Yves Pelletier et Iris: la BD sauvage de l'amour

Pour réaliser Le pouvoir de l'amour et autres... (Photo: Édouard Plante-Fréchette, La Presse)

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Pour réaliser Le pouvoir de l'amour et autres vaines romances, Yves Pelletier avait une vingtaine de petites histoires glanées au fil des ans: sur un club échangiste, sur le marché Jean-Talon, sur l'amour porté à un orgue électrique (!) ou à un chien, etc. Il les a soumises à Iris, qui en a choisi 10.

Photo: Édouard Plante-Fréchette, La Presse

Marie-Christine Blais
La Presse

L'amour déjanté, fantasmatique, voyeur, cynique, échangiste, obsessif et on en passe, tout ça décliné sur un mode drôle et plutôt cru: voilà ce qui a inspiré le longiligne Yves Pelletier et la menue Iris, respectivement scénariste et dessinatrice de la BD Le pouvoir de l'amour et autres vaines romances (éditions La Pastèque), en librairie mercredi. Une BD délicieusement aigre-douce, pour adultes consentants... à rire d'eux-mêmes.

Même si certains scénarios imaginés par Yves Pelletier remontent aux années 80, il y a quelque chose de très «premier quart du XXIe siècle» dans Le pouvoir de l'amour et autres vaines romances. Cette deuxième BD écrite par l'ex-RBO fait référence à la téléréalité, à la conciliation travail-famille, aux réseaux de rencontre sur l'internet, à la monoparentalité, à l'itinérance, etc. Il en a rajouté une couche en demandant sa collaboration à la bédéiste-dessinatrice iconoclaste Iris (L'ostie d'chat, Justine...). Résultat: c'est pas parce qu'on rit que c'est pas de l'amour.

Si vous regardez bien la première page de la BD Le pouvoir de l'amour, vous devriez repérer Yves Pelletier, dessiné avec son chapeau. En page 121? Mais oui, c'est Iris qu'on découvre dans le décor. À la page 11? Ah ben, c'est Jean-Sébastien et Jasmin, les «héros» de la série L'ostie d'chat, dessinée par Iris, qui se promènent au fond d'une des cases!

Il y a comme ça de multiples détails, clins d'oeil, subtilités et petits gags dans ce recueil signé Pelletier-Iris, où le fond et la forme sont tour à tour drôles et déjantés. Exactement comme le sont Pelletier et Iris.

«Que tu me trouves drôle, c'est le plus beau compliment qu'on peut me faire», dit d'ailleurs la bédéiste Iris à Yves Pelletier, alors que le photographe de La Presse les mitraille gentiment. C'est justement parce qu'il la trouvait vraiment drôle que l'ex-RBO a proposé à Iris d'être sa collaboratrice: «Je suis bon public, mais je ris rarement aux éclats, explique le grand sec de Laval. J'étais en séance de dédicaces au Salon du livre avec Pascal [Girard, avec qui Pelletier a fait sa première BD, Valentin, en 2010]. Iris se trouvait à côté de nous, pour autographier sa BD Justine

«Ah, je m'en souviens, dit Iris en riant, t'avais une file d'attente d'environ 50 personnes pour une dédicace, et moi, personne!» «Ben moi, je l'ai lue, Justine, reprend Pelletier, et j'ai ri aux éclats! J'ai adoré le ton d'Iris, elle a un regard vraiment particulier sur les choses, c'est un privilège, travailler avec elle.» «Et moi, je savais qu'Yves aimait la BD pour vrai, précise Iris. Quand je travaillais comme libraire chez Fichtre! [spécialisée en bandes dessinées, qui a fermé ses portes depuis], c'était un client très régulier.»

Cruel et affectueux

Si une vingtaine d'années les séparent, les deux collaborateurs ont plus d'un point en commun: tenez, Valentin, première BD de Pelletier, avait pour catalyseur un chat, et Iris, elle, a consacré trois tomes à sa série L'ostie d'chat (en collaboration avec Zviane), où un matou sert lui aussi de détonateur. À cet intérêt félin, on pourrait dire qu'ils ont tous deux une manière inhabituelle de présenter le quotidien, entre réalisme et absurde, de même qu'un humour un brin étrange, aussi cruel qu'affectueux pour leurs frères et soeurs humains.

