Joseph Delaney: la dure vie d'un apprenti épouvanteur

C'est une légende à propos d'un prêtre qui... (Photo: fournie par Bayard)

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C'est une légende à propos d'un prêtre qui devait combattre des lutins farceurs hantant l'église qui a donné l'idée à Joseph Delaney de la première aventure de l'apprenti épouvanteur.

Photo: fournie par Bayard

Depuis 10 ans, un ancien prof d'anglais du secondaire fait un malheur avec sa série L'épouvanteur. Joseph Delaney tire ses créatures maléfiques et les sorts de l'épouvanteur et de son apprenti, le héros Tom, du folklore anglais, tout particulièrement du Lancashire où il habite, dans le nord de l'Angleterre, juste au sud de l'Écosse. Le 10e tome met en vedette un puissant diable vampire qui demande le sang du maître de Tom. La Presse s'est entretenue avec M. Delaney.

Q: Comment avez-vous eu l'idée de l'épouvanteur?

R: Quand je suis venu vivre dans le Lancashire, il y a 30 ans, j'ai été fasciné par une légende locale à propos d'un prêtre qui devait combattre des lutins farceurs hantant l'église. Ça m'a donné l'idée de la première aventure de l'apprenti épouvanteur. J'ai aussi utilisé un rêve que j'avais souvent enfant, où je me réveillais dans une maison hantée pendant que ma mère tricotait sans rien dire. Peu à peu, l'idée d'une série d'aventures a pris forme. J'ai utilisé ma propre expérience de jeune adulte pour lui donner corps. Mon premier travail, avant d'aller à l'université, a été comme apprenti monteur en métallurgie. J'ai été fasciné par le processus, un homme dans la force de l'âge qui montre son métier à un adolescent.

Q: Est-ce le premier livre que vous avez écrit?

R: J'ai commencé à écrire il y a plus de 20 ans. Dans les 10 premières années, j'écrivais un livre par année, que mon agente présentait sans succès à huit ou neuf éditeurs. Je me voyais comme un futur Tolkien. Ma femme aussi, ce qui m'a encouragé à persévérer. Finalement, mon agente m'a suggéré d'essayer d'écrire pour les jeunes. À ma deuxième tentative, ç'a marché. Il y a même eu surenchère entre les éditeurs.

Q: Votre expérience d'enseignant vous a-t-elle aidé?

R: Évidemment, pour ce qui est de la relation entre le maître épouvanteur et son apprenti. Mais à la fin de ma carrière, j'ai été professeur de cinéma. J'avais beaucoup de latitude et j'avais le défi d'intéresser à cette matière des adolescents de la fin du secondaire. Alors je me suis penché sur le fantastique, les films de vampires, de science-fiction. Ça m'a donné une bonne base, notamment sur le plan visuel pour les combats.

Q: On vous a parfois traité de misogyne à cause de vos personnages féminins, notamment parce que les sorcières sont souvent vues comme des victimes du patriarcat. D'autres vous ont défendu en soulignant que, pour les jeunes hommes, la féminité peut être menaçante. Qu'en pensez-vous?

R: Le maître dit souvent: «Ne faites jamais confiance à une femme.» Ce n'est pas mon point de vue, c'est celui d'un personnage de fiction. Je suis personnellement marié avec ma femme depuis 40 ans. Cela dit, il est vrai qu'à l'adolescence, les garçons peuvent se sentir menacés par la féminité: ils sentent qu'on attend quelque chose d'eux et que, souvent, ils vont se tromper quand ils feront les premiers pas. Mes livres reflètent peut-être cet état d'esprit.

Q: Vous avez une riche galerie de personnages maléfiques. Pourquoi les bons sont-ils moins nombreux que les méchants?

R: Les personnages sombres sont les plus amusants. Mon éditeur me dit souvent que mes meilleurs personnages sont les sorcières, particulièrement dans leurs dialogues ambigus. Même les alliés de mon héros ont des travers. Sa famille le rejette plus ou moins parce qu'elle a peur de lui. Sa grande amie, la sorcière Alice, semble souvent sur le point de choisir le côté obscur.

Q: Les jeunes hommes d'aujourd'hui semblent peu attirés par le statut d'apprenti. Au contraire, la connaissance est parfois ridiculisée. Vouliez-vous changer les choses avec l'épouvanteur?

R: Je l'ai bien vu à l'école. Les filles sont organisées, elles savent quoi faire à l'école et pourquoi elles veulent continuer à étudier. Les garçons, moins souvent. Ils veulent blaguer. Je me considère comme chanceux que mes deux garçons [l'auteur de 69 ans a aussi une fille] et, jusqu'à maintenant, mes petits-enfants semblent aimer lire et étudier. Mais je n'ai pas de recette pour contrer le phénomène.

Q: Votre série détonne dans une littérature pour adolescents souvent peuplée d'héroïnes. Pourquoi les filles lisent-elles plus que les garçons?

R: Encore une fois, je le vois bien. À mes séances de signatures, il y a des garçons de 11 ou 12 ans, mais pas plus. Les filles, elles continuent de lire. On dirait qu'à partir de 12 ou 13 ans, les garçons sont gênés d'être vus avec un livre dans les mains. Comme professeur, c'était un défi. J'essayais de choisir des livres ayant beaucoup de bons dialogues, pour qu'ils soient lus à voix haute en classe. J'ignore si ça marchait particulièrement bien, mais j'avais l'impression d'intéresser quelques garçons de cette manière.

Q: Avez-vous d'autres projets?

R: Curieusement, le premier livre que j'ai écrit, il y a 20 ans, vient d'être retenu par un éditeur. C'est une trilogie de science-fiction. Évidemment, je me demande si les autres manuscrits que j'ai écrits avant L'épouvanteur intéresseront aussi les éditeurs, vu son succès.

Q: On parle d'un film de l'épouvanteur depuis plusieurs années, avec Julianne Moore dans le rôle de la grande sorcière. Qu'en est-il?

R: Ça fait huit ans qu'on en parle et plusieurs années qu'il est en production. Il semble maintenant que la date prévue, en février 2015, sera la bonne. J'ai assisté au tournage en Colombie-Britannique, on m'a prévenu que je devrais faire une tournée de signatures aux États-Unis et au Canada l'an prochain pour le film, et j'ai appris que ma traductrice française a été retenue pour faire la traduction du film.

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Le sang de l'épouvanteur (tome X). Joseph Delaney. Bayard Jeunesse, 319 pages.




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