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Jonathan Safran Foer: «je» peut-il survivre à «nous»?

L'amour et nos idéaux peuvent-ils survivre aux enfants... (Photo Nicholas Kamm, archives Agence France-Presse)

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L'amour et nos idéaux peuvent-ils survivre aux enfants et au tourbillon de la vie familiale? «C'est difficile, mais ce n'est pas impossible», répond l'auteur Jonathan Safran Foer.

Photo Nicholas Kamm, archives Agence France-Presse

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Nathalie Collard
La Presse

Jonathan Safran Foer, l'un des écrivains américains  les plus brillants de sa génération, a connu un immense succès avec Extrêmement fort et incroyablement près. Onze ans plus tard, il nous revient avec son troisième roman, Me voici, le récit d'un couple qui se délite sur fond de crise d'identité personnelle et planétaire. La Presse s'est entretenue avec lui.

La vie de couple

Le couple peut-il survivre au quotidien? Celui de Julia et Jacob Bloch est à la fois drôle et usant: il travaille à la rédaction d'une série pour HBO, elle est architecte et décoratrice d'intérieur, travaille en dilettante et consacre ses énergies à la gestion de la maison et de la vie familiale. Ils ont trois garçons, un chien dont Julia n'a jamais voulu et qui fait ses besoins un peu partout dans la maison (devinez qui ramasse). Deux parents qui forment une équipe du tonnerre, mais qui, sur le plan personnel, s'éloignent comme deux icebergs à la dérive. Leur incapacité à communiquer, à partager leurs inquiétudes et leurs fantasmes mine leur couple.

L'amour et nos idéaux peuvent-ils survivre aux enfants et au tourbillon de la vie familiale? «C'est difficile, mais ce n'est pas impossible, répond Jonathan Safran Foer, joint au téléphone à Paris. Ça demande une vigilance constante et du travail, mais ce n'est pas impossible. La preuve, c'est que des gens le font. Dire que la vie de famille tue le couple, c'est comme dire qu'une piscine nous noie. Je répondrais: "Seulement si vous ne remontez pas à la surface pour prendre l'air ou si vous ne savez pas nager..."»

L'identité juive

Parallèlement à la déconfiture conjugale de Julia et Jacob, Jonathan Safran Foer réfléchit à la judéité à travers, entre autres, le personnage d'Isaac, le grand-père de Jacob. Quel sens donner aux traditions et à la transmission dans une famille juive qui pratique plus ou moins? Que représente Israël pour un Juif américain? Quand un séisme détruit le pays et que se profile la menace d'un conflit dans la région, le premier ministre d'Israël demande à la diaspora de participer à l'effort de guerre. Jacob répondra-t-il: «Me voici»?

Internet

Les réseaux sociaux et l'internet jouent un rôle important dans le roman de Jonathan Safran Foer. Comme dans trop d'histoires d'infidélités, c'est à cause d'un texto que Julia découvre le second téléphone portable de son mari, téléphone avec lequel il envoie des messages sulfureux à une collègue de travail. En parallèle, leur fils Sam passe beaucoup trop d'heures devant son ordinateur à jouer à Other Life (un clin d'oeil à Second Life), un monde virtuel dans lequel on existe par l'entremise d'un avatar. «Les réseaux sociaux sont un mode très primaire de communication, note Foer. C'est comme une fête costumée. On y va, car il y a un côté libérateur; on peut exister sous un autre jour. Ce n'est pas vraiment nous derrière cette personnalité.»

Me voici... (Image fournie par les Éditions de l’Olivier) - image 2.0

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Me voici

Image fournie par les Éditions de l’Olivier

Le titre, Me voici

«Me voici, c'est ce que dit Abraham à Dieu, explique Jonathan Safran Foer. C'est l'histoire la plus connue à travers les cultures, elle figure dans la Torah. Dieu interpelle Abraham et lui demande de sacrifier son fils Isaac. Et Abraham répond: "Me voici."»

«Dans ce contexte, poursuit l'écrivain, Me voici signifie qu'on est complètement là, sans réserve. On ne répond pas: "Donne-moi cinq minutes", ou encore: "Oui, que veux-tu?" On répond: "Je suis totalement là pour toi." Ce qui est paradoxal, car on ne peut pas être à la fois complètement présent pour un dieu qui veut qu'on assassine son fils et présent pour ce fils qui ne veut pas mourir...

«Je réfléchissais à ce paradoxe d'identité, à la forme qu'il prend dans la vie actuelle et comment les familles négocient constamment ces paradoxes. Dans mon roman, l'identité de Julia et Jacob se fond complètement dans celle du couple et de la famille. Je voulais placer mes personnages dans des situations qui les obligent à manifester leur identité. À dire "Je suis là" aux dépens de toutes ces autres identités.»

Réalité contre fiction

Jonathan Safran Foer a imaginé ses personnages alors qu'il se séparait de l'écrivaine Nicole Krauss (auteure du très beau roman L'histoire de l'amour). Cette information n'est pas futile, elle permet de comprendre l'état d'esprit dans lequel Foer a pu écrire ce livre même s'il nie complètement que son récit ait un aspect autobiographique. En outre, Foer, tout comme son personnage Jacob, travaillait à la scénarisation d'une série pour la chaîne HBO. Il a abandonné le projet, préférant son travail de romancier à celui de scénariste. On attend maintenant avec impatience la traduction du prochain livre de Krauss, Forest Dark, prévue pour 2018 aux éditions de l'Olivier. Elle y raconte, elle aussi, l'histoire d'un mariage qui se défait.

Le président Trump

Impossible de s'entretenir avec un intellectuel américain sans lui demander ce qu'il pense de la présidence de Donald Trump. «Je ressens de la frustration et de la colère, ainsi qu'une immense incrédulité, répond Jonathan Safran Foer. Mais vous savez quoi? Dans les circonstances, ça va quand même bien parce qu'il ne fait rien. Il n'a toujours pas érigé de mur, il n'a pas remplacé l'Obamacare. Oui, bien sûr, il a le pouvoir de tout détruire, mais jusqu'ici, il ne l'a pas fait. Et je ne suis pas certain que ce serait mieux si on le destituait et le remplaçait. En fait, ce serait un véritable cauchemar.» 

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Me voici. Jonathan Safran Foer. Éditions de l'Olivier. 752 pages.




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