Emmanuel Lepage: la BD qui venait du froid

Emmanuel Lepage... (Photo: Olivier Pontbriand, La Presse)

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Emmanuel Lepage

Photo: Olivier Pontbriand, La Presse

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Marie-Christine Blais
La Presse

La bande dessinée «documentaire» La Lune est blanche relate le périple des frères François et Emmanuel Lepage à bord d'un navire de ravitaillement des bases françaises en mers australes, ainsi que leur participation à un «raid» de ravitaillement de 1200 km en plein Antarctique, à 3500 m d'altitude et à -45 °C! Entrevue imagée avec l'illustrateur-scénariste et bédéiste Emmanuel Lepage.

Témoins et acteurs d'une mission

«Ma précédente BD (Voyage aux îles de la Désolation) se déroulait dans les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF). Elle avait plu au directeur de l'Institut polaire français et il m'a proposé de faire une autre BD sur la vie quotidienne dans le district des TAAF, notamment en assistant au départ du raid de ravitaillement de la station franco-italienne de Concordia, en plein Antarctique. Et puis, il m'a mentionné ce truc absolument impensable: mon frère et moi, nous pourrions peut-être aussi participer au raid, devenir chauffeurs, être non plus des témoins, mais bien des acteurs d'une mission... Le rêve.»

Les attentes

«Le principal défi en concevant cette BD, c'était de l'axer justement sur ce rêve qu'on voit approcher, l'attente, l'incertitude, la possibilité que ça ne marche pas, que les conditions ne s'y prêtent pas le raid... Aller en Antarctique devenait presque secondaire pour nous! Mais nous devions en plus témoigner d'une autre attente: celle des gens qui nous avaient envoyés là-bas, qui se voyaient en futurs personnages de bande dessinée...»

Comme un film de cambrioleurs

«J'ai décidé de jouer narrativement avec toutes ces attentes. De faire comme dans un film de cambrioleurs: on les voit au début s'expliquer leur plan pour dévaliser une banque et, évidemment, ce n'est pas du tout ce qui va se réaliser! J'ai donc travaillé pour donner l'impression qu'on allait parler des missions et ne pas vraiment en parler finalement...»

Quotidien répétitif

«Un autre des défis de cette BD, c'était de raconter un quotidien qui est très répétitif: qu'on soit parmi les glaces ou pendant le raid, chaque journée est la même journée, on fait toujours les mêmes choses. Il fallait que je trouve une façon de rendre tout cela dynamique, rythmé, donner l'impression du mouvement du bateau, intégrer les explications plus pédagogiques et les aspects plus humains, présenter une foule de personnages...»

Subjectivité assumée

«Avant de faire de la BD documentaire, j'ai fait beaucoup de bande dessinée de fiction et je me suis servi de ce que je sais de la fiction pour mettre en scène la réalité, travailler la dramaturgie de l'histoire vraie... Je ne pense pas que c'est un reportage BD: mon père était journaliste, ce n'est pas du journalisme, cette BD. Ou alors c'est du journalisme à la manière nord-américaine, avec une subjectivité assumée. Cela se pratique peu en Europe, mais dans cette BD, il y a à la fois un aspect documentaire et un aspect personnel, émotif, l'un entraîne l'autre.»

Couleurs et contemplation

«Au départ, j'avais eu l'idée de faire cette BD toute en couleurs. Puis j'ai pensé faire en noir et blanc tout ce qui précède l'arrivée dans l'Antarctique, donc les 80 premières pages, pour basculer ensuite. Mais ça ne fonctionnait pas non plus: le chatoiement des couleurs distrayait du fil narratif, à mon avis. Alors, j'ai réservé la couleur aux moments de contemplation, ceux où j'aimerais bien que le lecteur s'arrête quelques moments.»

Dessins et photos

«J'aime bien le contraste entre mon dessin souvent en sépia et blanc et les photos de mon frère, qui sont en couleurs vives. Cela donnait deux modes de narration, celui d'une histoire passée qui est racontée au présent et celle de la réalité des lieux. En tout cas, il y a une couleur qui n'existe pas du tout là-bas: le vert! Alors j'ai gommé tout ce qui pouvait évoquer la couleur verte et j'ai même demandé à François d'enlever le vert de ses photos, autant que possible.»

L'Histoire

«C'était important aussi pour moi d'intégrer au récit les nombreuses expéditions historiques, par exemple celle de l'explorateur Shackleton en 1914-1917, dans la mer de Weddell. Shackleton est un héros alors même que son expédition a échoué: il n'a pas réussi son expédition, mais il a ramené vivants tous ses hommes. C'est lui qui a eu l'idée d'intégrer des jeux pendant l'hivernage, afin de soutenir le moral de son équipage. C'est ce qui se fait encore aujourd'hui.»

Écrire à quatre mains

«J'ai écrit et dessiné la BD. Mon frère, lui, a choisi environ 80 de ses photos. Mais je lui ai aussi demandé de m'écrire ses impressions de notre voyage. Et c'est là qu'il m'a remis les courriels qu'il avait envoyés à sa femme. Je m'en suis servi pour raconter à deux voix et quatre mains ce que nous avons vécu. Et maintenant? Maintenant, je travaille sur une nouvelle BD, une BD de fiction autour... de l'Ulysse d'Homère!

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