Des superhéros de BD 100% africains

Jide Martins au travail.... (PHOTO AFP)

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Jide Martins au travail.

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Stephanie Findlay
Agence France-Presse
Lagos

Dans le premier numéro d'Aje, nouvelle bande dessinée nigériane, Teni, une étudiante, lance un mauvais sort à son petit ami, dans un élan de jalousie zébré d'éclairs violets.

«Koni dara fun o ni yi aye (les choses ne s'arrangeront jamais pour toi dans cette vie)», gronde-t-elle en yoruba, la langue d'une des trois principales ethnies du Nigeria.

Teni est le fruit de l'imagination de Jide Martins, le fondateur de Comic Republic, une des start-up africaines s'étant donné pour mission de fabriquer des superhéros capables de rivaliser avec Iron Man, Batman et Spiderman.

Contrairement à Storm, une des héroïnes de X-Men, qui a deux passeports, l'un américain et l'autre du pays imaginaire de Wakanda, les superhéros de Jide Martins sont nés et ont grandi sur le continent africain. Et c'est aussi là qu'ils se battent.

«À l'université, j'ai commencé à me demander ce qui se passerait si Superman venait au Nigeria», raconte M. Martins, dans son appartement-studio de création à Lagos, où une petite équipe de jeunes illustrateurs travaille consciencieusement.

«Les gens essaient de sortir de la norme et de trouver de nouvelles aspirations,» dit-il. «On n'a pas besoin d'être blanc pour sauver le monde».

Spandex et noms nigérians

Jide Martins a 37 ans, une silhouette longiligne, des taches de rousseur sur le nez et un petit bouc. Son premier numéro de bande dessinée, il l'a publié en 2013: c'était Guardian Prime, un héros en combinaison vert et blanc aux couleurs du drapeau nigérian.

Depuis, il est passé de 100 lecteurs par numéro... à quelque 28 000.

Chaque numéro contient une trentaine de pages, n'existe qu'en version numérique et peut se télécharger gratuitement sur internet. Des revenus sont générés grâce à la publicité et à des produits dérivés, comme des manuels d'information sur le paludisme reprenant les mêmes personnages.

«Dans l'esprit des gens, les personnages des bandes dessinées africaines devaient porter des vêtements traditionnels... Ce n'est pas mon avis», explique M. Martins. «Ils peuvent avoir des noms nigérians et sauver les gens au Nigeria, et on peut les laisser porter du spandex!»

Roye Okupe a lui aussi créé son superhéros africain. Il est l'auteur d'E.X.O, la légende de Wale Williams, une BD dont l'intrigue se déroule à Lagoon City, sorte de Lagos du futur, ravagée par la corruption et prise d'assaut par des islamistes.

M. Okupe a 30 ans et il a grandi dans la mégalopole nigériane de quelques 20 millions d'habitants. Il est aujourd'hui basé à Washington, aux États-Unis.

«Vous n'êtes sans doute pas capable de me citer le nom de cinq superhéros africains (...) Et même si j'adore Black Panther», superhéros de la célèbre maison d'édition de bandes dessinées américaine Marvel, «il vient d'un pays africain imaginaire», rappelle-t-il.

«Si on avait sorti un superhéros nigérian il y a dix ans, je pense que personne n'y aurait prêté attention. Mais maintenant c'est une industrie qui a du succès, parce que les gens recherchent la diversité», estime M. Okupe.

«Une forte attente» du public

Pour les spécialistes de BD, les superhéros africains sont une évolution normale, dans un monde jusque-là très dominé par les Blancs.

«Je pense qu'il y avait une forte attente», estime Ronald Jackson, coauteur du livre Bandes dessinées noires: politiques de race et représentation.

«Quand on commence à s'intéresser à d'autres identités, on devient de plus en plus réceptifs à ces nouvelles images représentées dans les bandes dessinées africaines», poursuit-il.

Ce qu'on ne voit pas encore vraiment «ce sont des oeuvres dérivées tels que des films ou des séries télévisées. Je pense que ce sera la prochaine grande étape pour la bande dessinée africaine», dit M. Jackson.

Les jeunes illustrateurs de Comic Republic - ils ont tous moins de 30 ans - espèrent eux aussi voir les personnages qu'ils créent prendre vie sur grand écran.

M. Martins et son équipe ont notamment créé Avonome, un héros qui se bat dans le monde spirituel, et Eru, professeur à l'Université de Lagos dont l'alter ego est une réplique du Dieu Yoruba de la peur.

Et ils espèrent que leurs sorcières, encore plus fortes que les Jedi dans Star Wars, sauront captiver le public. «On connaît les Dieux grecs comme Zeus, mais personne n'a encore entendu parler de Shango, le Dieu de la foudre chez les Yorubas...», s'enthousiasme Tobe Ezeogu, un illustrateur de 23 ans.

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