Mon frère: un frère en mots ****

Mon frère... (Image fournie par Gallimard)

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Mon frère

Image fournie par Gallimard

Katia Gagnon
La Presse

En ouverture du dernier chapitre de Mon frère, le nouveau et très beau livre de Daniel Pennac, on trouve une photo qui résume à elle seule l'intention de l'auteur. Deux enfants sont assis sur un muret. Il y a le petit, blond, devant. C'est Daniel. Il est grouillant, remuant. Et il y a l'autre, le grand, brun, de cinq ans son aîné. C'est Bernard, l'enfant calme et discret, les deux mains «discrètement protectrices» posées sur son petit frère. Ce grand frère est mort en 2007. Dix ans plus tard, le petit a tiré un récit bouleversant de la perte de ce frère énigmatique.

Quelques mois après la mort de son «frère préféré», Daniel Pennac a voulu monter au théâtre et jouer une nouvelle d'Herman Melville, Bartleby. Le curieux personnage de Melville, scribe de son état, a un emploi dans les bureaux d'un avocat dans le New York du XIXe siècle. Bartleby est discret, efficace, mais curieusement passif pour certaines tâches. «Je préférerais pas»: c'est sa phrase-clé. Or, cette passivité ne cesse de s'étendre, et le pauvre avocat ne sait plus comment se débarrasser de cette ombre grise qui hante ses bureaux.

Bartleby, pour Daniel Pennac, c'est un peu Bernard. Ce grand frère longtemps seul, puis mal marié. Ce grand frère à l'ironie triste, qui occupait un emploi peu stimulant, et qui a pris une retraite anticipée parce qu'il se trouvait inutile. Ce grand frère qui a cherché à mourir, mais est finalement mort sous le bistouri du chirurgien.

«Je ne sais rien de mon frère mort, si ce n'est que je l'ai aimé. Il me manque comme personne, mais je ne sais pas qui j'ai perdu», écrit Pennac.

En montant Bartleby et en racontant la stupéfaction des spectateurs devant cet avocat englué dans un problème insoluble, Daniel Pennac rend donc hommage à ce grand frère. «Il n'était pas là, bien sûr, il n'était plus nulle part, mais je lui offrais son Bartleby tous les soirs.»

On peut certainement parier que Bernard aurait aussi été heureux de lire Mon frère, un livre tout en émotion retenue, qui montre avec brio la complexité de la relation entre ce petit frère turbulent et cancre à l'école, mais qui réussira sa vie, et ce grand frère apaisant et protecteur qui, lui, la vivra comme un Bartleby.

* * * *

Mon frère. Daniel Pennac. Gallimard. 122 pages.




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