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Le potager de Marilyne Fortin: angoissante fin du monde

Marilyne Fortin rêvait d'être professeure d'histoire. Dans Le... (Photo Jessica Garneau, La Tribune )

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Marilyne Fortin rêvait d'être professeure d'histoire. Dans Le potager, elle a succombé à sa passion première en insérant des parallèles historiques tout au long du récit.

Photo Jessica Garneau, La Tribune 

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Un mystérieux virus menace la planète entière, et le Québec n'est pas épargné. Pannes de courant, pénurie alimentaire... Marilyne Fortin a imaginé dans son deuxième roman, Le potager, un scénario catastrophe où la solution réside peut-être dans un retour aux sources. Entrevue avec une Estrienne qui observe l'actualité avec un oeil d'historienne.

Le potager, de Marilyne Fortin... (Image fournie par Québec Amérique) - image 1.0

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Le potager, de Marilyne Fortin

Image fournie par Québec Amérique

Après avoir consacré sept ans à l'écriture d'un premier roman historique - La Fabrica - qui a été finaliste aux prix du Gouverneur général en 2015, Marilyne Fortin s'est sentie interpellée par une épidémie bien actuelle qui faisait des ravages sur le continent africain. Le virus Ebola était alors à la une de tous les médias, et l'auteure s'est mise à imaginer le pire si pareille maladie devait se propager au Québec.

« J'avais de jeunes enfants [comme l'héroïne du roman] et j'étais stressée qu'ils tombent malades. C'est quelque chose qui m'angoissait un peu, admet-elle. Les deux éléments combinés ont été la bougie d'allumage pour écrire ce roman. »

À travers le quotidien d'un couple, Samuel et Caroline, qui essaie de survivre à l'épidémie avec ses deux jeunes enfants en aménageant un potager avec ses voisins, Marilyne Fortin a voulu montrer en quelque sorte que l'histoire se répète, la catastrophe entraînant une forme de retour chaotique du Moyen Âge au XXIsiècle.

Devant la menace alimentaire qui pèse sur la communauté - les épiceries n'existent plus et ont été remplacées par des centres de distribution où tout manque de plus en plus - , les citoyens doivent ainsi s'organiser... certains n'hésitant pas à s'entretuer pour un panier de légumes.

« Les gens ont oublié comment vivre par eux-mêmes. S'il n'y a pas d'électricité, pas de technologie pour nous accompagner, on tombe vite dans la détresse », explique Marilyne Fortin.

Celle qui rêvait d'être professeure d'histoire - elle enseigne aujourd'hui le français aux nouveaux arrivants - a tout de même succombé à sa passion première dans ce roman d'anticipation en insérant des parallèles historiques tout au long du récit.

Chaque chapitre est introduit par une courte parenthèse établissant des liens entre le passé et un présent aux allures d'apocalypse, revenant sur la peste noire qui a décimé entre 30 et 50 % de la population européenne au XIVsiècle, les Iroquoiens qui cultivaient la terre le long du fleuve Saint-Laurent pour subsister ou le rationnement qui a eu cours pendant les deux guerres mondiales. La romancière évoque même un phénomène plus récent, celui des migrants environnementaux, apparus après l'ouragan Katrina qui a dévasté la Louisiane en 2005.

« On se croit très évolué, mais il y a tellement de choses qu'on fait exactement comme ceux qui nous ont précédés. Il n'y a pas tant de changements que ça, finalement, quand on regarde les choses d'un oeil d'historienne », note-t-elle.

« Écrire des livres, c'est un peu ma façon de rester en contact avec l'histoire. Et là, j'avais toute l'histoire occidentale comme terrain de jeu », ajoute Marilyne Fortin.

Tirer des leçons

Marilyne Fortin en convient, l'atmosphère de son roman devient de plus en plus « angoissante » à mesure que la situation dégénère, sans que l'on sache pour autant d'où est née cette épidémie mondiale.

Un peu à l'image du célèbre roman de Cormac McCarthy, La route, l'auteure entretient un flou autour des origines du virus. « Dans La route, on ne sait pas trop ce qui est arrivé, mais il y a des gens qui marchent. Je trouvais ça déstabilisant de ne pas trop savoir ce qui se passe, mais en même temps, j'aimais l'idée que le lecteur essaie de s'inventer ce qui est arrivé et que la question reste toujours en suspens. »

Peut-être est-ce « Gaïa qui essaie de se débarrasser de nous parce qu'on menace son équilibre », avance-t-elle en reprenant la théorie de son héroïne, et que nous devrions faire un peu plus attention à notre planète...

« C'est sûr qu'il y a des leçons à tirer du passé, justement face aux épidémies, pour contrer le problème de surpopulation dans les villes. Si on prend l'exemple des villes surpeuplées en Inde, ce sont des foyers où il pourrait se déclencher quelque chose d'assez désastreux. C'est un peu alarmiste comme discours, mais je n'y pense pas tous les jours de ma vie non plus ! »

La peur de l'autre

L'auteure fait également un lien avec une autre problématique actuelle dans Le potager, incarnant à travers ses personnages la méfiance et les préjugés que bon nombre de personnes entretiennent envers les étrangers. « Les gens ont vraiment une méconnaissance de l'autre en général, et ça me peine, parce que je trouve qu'ils ont le jugement facile. J'avais envie d'inclure des personnages qui viennent d'ailleurs, mais vivent au Québec, parce que ça non plus, ce n'est pas toujours présent dans les fictions qu'on voit à la télé, par exemple. »

Avec l'été qui s'achève, Marilyne Fortin a recommencé à écrire et prépare un troisième roman où, là encore, elle accordera une place de choix à l'histoire. À de l'histoire plus québécoise cette fois, promet-elle.

***

Le potager

Marilyne Fortin

Québec Amérique

344 pages

EXTRAIT 

« On avait bien expliqué, dès le début de la crise, que le virus se transmettait tout d'abord par contact direct avec des liquides biologiques de personnes infectées. Peu susceptible d'avoir à manipuler le sang, l'urine ou le sperme de qui que ce soit d'infecté, Caroline redoutait plutôt les gouttelettes de sécrétion lorsqu'elle se trouvait à proximité d'autres personnes. Elle avait déjà entendu dire qu'à la suite d'un éternuement, des gouttelettes pouvaient être propulsées sur une distance allant jusqu'à deux mètres ! Le masque que le gouvernement fournissait à chaque citoyen était donc rivé en permanence sur son visage et sur celui de ses enfants lorsqu'ils sortaient de la maison. »




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