Pour réaliser Le pouvoir de l'amour, Pelletier avait une vingtaine de petites histoires glanées au fil des ans: sur un club échangiste, sur le marché Jean-Talon, sur l'amour porté à un orgue électrique (!) ou à un chien, etc. Il les a soumises à Iris, qui en a choisi 10. «À partir de son choix, j'ai élaboré l'histoire et décrit les personnages, le décor, les accessoires... Je t'ai fait dessiner beaucoup de décors, hein?», lance Pelletier en riant.

«C'est vrai, répond la bédéiste originaire de Gatineau. Je n'avais jamais autant dessiné de décors, je suis un peu paresseuse pour ça: dans L'ostie d'chat, je trouvais des moyens d'en montrer le moins possible, juste assez pour qu'on comprenne. Dans Le pouvoir de l'amour, il a fallu par exemple que je dessine le marché Jean-Talon au complet et sous différents angles, pendant 10 pages! J'ai tellement évolué au niveau du dessin... Sérieux, Yves, tu m'as sortie de ma zone de confort.»

«Toi aussi, tu m'as sorti de ma zone de confort, rétorque Pelletier. Au niveau du ton! Iris a un humour direct, pas de niaisage. Je pense par exemple à l'histoire Numéro 10...» «C'est la première que j'ai faite, celle où il y a le plus de nudité aussi, précise Iris. Ça se passe dans un club échangiste, et Yves m'avait décrit la chose en me disant: «Bon, il y a un gang bang [relation sexuelle à plusieurs] dans le fond et autour, des couples qui font des affaires», sans me préciser quoi.» «Je me suis dit que j'allais laisser ça à sa pudeur et à sa discrétion, reprend un Pelletier hilare. Et Iris a fait quelque chose de direct, vraiment pas prude!» Rendez-vous page 113 pour en juger.

De Victor Hugo à Frédéric François

Dans Le pouvoir de l'amour, chacune de ces petites histoires cruelles et éminemment contemporaines est précédée d'une citation littéraire: «On ne voulait pas enfiler les histoires l'une à la suite de l'autre, explique Pelletier, j'ai pensé intercaler des citations, et en plus, des citations qui ont l'air d'élever ma pensée, précise-t-il en riant. Voilà pourquoi je me suis permis de passer sans problème de Victor Hugo à Frédéric François [chanteur de charme des années 70] et d'Andrée Chedid à Rita Mitsouko.» Rita Mitsouko qui chantait, dans les années 90, «les histoires d'amour finissent mal en général»... Raison de plus pour en rire, non?

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Le pouvoir de l'amour et autres vaines romances. Yves Pelletier et Iris. La Pastèque, 144 pages.

En magasin mercredi. Lancement ouvert au public le 27 août, 17h, au Cheval Blanc, 809, rue Ontario Est.

En quelques traits

Yves Pelletier

Né en 1961 à Laval, il est membre du groupe d'humour Rock et Belles Oreilles, scénariste (Karmina, K2), comédien, réalisateur-scénariste (Les aimants, 2004, Le baiser du barbu, 2010), documentariste (Mon oeil! à Canal D), critique culturel (Prochaine sortie à la SRC), animateur (Partir autrement à TV5) et scénariste BD. Cette liste est non exhaustive...

Iris

Née en 1983 à Hull, également peintre et illustratrice, Iris Boudreau-Jeanneau publie des bandes dessinées dès 2006: Dans mes rellignes, Comment j'ai raté ma peine d'amour, Tear in My Beer (des histoires de bar), Justine (réédité à La Pastèque en 2011)... En 2009, elle tient un blogue-BD avec Zviane, qui donnera naissance aux trois tomes de la série L'ostie d'chat (publiés en 2011 et 2012, Delcourt). En collaboration avec Caroline Allard, elle a dessiné la BD Pour en finir avec le sexe (2011) et, avec Cathon, La liste des choses qui existent (2012).




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