La renverse: dérive intime et sociale ***1/2

La PresseJosée Lapointe 3/5

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Josée Lapointe

Chaque fois qu'Olivier Adam sort un nouveau titre, il est mentionné dans la plupart des articles sur les romans les plus attendus sur la rentrée littéraire du moment. C'est encore le cas cet hiver avec La renverse, qui vient tout juste d'arriver en librairie: c'est clair, Olivier Adam reste une des valeurs sûres de la littérature française actuelle.

Après Peine perdue, roman choral social très noir paru il y a un an et demi, l'auteur des Lisières et du Coeur régulier revient à ce qu'il a toujours fait de mieux: le portrait intime et psychologique d'un personnage à la dérive. Il y raconte l'histoire d'Antoine, un jeune homme qui a fui sa famille et sa ville de banlieue après que sa mère eut été impliquée dans un scandale politico-sexuel. La mort 10 ans plus tard du politicien concerné par l'«affaire», Jean-François Laborde, le pousse à refaire le fil de ses souvenirs rattachés à cette période trouble.

Amorphe, absent, complètement détaché, Antoine, qui est maintenant employé d'une librairie d'une station balnéaire du nord de la France, se rend compte qu'il est passé à travers cette période comme un fantôme. Que les événements s'entrechoquent, que les souvenirs sont flous, qu'il s'est laissé flotter alors que d'autres encaissaient le choc et enregistraient les informations - son jeune frère Camille, qui souffrait en silence, la fille de Laborde, Laetitia, avec laquelle il s'était lié et qui l'a entraîné dans le sillage de sa colère noire.

Cette imprécision volontaire est peut-être le plus grand défaut de ce nouveau roman d'Olivier Adam. Antoine mélange les époques, les moments. «Tout me semblait irréel, imprécis, contradictoire, sujet à caution», dit même le personnage vers la fin du récit. Une confusion qui cause un lot de répétitions, et qui finit par confondre aussi le lecteur.

Ce brouillard ne se dissipe jamais vraiment d'ailleurs, mais si on l'accepte, si l'absence d'affects et les questions récurrentes d'Antoine ne nous irritent pas trop, La renverse reste un roman prenant.

L'auteur dissèque toujours avec la même précision les thèmes qui lui sont chers: la rupture entre les générations, les liens entre les frères et les soeurs, la cellule familiale comme miroir de la société, le passé auquel on ne peut pas échapper, la maladie mentale.

Reflet de la déprime sociale

On voit aussi que depuis Peine perdue, Olivier Adam ose intégrer plus manifestement des volets politiques et sociologiques à son oeuvre: son roman, par la fracture sociale qu'il décrit entre les élites et les classes défavorisées - mères seules, immigrés, habitants des Cités -, est ainsi complètement en phase avec l'actualité française. Le portrait, encore une fois, est aussi désolant que choquant et explique à sa manière la déprime sociale de nos cousins.

Roman psychologique et politique, donc, La renverse se laisse porter par la dérive de son personnage, jusqu'à une certaine lumière qui apparaît à la toute fin. Si le livre est souvent douloureux à lire à cause de la dureté des situations et des liens entre les personnages, la quête d'Antoine finit par se solder par un petit pas vers la vie, vers sa vie.

Olivier Adam, il faut le dire, sait encore y faire lorsqu'il s'agit de nous faire suivre le chemin intérieur d'un personnage. Si La renverse n'est pas son meilleur cru, son écriture élégante y est particulièrement soignée. Et le sujet est assez d'actualité pour qu'on puisse conclure qu'encore une fois, son talent et sa sensibilité opèrent assez pour qu'on le suive jusqu'au bout.

* * * 1/2

La renverse. Olivier Adam. Flammarion, 267 pages.

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