Jean-Jacques Pelletier: #Pelletier

Dans son 12e roman, Jean-Jacques Pelletier fait une... (Photo: Jean-Marie Villeneuve, Le Soleil)

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Dans son 12e roman, Jean-Jacques Pelletier fait une place importante aux médias sociaux: courriels, gazouillis, murs de commentaires, blogues sont nombreux et jalonnent les 578 pages de Dix petits hommes blancs.

Photo: Jean-Marie Villeneuve, Le Soleil

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Bien sûr, il y a un clin d'oeil au fameux Dix petits nègres de Christie dans le nouveau polar-fiction du prolifique Jean-Jacques Pelletier, intitulé Dix petits hommes blancs! Et aussi des références au Maigret de Simenon, avec tous ces meurtres perpétrés dans des arrondissements de Paris. Mais il y a surtout la manière Pelletier, étonnant amalgame d'enquête policière et de réflexions sur notre ère et ses errances. Sur la sellette, cette fois: les médias sociaux. Et l'art. Et nous, Occidentaux.

Nés dans l'un ou l'autre des 11 romans de Pelletier publiés depuis 1987, ils sont de retour: oui, le policier Gonzague Théberge, l'écrivain Victor Prose, la tueuse professionnelle Natalya Circo et quelques autres collaborent de nouveau pour résoudre une histoire aux nombreuses ramifications sociales et politiques, dans le 12e roman de l'écrivain natif de Québec et renommé dans toute la francophonie.

«De tout temps, me semble-t-il, la fiction a toujours servi à mettre en scène les choses qui nous inquiètent le plus», dit Jean-Jacques Pelletier. Or, ce qui nous inquiète, ces jours-ci, ce sont la dématérialisation des données, la protection (ou non) de la vie privée, la montée des extrémismes, l'influence des réseaux sociaux, ainsi que ce que Pelletier appelle «l'obligation de transparence totale, applicable à tout individu auquel s'intéresse l'opinion publique»... Tout cela se retrouve dans Dix petits hommes blancs. Ainsi qu'un magnifique hommage à Paris, ses cafés, ses quartiers, sa cuisine. Et bien plus.

Et ils n'étaient plus que neuf

Le point de départ? Dans Paris, des hommes blancs de petite taille sont tués et «exposés» dans certains arrondissements de la ville. Bien qu'à la retraite, Gonzague Théberge, en vacances dans la Ville Lumière avec sa femme convalescente (après l'attentat terroriste qui a failli la tuer dans Les visages de l'humanité, 2012), va devoir «enquêter» officieusement sur ces meurtres.

Pas besoin d'avoir lu Les visages... pour suivre l'histoire. Notamment parce que, cette fois-ci, Pelletier a réduit le nombre de personnages principaux, d'endroits et d'intrigues, de telle manière qu'on s'attache plus et mieux aux protagonistes. Ce qui occupe plus d'espace, en fait, c'est la part faite aux médias sociaux: courriels, gazouillis, murs de commentaires, blogues sont nombreux et jalonnent les 578 pages de Dix petits hommes blancs.

«Quand il y a moins de personnages, il y a sans doute plus de place pour autre chose, dit Pelletier en riant. Notamment plus d'intériorité chez les personnages. À partir des Visages de l'humanité, je trouve que mon écriture a changé. En fait, elle doit avoir changé progressivement au fil des ans, mais il y a des romans où ce changement est plus manifeste.» C'est effectivement le cas dans Dix petits hommes blancs.

«Pour ce qui est des réseaux sociaux, reprend le romancier-essayiste, ils sont pour moi le prolongement de la façon dont j'utilisais les médias traditionnels dans mes autres romans. C'est-à-dire une manière de présenter la rumeur publique autour d'événements. Dans Dix petits hommes blancs, j'ai même carrément choisi le type de réseau social en fonction de ce dont j'avais besoin pour faire progresser mon histoire: si je voulais une accumulation d'opinions de gens qui réagissent sur le coup, je faisais intervenir des commentaires sur Facebook; si je voulais une opinion plus concentrée ou donner un nouvel élément d'information, j'ai pris Twitter; si je voulais quelque chose de plus élaboré, je cite le site d'un média ou une entrevue télé ou un blogue...»

La différence avec les médias «d'avant»? «Les réseaux d'opinion à l'époque tombaient dans toutes sortes de travers, mais ça allait de l'insulte facile jusqu'à l'argument très rationnel. Aujourd'hui, si vous demandez à quelqu'un pourquoi il pense telle ou telle chose, il vous répond généralement: «Euhhh....» Les gens ont des opinions, mais souvent pas de raisonnements ou d'arguments.»

Histoire de rigoler un peu, Pelletier fait aussi intervenir un «Monsieur Selfie» discutable...

Humour noir

Car on ne souligne pas assez souvent l'humour, noir il est vrai, de Jean-Jacques Pelletier. Pourtant, un simple coup d'oeil aux noms de ses personnages en témoigne: tenez, un de ses nouveaux protagonistes dans Dix petits hommes blancs est un policier baptisé... Norbert Duquai. Oui, comme dans «du quai des Orfèvres», où se trouve la préfecture de police de Paris. Et si vous étudiez le nom du «non-gentil» (que l'auteur préfère au concept du «méchant de l'histoire»), baptisé Darian Hillmorek, vous pourriez bien y retrouver l'anagramme de lord Hadrian Killmore, le «non-gentil» du roman La faim de la Terre que Pelletier a publié en 2009!

«Ce que je veux, c'est mettre en scène des problèmes sérieux dans des livres qui ne sont pas rebutants, dit l'auteur et ex-professeur de philosophie au cégep (il est à la retraite, comme Théberge!). On trouve mes romans profondément pessimistes, mais je suis foncièrement optimiste. Beaucoup plus que Victor Prose, en tout cas.» Le personnage fictif de Victor Prose, Pelletier en a fait un genre d'alter ego, allant jusqu'à l'interviewer. Ou «cosigner» certains essais du nom de Prose (Les taupes frénétiques, La fabrique de l'extrême, La prison de l'urgence, chez Hurtubise).

«Le personnage de Victor Prose est apparu en 2009 [La faim de la Terre], et c'est vrai qu'il s'est passé quelque chose, reconnaît Pelletier. Je pense que c'est la dimension de l'écriture, de l'écrivain, qui est apparue. Ce n'est pas un hasard s'il est un auteur d'essais: cela me permettait d'intégrer ses essais de façon explicite dans ma tétralogie Les Gestionnaires de l'Apocalypse. Or, depuis 2012, ce n'est plus ses essais que j'intègre, mais bien l'essayiste lui-même, en reproduisant ses discussions et ses rapports avec les autres.»

Dans Dix petits hommes blancs, Prose est d'ailleurs en quête d'un livre mystérieux, intitulé Les naufragés du Juskoboutistan! Pelletier en fera-t-il un «vrai» roman, un jour? «Honnêtement, je ne sais pas! Avant, il faut que j'écrive la suite de Dix petits hommes blancs. Ainsi qu'une série d'articles sur Arsène Lupin [Pelletier en a déjà consacré une à Simenon et une à Sherlock Holmes]. Hélas, le problème, c'est que les journées persistent à n'avoir que 24 heures!»

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Dix petits hommes blancs. Jean-Jacques Pelletier. Hurtubise 578 pages.

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