Dominique Scali: ruée vers l'Ouest

Dans À la recherche de New Babylon, «les... (Photo: Martin Chamberland, La Presse)

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Dans À la recherche de New Babylon, «les chercheurs d'or voyagent d'une ville à l'autre sans jamais le trouver. C'est un peu une quête du bonheur. Finalement, il n'est nulle part», raconte Dominique Scali.

Photo: Martin Chamberland, La Presse

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Mario Cloutier

Dominique Scali publie un premier roman, À la recherche de New Babylon, à La Peuplade. Un livre sur le Far West et l'impasse d'un certain rêve américain. Étonnant.

Dominique Scali n'a pas froid aux yeux. Contre toute attente, elle s'est attaquée au monde du roman en écrivant une brique, un western de surcroît.

La journaliste de 30 ans connaît les dépaysements. Elle a vu l'Arizona, mais aussi le Mali, a vécu en France. Elle aime l'ailleurs, l'aventure. À la recherche de New Babylon représente une quête qui l'a dévorée pendant quatre ans.

«Notre petite vie insignifiante, si on la transpose à une autre époque et dans un autre pays, ça devient important. Il n'y a pas de québécité dans mon livre, avoue-t-elle. J'ai besoin d'aller dans un univers qui n'est pas exactement le nôtre. Quand j'étais ado, je tripais médiéval. J'aimais le côté historique et fantastique. En raison de notre monde technologique, le western nous ramène à une époque très terre à terre. C'est une recherche d'authenticité.»

Père italien, mère québécoise. Elle a étudié en psychologie. Tout lui sert. Ses personnages bien étudiés, finement découpés incarnent la quête de l'inaccessible étoile. Découverte du monde, découverte de soi. Fantasmes, obsessions, rêveries. Puis l'impasse.

«Leur idée du bonheur est très précise, note-t-elle. C'est une chose en particulier qu'ils cherchent. Et ils échouent. Aucun parmi eux ne réussit à trouver sa pépite d'or.»

Les quatre personnages principaux du roman - un pyromane individualiste, une femme cherchant mari, un excentrique se disant d'origine russe voulant fonder une ville dans le désert, New Babylon, et un faux révérend sans religion - bougent constamment.

«Les chercheurs d'or voyagent d'une ville à l'autre sans jamais le trouver, note-t-elle. C'est un peu une quête du bonheur. Finalement, il n'est nulle part. En allant au Mali, je me disais que ça me transformerait, mais c'est une illusion d'aller quelque part pour trouver quelque chose. C'est ce que font ces personnages. Chaque voyage, chaque ville du parcours, c'est la somme d'une impasse, la leur.»

L'Ouest et nous

Et ce n'est pas parce qu'il s'agit d'un western que ce livre ne parle pas de nous et de notre époque. Un peu beaucoup.

«Ce qui est particulier avec le mythe de l'Ouest, contrairement à d'autres moments dans l'histoire, c'est que les gens pouvaient créer leur propre mythe de leur vivant, en temps réel, croit-elle. Ça fait écho à notre époque où les réseaux sociaux servent à créer nos propres mythes.»

Et la violence et les armes à feu qui imposaient leur loi dans l'Ouest?

«Ce n'est pas le commentaire d'une Québécoise sur la culture des armes à feu, souligne-t-elle. C'est la fascination d'une Québécoise pour un univers où les codes sont complètement différents. Le vedettariat à l'américaine, ça nous ressemble, mais la violence, pas vraiment. Le western, c'est la liberté totale, mais celle du vide.»

Elle dit avoir beaucoup lu sur le sujet, en plus de s'être fait une filmographie 100% western pendant quelques années. Dominique Scali ajoute, toutefois, qu'elle aurait pu choisir un autre pays, une autre époque.

«Je tripais déjà sur l'univers du western quand j'ai fait un road trip en Arizona, raconte-t-elle. J'ai vraiment eu l'impression de vivre mon western là-bas. J'ai eu un accident causé par un conducteur de camion ivre qui a embouti ma voiture. Il aurait pu tuer des gens à moto ou des enfants en auto.»

Jeune femme décomplexée vis-à-vis de l'écriture et aux genres littéraires, elle n'a toutefois pas d'image préfabriquée de l'écrivain et de sa place dans la société. Elle écrit pour écrire.

«Je reviens toujours à l'écriture parce que j'aime ça, tout simplement, fait-elle. C'est quoi, un écrivain? C'est secondaire pour moi. Si j'ai passé autant de temps à préparer quelque chose, c'est parce que j'aime le processus de recherche et d'écriture.»

Pour l'instant, elle ne sait pas ce qui la passionnera demain ou après-demain. Peu probable qu'elle tombe dans l'autofiction ou le «québécois». Il y a bien un mythe quelque part et une époque où quelqu'un... quelque chose...

«J'ai fait le tour de mon trip western, conclut-elle. Il y a d'autres univers qui m'attirent, mais tant que je n'ai pas les personnages...»

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À la recherche de New Babylon. Dominique Scali. La Peuplade. 500 pages.

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