Une certaine vision du monde: lecteur allumé ****

La PresseJosée Lapointe 4/5

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Josée Lapointe

Il y a quelques années, l'auteur italien Alessandro Baricco a publié, une fois par semaine pendant un an, des chroniques sur les livres qu'il a lus et aimés sur une période précise, soit de 2002 à 2012. Réunis dans un seul livre, ces 50 textes sont un voyage intellectuel et littéraire franchement passionnant, avec comme guide le plus allumé des lecteurs.

Évitant le piège de faire un «panthéon personnel», Baricco a simplement voulu faire partager dans Une certaine vision du monde ses plaisirs récents de lecture, qui sont d'un éclectisme épatant: ouvrages historiques, essais philosophiques, recueils de nouvelles, romans épiques, biographies, oeuvres littéraires pointues, il y a dans cette sélection une joyeuse boulimie qui force l'admiration.

Qu'on le commence du début avec la bio du joueur de tennis Andre Agassi ou qu'on l'attrape plus loin avec un hommage à l'inspecteur Adamsberg créé par Fred Vargas, on y trouve toujours son compte. Car ce recueil est l'oeuvre d'un esprit curieux qui peut se passionner autant pour un livre sur l'architecture du Parthénon que lire pour la première fois Petit déjeuner chez Tiffany de Truman Capote et ne pas en revenir.

Sa capacité à se laisser éblouir, émouvoir ou interpeller, l'auteur de Soie la raconte avec cette écriture si élégante, vivante et parfaitement fluide qui a fait sa marque. 

Vaguement ironique et toujours franchement admiratif, il communique son amour des histoires bien racontées, du style absolu, des mots bien agencés et de l'intelligence du propos, avec érudition bien sûr, mais d'une manière accessible et en ne faisant jamais de compromis sur la réflexion.

On se délecte donc, en étirant le plaisir, de ce recueil qui fait souvent sourire. Les intros de chaque texte sont déjà de petits chefs-d'oeuvre qui valent l'achat du livre à eux seuls. «Tous les ans, un classique de la philosophie, sans discussion possible. Ne serait-ce que pour en écouter la musique ou en respirer la splendide arrogance», dit-il à propos du Discours sur la méthode de Descartes. Ou sur la trilogie des jumeaux d'Agota Kristof: «Une fois que j'eus compris qu'il ne s'agissait pas d'Agatha Christie mais d'Agota Kristof, j'ai dû capituler devant tous ceux qui ne pouvaient pas croire que je ne l'eusse jamais lue.» 

Ce ne sont que deux exemples, mais c'est ce même ton qu'on retrouve dans chaque chronique, cette facilité de décrire en quelques mots un état d'esprit, une découverte surprenante, une tournure de phrase réjouissante. Même si quelques sujets trop «italiens» ne nous disent pas grand-chose, Une certaine vision du monde est une lecture obligatoire pour quiconque aime se faire parler de littérature. Quand le plus brillant des lecteurs devient un passeur, c'est vraiment un pur délice.

Bio express

Alessandro Baricco

Auteur italien né en 1958

Vit à Rome, en Italie

Quelques romans: Soie (prix des libraires du Québec en 1997 et adapté au cinéma par François Girard en 2007), Océan mer (paru en français en 1998, prix Viareggio lors de sa parution en 1993), Mr. Gwyn

Quelques essais: L'âme de Hegel et les vaches du Wisconsin, Les barbares

Théâtre: Novecento: Pianiste (adapté au cinéma par Giuseppe Tornatore en 1998)

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Une certaine vision du monde - Cinquante livres que j'ai lus et aimés (2002-2012). Alessandro Baricco. Gallimard. 237 pages.

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