François Julien, l'expert

Plusieurs auteurs de polars québécois consultent souvent l'expert... (Photo: Olivier Pontbriand, La Presse)

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Plusieurs auteurs de polars québécois consultent souvent l'expert en sciences judiciaires François Julien pour vérifier la plausibilité de leurs crimes fictifs.

Photo: Olivier Pontbriand, La Presse

Marie-Christine Blais
La Presse

François Julien par-ci, François Julien par-là: mais qui est cet homme évoqué avec chaleur par tous les écrivains de polars québécois, y compris les invités des Printemps meurtriers?

Inutile de chercher son nom en couverture de livre. Consulté au fil des ans tant par l'équipe de la télésérie policière Fortier que par Chrystine Brouillet ou Jean-Jacques Pelletier, François Julien est un spécialiste en sciences judiciaires. En quelque sorte l'équivalent québécois des fameux Experts popularisés à la télévision - ou de Dexter, instincts criminels en moins!

Pendant 35 ans, François Julien a été biologiste judiciaire au Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale (LSJML), fondé il y a exactement 100 ans cette année. Il était chargé, dans le cadre d'une enquête, de l'analyse de substances biologiques comme le sang, le sperme, la salive, la sueur, etc. Il a été le premier au pays à étudier les taches et projections de sang sur une scène de crime. Le premier aussi à se servir du luminol, le fameux produit luminescent bleu qui permet de relever une trace de sang invisible à l'oeil nu. Il a travaillé sur plus de 700 scènes de crime et témoigné dans quelque 400 procès, notamment celui de Guy Turcotte.

L'expert des auteurs

Mais François Julien est aussi un communicateur-né et un curieux insatiable: «J'ai toujours aimé savoir ce que faisaient les autres sections du Laboratoire: pathologie, chimie, balistique... Et j'adorais donner des conférences sur mon métier, enseigner à l'école de police de Nicolet aux aspirants enquêteurs.» Le hasard lui fait un jour rencontrer l'écrivain Johanne Seymour. Nous sommes en 2004: «Johanne écrivait son premier roman policier, Le cri du cerf (publié en 2005, réédité en 2012). Au fil des conversations, elle m'a posé des questions pour voir si le crime qu'elle décrivait était crédible, si les détails techniques tenaient la route, si la formulation était correcte...»

À partir de ce moment-là, François Julien devient l'expert en sciences judiciaires consulté par à peu près tous ceux qui ont à «inventer» un crime ou décrire un cadavre dans un livre, une télésérie, une pièce de théâtre: le jour de notre rencontre, M. Julien allait d'ailleurs assister à une représentation de la pièce Besbouss, autopsie d'un révolté au théâtre de Quat'Sous, invité par le metteur en scène Dominic Champagne qui l'avait consulté sur la vraisemblance d'un faux «cadavre» immolé par le feu.

L'expert des Printemps

Depuis trois ans, M. Julien est à la retraite... et depuis trois ans, il est au programme des Printemps meurtriers, fondé par Johanne Seymour! À cette occasion, il donne des classes de maître très courues (payant, au vieux palais de justice de Knowlton) à partir de cas authentiques particulièrement troublants sur lesquels il a travaillé au cours de sa carrière. Il élabore également une «enquête en direct» à l'intention des participants: ceux-ci doivent parvenir à certaines déductions à partir d'indices disséminés au vignoble Domaine Les Brome (gratuit, mais réservation obligatoire).

Mais l'année durant, on l'appelle toujours pour vérifier si tel ou tel «crime» fictif est possible: ils sont nombreux à lui demander son avis, notamment Martin Michaud, Jacques Côté, Jean-Jacques Pelletier, Chrystine Brouillet, avec qui il entretient une longue amitié: «C'est fantastique, travailler avec elle, mais c'est mauvais pour le tour de taille!»

«Une fois qu'ils m'ont exposé leur cas, explique-t-il, je leur réponds souvent: si tu veux que ce soit le fun à lire pour le lecteur, vas-y comme ça; si tu veux que ce soit rigoureux, par contre, ça ne marche pas!» Aux écrivains de décider ensuite.

«Je les trouve gentils de m'inviter souvent à leurs rencontres formelles ou informelles, conclut François Julien. Après tout, comme je leur dis, je ne suis pas de leur gang. Mais il y en a toujours un pour me répondre que oui, je fais partie de la gang: la différence, c'est que je suis le seul qui, lorsqu'il écrit, écrit des choses «vraies», pas du tout fictives!»




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