Treize façons de voir: pouvoir d'évocation ***1/2

La PresseJosée Lapointe 3/5

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Josée Lapointe

C'est un cadeau que nous offre l'auteur d'origine irlandaise avec ce livre qui regroupe un court roman d'environ 170 pages et 4 nouvelles. Même si le texte principal se passe pendant une tempête de neige à New York, même s'il est surtout empreint de mélancolie et enveloppé par la violence du monde, cet ouvrage rempli d'humanité et de sensibilité peut être savouré en plein été, porté par le chatoiement et la musique fabuleuse d'une écriture qu'on retrouve heureusement dans la traduction française.

Auteur de six romans, Colum McCann a aussi publié deux recueils au cours de sa carrière, La rivière de l'exil et Ailleurs, en ce pays, tous deux récompensés lors de leur publication en Irlande. Le nouvelliste déploie encore dans Treize façons de voir tout son talent pour l'évocation et sa capacité à créer des personnages aussi crédibles que vivants.

Colum McCann va même jusqu'à dévoiler sa technique dans Quelle heure est-il, maintenant, là où vous êtes?, nouvelle dans laquelle un auteur doit écrire un conte du Nouvel An. On le voit alors développer l'histoire d'une marine à son poste de vigile en Afghanistan, qui attend minuit pour faire un appel chez elle, en Caroline du Sud. Un cours accéléré sur le processus de création vraiment passionnant.

La vie intérieure des personnages de chacune des histoires est ainsi dessinée en quelques traits précis et jamais grossiers.

Dans Treize façons de voir, le court roman qui donne le titre au livre, on sait tout des pensées et de la vie de ce juge à la retraite, de sa rencontre avec celle qui deviendra sa femme, de son métier, de ses relations avec ses enfants, de sa manière de vivre sa vieillesse. En prime, une agression qui vire mal, une enquête policière, un interrogatoire et une batterie de personnages secondaires qui s'éclairent parfois en quelques paragraphes pour donner encore plus de profondeur au récit.

Il y a aussi Sh'khol, qui raconte les tumultes d'une relation symbiotique entre une mère séparée et son fils autiste qui entre dans l'adolescence, et Traité, l'histoire d'une religieuse qui fait face à celui qui a été son bourreau 37 ans plus tôt. Et c'est le plus court texte - à peine huit pages - qui clôt ce recueil, mais aussi le plus violent, le plus dur et le plus éclairant sur ce qui gangrène notre monde. Dans Comme s'il y avait des arbres, Colum McCann nous rappelle ainsi que pauvreté, intolérance et xénophobie sont intimement reliées, sans juger personne ni faire la morale. Un nouvelliste au sommet de son art, qui sait montrer et émouvoir en même temps.

* * * 1/2

Treize façons de voir, Colum McCann, Traduit par Jean-Luc Piningre, Belfond, 305 pages.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer