Frédéric Lenoir: le bonheur par l'effort

«On a aujourd'hui une vision marchande du bonheur,... (Archives, La Presse)

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«On a aujourd'hui une vision marchande du bonheur, soit mercantile, soit basée sur la croissance personnelle et des recettes, explique Frédéric Lenoir. Je veux lui redonner ses lettres de noblesse, à partir de la philosophie grecque, de Schopenhauer, des philosophies orientales et de la psychanalyse.»

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Frédéric Lenoir est un philosophe français hors norme. Il se penche depuis plus de 15 ans sur la religion et la foi, dont il souligne les bons côtés et vient de publier un livre sur le bonheur. Il a répondu à nos questions.

Q: Pourquoi avez-vous décidé d'écrire sur le bonheur?

R: On a aujourd'hui une vision marchande du bonheur, soit mercantile, soit basée sur la croissance personnelle et des recettes. Je veux lui redonner ses lettres de noblesse, à partir de la philosophie grecque, de Schopenhauer, des philosophies orientales et de la psychanalyse.

Q: L'argent fait-il le bonheur?

R: Les enquêtes américaines montrent que les gens ne sont pas plus heureux aujourd'hui qu'il y a 50 ans, même s'ils sont plus riches. L'argent n'arrive jamais parmi les trois priorités des gens: l'amour, la santé et l'intérêt pour son travail. Aristote disait que le bonheur est dû à moitié à la chance et à moitié au travail sur soi, aux choix de vie. Les scientifiques modernes confirment que le bonheur est dû à 10 % aux conditions extérieures, c'est-à-dire l'argent, à 40 % au travail sur soi et à 50 % à la génétique, l'équivalent pour Aristote du destin et de la chance.

Q: Si seulement 10 % du bonheur est dû à l'argent, cela signifie-t-il que l'austérité dans les finances publiques n'a pas d'impact sur le bonheur?

R: Même si l'argent n'est pas dominant, il vaut mieux vivre dans une société plus juste. L'ultralibéralisme accentue de façon colossale les inégalités. Mais il est vrai que les politiques sociales ne sont pas déterminantes. Le Danemark a un système social très développé, avec des crèches, la sécurité sociale, mais il a le plus fort taux de suicide en Europe. Justement, le fait que tout soit facile pose problème : il n'y a pas de lutte et de responsabilité individuelle. Il y a des pays beaucoup plus bas sur le plan des programmes sociaux, en Asie et en Afrique, où les gens sont plus heureux.

Q: Il y a une vingtaine d'années, un autre philosophe français, André Comte-Sponville, est devenu célèbre avec des ouvrages sur l'éthique, le bonheur et la foi. Y a-t-il une école française de philosophie du bonheur?

R: Dans les années soixante, Marcel Conche et Pierre Hadot ont réhabilité la sagesse comme objet d'étude de la philosophie. Ils ont rappelé que la philosophie est d'abord la recherche du bonheur. Ils ont formé beaucoup de spécialistes dans les universités françaises et m'ont influencé, ainsi que Comte-Sponville et Michel Onfray.

Q: Pourquoi en France et pas ailleurs?

R: Il y a en France une grande tradition de philosophie grecque. En Allemagne, la philosophie s'est davantage intéressée à la dimension politique.

Q: Avant d'écrire sur le bonheur, vous avez écrit plusieurs ouvrages sur la foi et la religion. D'où vous est venu cet intérêt?

R: Mon père était passionné de philosophie grecque, la sagesse, le stoïcisme. J'ai ensuite découvert le bouddhisme et la méditation, la kabbale juive et le soufisme. Je rejetais la religion. Puis à 20 ans, j'ai découvert les Évangiles. C'était ce que j'avais lu de mieux de ma vie. Je suis redevenu chrétien. Ensuite, j'ai étudié la sociologie de la religion. D'ailleurs, j'ai passé trois mois au Québec en 1997 pour travailler sur un documentaire sur le phénomène sectaire, après l'affaire de l'Ordre du temple solaire.

Q: Quel est votre prochain projet?

R: Un livre sur l'amour, la liberté et la joie où j'expliquerai qu'il y a deux conditions à la joie: la communion avec les autres et l'analyse de soi, être pleinement soi.

________________________________

FRÉDÉRIC LENOIR

Du bonheur, un voyage philosophique

FAYARD, 209 pages

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