Carnets de l'incarnation: faire progresser les débats ***1/2

La PresseMario Cloutier 3/5

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Mario Cloutier

Retrouver Nancy Huston dans des chroniques, préfaces, conférences, articles (Le MondeLibération), c'est marcher aux côtés d'un esprit brillant qui s'obstine puis se replie, nous bouscule, nous émeut, nous fait sourire et réfléchir dans une langue riche et incisive.

L'auteure avait déjà fait l'exercice de réunir de tels textes deux fois auparavant, tous les dix ans ou à peu près, comme elle le dit. Cette fois, elle précède chacun de ses six «carnets» d'extraits de son journal intime, en plus d'ajouter quelques inédits, comme ce texte Ni Charlie ni Coulibaly qu'elle a écrit une semaine après l'attaque contre Charlie Hebdo

Étant donné l'ampleur de ses intérêts et les «plusieurs voix» qu'emprunte Nancy Huston, les sujets n'auront pas tous le même écho chez les lecteurs. La romancière-essayiste ne cache pas non plus que ses propos peuvent parfois «se contredire, se chamailler et se marcher sur les pieds». 

Dans cet ensemble de textes la plupart du temps heureusement féministes, et de ses analyses tantôt sombres, tantôt amusées, notamment quand elle parle de la formation des héros, c'est l'ouverture d'esprit et la volonté de faire progresser les débats de l'heure qui sautent aux yeux.

Nancy Huston ne recule devant aucun sujet, aucune remise en question de la société française, de la communauté internationale ou de sa propre vie pour susciter l'échange et la réflexion. Sa curiosité est totale autant que son esprit clair.

Son coeur parle avec passion quand elle nous redit l'importance d'artistes ou de penseurs comme Suzanne Jacob (poème servant de préface aux Carnets), la philosophe Annie Leclerc, Romain Gary, Nelly Arcan (sa préface à Burqa de chair) et Virginia Woolf. 

Ses idées s'avèrent éminemment originales et percutantes quand elle aborde les relations hommes-femmes, le sexisme ambiant, les religions, la violence actuelle, l'éducation et la spiritualité. Certains propos surprendront, voire choqueront, mais elle le fait avec une confiance inébranlable en l'intelligence du lecteur.

Psychologue, philosophe, mais surtout romancière, donc à l'écoute de l'humain, Nancy Huston possède la qualité de savoir mettre le doigt de façon très précise sur les contradictions, les malaises et les silences des uns et des autres. 

En fait foi sa conférence inédite de Vancouver sur le similaire état de dissociation dans lequel oeuvrent bourreaux et chirurgiens pour faire ce qu'ils pensent être leur devoir, mais qui frôle l'inhumain.

Ses courts essais psychologiques sur Romain Gary, Diane Arbus et Nelly Arcan sont d'autres moments forts de cet ouvrage qui ose dire, à notre époque névrosée et obsédée par l'image et les résultats avant toute chose, que «l'imagination rend généreux».

Bio express

Nancy Huston

Auteure canadienne née le 16 septembre 1953

Vit à Paris, en France

Quelques romans: Cantiques des plaines (Prix du gouverneur général en 1993), L'empreinte de l'ange (Prix des libraires du Québec en 1999), Lignes de faille (prix Fémina 2006)

Quelques essais: Tombeau de Romain Gary, Professeurs de désespoir, L'espèce fabulatrice

Cinéma: scénariste d'Emporte-moi, de Léa Pool, dans lequel elle joue un rôle

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Carnets de l'incarnation - Textes choisis 2002-2015. Nancy Huston. Leméac/Actes Sud. 305 pages.

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