Saufs: David Lynch à Brossard ***

La PresseJosée Lapointe 3/5

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Josée Lapointe

Cinq ans après le recueil de nouvelles Les enfants moroses, qui avait reçu un bel accueil critique, la jeune auteure Fannie Loiselle - qui est aussi éditrice chez Leméac - propose cet hiver Saufs, premier roman dépressif et ironique en équilibre entre le vide existentiel et le rêve.

Marie-Eve est retournée vivre à Brossard, la ville de son enfance, avec son mari Mathieu. Mais dans sa nouvelle maison qu'elle n'arrive ni à meubler ni à habiter, elle se cherche et s'ennuie. Son frère Vincent, insomniaque chronique, crèche chez l'un et chez l'autre, cumule les petits boulots - dans une foire alimentaire, chez un marchand de matelas - et finit par s'installer chez une jeune femme qui s'habille en zombie.

Le récit de Saufs s'intéresse dans un premier temps à Marie-Eve - plus de la moitié du livre en fait -, scénariste d'émission jeunesse en panne d'inspiration et incapable de sortir du marasme où elle s'enfonce et qui l'isole de plus en plus. Elle va se perdre au DIX30, monte voir son père dans le Nord, se rend à contrecoeur dans un party, revisite son enfance, s'échappant de plus en plus de la réalité.

Son frère Vincent non plus ne va pas bien, comprend-on dans la deuxième partie du livre, plus courte, qui lui est consacrée. Mais il l'assume davantage. Solitaire et sans attache, il refuse de se plier aux diktats de la société de consommation et ne demande rien à personne - surtout pas à ses parents -, jusqu'à ce que, au bout du rouleau, il déboule chez sa soeur, après une incroyable course jusque sur la Rive-Sud.

Il y a chez Fannie Loiselle un sens de l'étrange, de l'incongru et du détail, une manière directe et franche de raconter les liens entre les gens, une écriture au rythme précis qui charment et happent dès les premières lignes.

L'ambiance est spleenétique à souhait, même si le ton reste ironique et décalé.

Le roman quitte cependant le réalisme pour aller toujours un peu plus vers le rêve et les hallucinations. On est à Brossard comme dans un film de David Lynch, les protagonistes s'enfonçant dans un univers parallèle.

Le monde comateux, halluciné et cauchemardesque dans lequel se rejoignent le frère et la soeur rend l'expérience étrange pour le lecteur, qui ne distingue plus, lui non plus, la frontière entre le plausible et la fiction, le vrai et le faux. En ce sens, Saufs est un exercice littéraire vraiment réussi, pour ceux qui accepteront faire le saut dans une autre dimension.

Mais qu'on y adhère ou pas, pour Marie-Eve et Vincent, la vraie vie n'accotera clairement jamais le monde inventé où ils sont en sécurité. Ensemble, sains et saufs.

Une expérience qui n'est pas pour tout le monde, mais qu'il vaut la peine d'essayer.

* * *

Saufs. Fannie Loiselle. Marchand de feuilles, 284 pages.

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