Regard sur le Québec peace and love

Un an après le festival de Woodstock qui... (PHOTO MICHEL GRAVEL, ARCHIVES LA PRESSE)

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Un an après le festival de Woodstock qui avaient attiré quelque 500 000 personnes dans l'état de New York, des producteurs veulent organiser un équivalent québécois à Manseau, en août 1970. Moins de 7000 jeunes payent leur entrée (15 $), il pleut et aucun groupe important ne s'y produit: échec total.

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Daniel Lemay
La Presse

Le Québec était-il, comme l'a soutenu Marshall McLuhan, un «peuple hippie»? Comment, autour du carré Saint-Louis et en Gaspésie, les apôtres du triptyque «sexe, drogue, rock'n'roll» ont-ils intégré cette philosophie venue de la côte ouest américaine à la «révolution» qui, ici, débouchait sur une modernité qui laissait aussi croire que tout était possible?

Quelle était donc cette contreculture hédoniste dont les adeptes les plus éclairés se voyaient «en communication avec l'infini par la chair et l'esprit»?

Jean-Philippe Warren et Andrée Fortin répondent à ces questions dans le premier ouvrage de recherche consacré à l'époque peace and love: Pratiques et discours de la contreculture au Québec, publié au Septentrion. Voilà un titre universitaire straight qui aurait fait un excellent sous-titre à quelque chose de, disons, plus évocateur. Comme «Au boutt de toutt!» ou «Tout l'monde tout nu!».

Travaillant sur le même sujet chacun de leur côté - Andrée Fortin à l'Université Laval, et Jean-Philippe Warren à Concordia; il vient de remporter le Prix du Gouverneur général de l'essai pour Honoré Beaugrand - La plume et l'épée (Boréal) -, les auteurs ont décidé de mettre en commun les résultats de leurs recherches pour arriver à ce «panorama de la dynamique sociale sur laquelle repose la contestation des années 1960 et 1970 au Québec».

Contestation... comme dans manifs, pancartes et matraques? Pas vraiment... Les hippies à cheveux longs prêchaient l'amour et la paix et, s'ils descendaient dans la rue, c'était pour faire la fête et non pour dénoncer l'oppression des masses laborieuses en se faisant tabasser par la police qui, c'était connu, n'aimait pas les «pouilleux».

Les hippies s'opposaient certes à la famille, au pouvoir, à l'école et à la société de consommation, ce «système pourri» dont ils étaient les enfants gâtés: au Québec, en 1972, le salaire minimum permettait de payer sa part de loyer, de manger, de s'acheter du pot et de la bière avant de «faire d'la musique a'ec le gros Pierre», comme chantait Charlebois, une des principales figures artistiques de la contreculture, avec Raôul Duguay, freak total et absolu du temps de l'Infonie.

Une des forces principales du livre du tandem Warren-Fortin est de faire comprendre l'aspect personnel, intérieur, de la contreculture - «La révolution commence dans le coeur de chacun» -, de montrer comment, malgré les inévitables convergences, «le JE de la contreculture» se démarquait du «NOUS nationaliste».

Les auteurs tiennent que la contreculture, au Québec, a pris son envol avec Expo 67 et que, «résignation collective», le trip s'est terminé en 1978, avec le deuxième choc pétrolier qui marquait la fin réelle des «Trente Glorieuses» de l'après-guerre (1945-1975). La fin aussi de la revue Mainmise, «organe du rock international, de la pensée magique et du gai savoir» lancé au début d'octobre 70, avant que soit promulguée la Loi sur les mesures de guerre; Mainmise, qui sert de trame de fond à tout le présent ouvrage - trop même, par bouts - avait été la création de quatre intellectuels arrivés au Québec au cours des années 60: Jean Basile (Bezroudnoff), né à Paris de parents russes et élevé ici au rang de gourou, Georges Khal, né en Palestine et qui a ouvert les portes du placard homosexuel, l'Américaine de Boston Linda Gaboriau, la mère de la rockeuse Melissa Auf der Maur, et le Français Christian Allègre.

Du côté anglophone de Montréal, la diffusion des idées contreculturelles, plus hard, était principalement l'affaire d'Américains, certains venus étudier à McGill et d'autres, appelés «draft dodgers», qui avaient fui le service militaire et l'obligation d'aller combattre au Viêtnam, où les États-Unis ont été empêtrés pendant 10 ans (1965-1975). Le slogan pacifique «Make love not war» se vivait bien dans ce temps-là à Montréal, métropole flyée du Québec surnommée «la Californie de l'Est». Ou «le Cuba du Nord»...

La marche vers l'égalité des sexes, accélérée par le mouvement «Women's Lib», la banalisation de l'usage des drogues «douces», l'émergence d'une économie parallèle, le retour à la terre et l'éveil de la conscience écologique sont autant d'aspects qui font dire aux auteurs que nous sommes tous, d'une certaine façon, «des enfants de la contreculture». Cette contreculture qui, au fil des 40 dernières années, aurait perdu en puissance contestataire ce qu'elle a gagné en étendue à travers «diverses niches culturelles spécifiques»: du Nouvel Âge aux régimes macrobiotiques, des jardins communautaires aux garderies coopératives.

Pour des raisons de santé, les vieux hippies ont «slacké» un peu sur «l'hédonisme radical» - le taux de change n'est plus le même, le taux de THC non plus. Le pays Québec? Dans le temps des fleurs, d'aucuns y avaient vu un des terreaux de l'«U.T.O.P.I.E.», qui n'avait d'autre parti que celui de la liberté totale. Cinquante ans plus tard, toutefois, ils restent encore nombreux à se demander pourquoi il faudrait brandir le fleurdelisé quand le «Vaisseau-Terre» est en danger...

* * * 1/2

Pratiques et discours de la contreculture au Québec. Jean-Philippe Warren et Andrée Fortin. Septentrion, 266 pages.

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