Le nouveau visage de Fantômas

La bédéiste montréalaise Julie Rocheleau.... (Photo: Marco Campanozzi, La Presse)

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La bédéiste montréalaise Julie Rocheleau.

Photo: Marco Campanozzi, La Presse

André Laroche
La Presse

Dargaud a choisi la bédéiste montréalaise Julie Rocheleau pour donner un nouveau visage à Fantômas, monstre sacré de la littérature policière française. Un choix audacieux, mais bien calculé à en juger par les critiques élogieuses qu'a reçues le tome 1. Le deuxième tome sortira mercredi au Québec. Entrevue avec une étoile montante.

Q : Comment a commencé ce projet?

R : Fantômas est l'initiative d'Olivier Bocquet, le scénariste. Il avait proposé son projet à Casterman et à Dargaud, mais il n'avait pas de dessinateur. Les deux éditeurs étaient intéressés et ce fut un peu le concours de qui trouverait un bon dessinateur en premier. Les gens de Dargaud me connaissaient, car j'avais envoyé un autre projet qui n'avait pas été retenu, mais dont ils aimaient le dessin. Ils nous ont donc jumelés pour voir ce que ça provoquerait.

Q : Le succès critique et les prix remportés par le premier projet (La fille invisible, prix Bédéis Causa 2011) avaient-ils déjà attiré l'attention de Dargaud?

R : Je ne crois pas, car la distribution et la promotion de cet album n'étaient pas très importantes en France. Mais La fille invisible m'a sans doute aidée, car mon travail n'aurait peut-être pas été à la hauteur.

Q : Connaissiez-vous le personnage de Fantômas dans la littérature française?

R : Je connaissais le nom, au même titre qu'Arsène Lupin, par exemple, mais j'ignorais sa réelle importance en France. J'ai simplement dessiné le scénario que m'avait envoyé Olivier sans trop me documenter sur le personnage. Parce qu'il avait été dépeint maintes fois et je ne voulais pas me laisser influencer. Il fallait surtout que je me documente sur le Paris de l'époque, les voitures, les armes... C'est lorsque je suis allée en France après le premier tome que je me suis rendu compte que je m'étais lancée dans quelque chose qui était beaucoup plus gros que ce que j'imaginais. Je pensais dessiner quelque chose de confidentiel qui n'irait sans doute pas plus loin que le premier tome. Mais là-bas, j'entendais le monde parler et nous demander en interview partout. En France, les intellectuels et les universitaires lancent des livres sur le crime, sur l'influence de Fantômas dans l'art et la littérature... J'ignorais tout ça.

Q : Vous n'avez pas lu les romans?

R : Ils sont d'un style très difficile à lire aujourd'hui. C'est de l'écriture automatique qui saute du coq à l'âne. Les auteurs ne faisaient que lancer des idées et ils écrivaient si rapidement qu'ils faisaient ressusciter sans le savoir des personnages morts quelques romans plus tôt. De toute façon, Olivier ne prend que les éléments qui l'intéressent pour son histoire. C'est une oeuvre originale.

Q : Comment décririez-vous votre style si personnel?

R : Beaucoup de gens disent avec raison qu'il y a dans mon style de l'expressionnisme allemand. Par exemple, les films de Murnau, le film Le cabinet du docteur Caligari [de Robert Wiene, 1920] et tout ça. Pour la bande dessinée, il y a plein de styles mélangés avec surtout Pedrosa Portugal, 2011] et Mattotti Docteur Jekyll&Mister Hyde, 2002]. Du Larcenet et du Sandoval aussi.

Q : Est-ce que l'éditeur vous avait donné des consignes artistiques?

R : Aucune, sinon de garder en tête que c'est de la BD grand public. Je savais que je devais garder mon style, mais aller dans plus noir. C'était déjà là dans La fille invisible, mais ça sert un autre propos. Ce ne sont plus les idées noires d'une adolescente. Là, c'est carrément de l'action et de la violence. Avec de la vitesse et des personnages impressionnants, plus grands que nature.

Q : Il y a un rythme très «cinéma» dans vos planches. C'est recherché?

R : Je faisais du cinéma d'animation auparavant. Je faisais du story-board. Ça a certainement aidé pour le découpage dynamique. Mais la bande dessinée est différente, et il y a certainement encore beaucoup d'astuces que je ne connais pas encore.

Q : Devant le succès du premier tome, craigniez-vous les attentes pour le deuxième tome?

R : J'avais déjà peur au tome 1, car je savais que Fantômas était une icône littéraire, même sans en connaître toute l'importance. Mais je ne savais pas que Dargaud misait autant sur cette série qu'il confiait à deux auteurs inconnus. Il a vraiment traité ça comme une grande sortie BD. Alors pour le tome 2, j'étais un peu traumatisée. Je me suis dit: «Ah, d'accord, il faut vraiment que ce soit beau.» Mais je suis en train de m'en remettre [rires].

Q : Une histoire en trois tomes est annoncée. Mais devant le succès, y aura-t-il une suite?

R : Pour l'éditeur, tout dépend des ventes du deuxième tome. Mais je sais qu'Olivier a en tête trois cycles de trois tomes.

Q : Est-ce que Dargaud pense à vous pour d'autres projets?

R : Oui, mais il est trop tôt pour en parler. Pour l'instant, je me contente de regarder ce que j'aurai envie de faire après Fantômas.




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