur d'Un loup est un loup, campé dans la France féodale du XVIIIe siècle, dans le bourg de Racleterre, en Rouergue.

Le tandem Mayko-Nardo a respecté l'esprit de Folco à la lettre. La fratrie est dessinée avec expressivité, sans compromis, avec des traits presque animaliers qui permettent d'établir immédiatement un lien avec la meute de loups. D'autant plus que Charlemagne, souvenez-vous, a le don de communiquer avec les animaux les plus farouches.

Le résultat n'a pas déçu Michel Folco. «Makyo est vraiment un bon scénariste, Nardo, le dessinateur, est aussi très bon. Je trouve qu'ils s'en sont très bien sortis, parce que ce n'est pas évident d'adapter un roman de 600 pages! Ma seule critique, c'est que je trouvais les personnages trop bien habillés. À l'époque, les fils de sabotier n'étaient pas aussi bien fringués...»

Le deuxième tome s'arrête au moment où Charlemagne entre dans la forêt avec les cinq louveteaux qu'il a élevés, soit à peu près à mi-chemin du roman. En principe, l'éditeur Glénat sortira donc deux autres tomes pour finir de raconter l'histoire. «Ce ne sont pas des philanthropes, ils feront d'autres numéros si ça se vend bien», prédit Michel Folco.

Le goût de la bédé

Michel Folco tient la bédé en haute estime. «J'ai appris à lire dans Bibi Fricotin et Les pieds nickelés, confie-t-il. C'était des bédés où les textes étaient écrits en dessous des dessins, il n'y avait pas encore de bulles. J'étais aussi passionné de Tintin. Je les connaissais par coeur!»

Michel Folco s'est plus tard intéressé aux «comics» américains, comme Robert Crumb (Fritz The Cat). Récemment, il a lu la série Je suis cathare de Makyo et Alessandro Calore, qui met en scène des Albigeois au temps de l'Inquisition (il est né à Albi en 1943). Tout ce qui touche à l'histoire le fascine.

Il n'a pas été étonné d'assister à la naissance bédé d'Un loup est un loup, sans doute le plus visuel de ses romans avec la forêt de Saint-Leu et la présence des loups. Il a proposé le titre: Un loup est un loup, z'est tout! pour faire un lien avec le zozotement de Charlemagne, mais les créateurs n'ont pas retenu l'idée...

«Il n'y a rien de "cruel" chez le loup, insiste Michel Folco. Il faut qu'il mange. Il est programmé pour ça. Quand le loup tue une brebis, ce n'est pas pour se venger. Il n'est pas comme nous.» Charlemagne est-il foncièrement méchant? «Écoutez, il se fait tout le temps emmerder. Il se rebiffe, c'est tout.»

Nouveau roman

Son sixième roman, Plus de morts, moins d'ennemis, qui réunira de nouveau les descendants des Pibrac et des Tricotin, se déroulera durant la Première Guerre mondiale. On retrouvera notamment Hitler, descendant de Charlemagne, qui a véritablement été blessé en 1917.

«C'est Saturnin Pibrac, le huitième du nom dans la lignée, qui sera responsable de sa blessure», révèle l'écrivain.

Évidemment, toutes ses lectures depuis quelques années se rapportent à cette période. «Si vous saviez tout ce que je m'envoie sur 14-18, j'ai l'impression d'avoir fait la guerre! Je suis très lent, ça fait des années que je travaille dessus, mais là, je suis assez avancé, je dois avoir écrit 250 pages...

«Si vous vous souvenez de Dieu et nous seuls pouvons, poursuit Michel Folco, le dernier chapitre se termine le 2 août 1914. Mon sixième livre commence le 3 août 1914.» Ce souci du détail et cette recherche constante du mot juste sont certainement l'une des signatures de l'écrivain.

«Oui, j'adore ça. Dans les livres que je lisais, c'est ce que je relevais. Quand je me suis mis à écrire, ça m'est venu naturellement. Plus j'invente, plus je cerne autour de mon invention des détails qui sont parfaitement authentiques, ce qui fait qu'on finit par se demander ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas.

«Après la Première Guerre, il y aura l'entre-deux-guerres, puis la Seconde Guerre (39-45) et, si je vis toujours, la troisième guerre contre Daesh.» Malgré l'état d'urgence en France, Michel Folco est «tranquille» à Valbonne. «Ça barde en France, regrette-t-il, mais ici, la seule chose qui me menace, c'est le mauvais temps...»

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Un loup est un loup, tome 1 et tome 2. Michel Folco, Pierre Makyo et Federico Nardo. Glénat, 64 pages chacun.

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