Tristan Malavoy: de boue et de magie

Il est poète, journaliste, éditeur, auteur de chansons, nouvelliste, chanteur,... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE)

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Josée Lapointe

Il est poète, journaliste, éditeur, auteur de chansons, nouvelliste, chanteur, grand organisateur: Tristan Malavoy est actif dans le milieu littéraire depuis si longtemps qu'on n'avait pas réalisé qu'il n'avait pas encore publié de roman.

C'est chose faite cet automne avec Le nid de pierres, récit nappé de mystère dans lequel un trentenaire qui vient vivre dans son village natal avec son amoureuse fait face aux fantômes du passé.

Trou de boue maléfique, disparitions, légendes abénaquises et romance actuelle se répondent intelligemment dans ce livre écrit avec élégance, poétique et concentré. On n'est pas si étonnée, on en a parlé avec le principal intéressé.

Quand on a lu des tonnes de livres comme chroniqueur et de manuscrits comme éditeur (de la collection Quai no 5, chez XYZ), il faut du courage pour lancer un premier roman?

Ça me préoccupe dans la journée, quand je viens de sortir d'une lecture marquante, ou quand je réfléchis à l'écosystème littéraire actuel. Mais quand je me mets à écrire, je n'ai plus ça à l'esprit du tout.

Tu te sens à ta place?

J'aurais pu ressentir, en publiant un roman à 40 ans passés, le syndrome de l'imposteur. Mais non. Oui, il y a eu des inquiétudes et des remises en question, j'ai réécrit des bouts du livre jusqu'à tout récemment. Mais j'ai adoré le rythme de l'écriture: c'est un projet étalé sur plusieurs années. Même si le résultat n'est pas une brique, réussir à tout emboîter m'a demandé du travail.

Dans la foule de livres qui s'écrivent, comment se démarquer?

Je parle de grands sujets, du cycle des naissances et des morts, de relations amoureuses dans notre époque, du rapport entre autochtones et non-autochtones au Québec. Je ne suis pas le premier, mais je le fais à travers mes souvenirs d'enfance, à l'intérieur d'un cadre qui est celui du village où j'ai grandi et ce faisant, je module à ma façon ces questions. Je crois qu'on peut faire ressentir des choses sous des angles nouveaux.

Quel a été le moteur du livre?

Tout est parti d'un souvenir d'enfance. Il y a eu cet incident véritable, où j'ai roulé en motocross dans un trou de boue qui ressemblait à des sables mouvants et où je m'étais enfoncé. Il y a quelques années, j'ai voulu utiliser ce souvenir pour un récit qui deviendrait une déclaration d'amour à ce territoire où j'ai grandi, l'Estrie. En travaillant, je me suis questionné sur son histoire, j'ai lu sur les Abénaquis et leurs légendes. Je les ai intégrées et c'est comme si quelque chose s'était déployé. Les 30 pages sont devenues 250 après quelques années.

Le personnage de Thomas revient beaucoup à son enfance. Qu'est-ce qui l'anime?

C'est une énigme qui a marqué son enfance, celle de la disparition d'un camarade de classe. Je trouve ça porteur, les histoires de disparition. D'ailleurs, des gens m'ont dit qu'il y a du Stephen King dans mon livre. Ça me fait immensément plaisir, car du bon Stephen King, j'adore ça!

On peut penser à Stephen King, aussi à Andrée A. Michaud dans ce désir de créer une ambiance mystérieuse.

Le tableau principal, des jeunes trentenaires qui achètent une maison et pensent fonder famille, est très réaliste. J'ai appliqué sur ce tableau un élément de fantastique, que j'ai puisé du côté des légendes abénaquises. L'idée était de créer un climat d'étrangeté qui déstabilise, et qui nous rend plus disponibles à réfléchir à des questions plus importantes.

Les légendes amérindiennes amènent ce côté irrationnel?

Forcément, car elles ont un aspect magique. Je suis parti de ces histoires et je les ai développées à ma façon. Je ne suis pas l'héritier de cette culture sur le plan biologique, mais sur le plan symbolique, oui. Ces histoires me font rêver, elles sont très riches. Mais comme on parle d'une tradition orale, il est normal de s'en emparer et de les revisiter. Seulement, il faut le faire avec justesse et respect.

Revenons à Thomas. Tout se passe dans sa tête, non?

On peut imaginer qu'il s'enfonce dans une psychose et que tout ce qui est d'ordre surnaturel ne se trouve que dans son imagination. Mais on pourrait aussi se dire qu'il a des intuitions justes, et que les choses se sont bel et bien passées comme il le croit. Les deux voies soient plausibles. Ce qui est sûr par contre, c'est que Thomas est de plus en plus au bord du délire à force de fréquenter ce mystère. Qu'il soit du bord de la magie ou juste dans sa tête, ça le fait dériver.

Que voudrais-tu que ce livre laisse aux lecteurs?

J'aimerais que ce texte les amène à visiter les lieux de leur enfance, les gens connus plus tôt sur leur route. Qu'ils entrouvrent aussi la porte du magique, que ma société renoue davantage avec le bagage mythologique que nous ont laissé les autochtones. On gagne tous à être porteurs de ces imaginaires qui nous rapprochent de notre nature, de notre territoire, du cycle des saisons.

Tu feras un autre roman?

Oui. Je pense que je vais demeurer pluriel, mais le roman me permet d'embrasser large, d'entremêler des fils qui peuvent sembler éloignés. Je reprends mon souffle, mais je vais sûrement me relancer. C'est trop jouissif.

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Le nid de pierres. Tristan Malavoy. Boréal, 256 pages.

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