L'industrie littéraire au temps du numérique

Longtemps réfractaires aux transformations numériques, les maisons d'édition... (Photomontage La Presse)

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Samuel Larochelle

collaboration spéciale

La Presse

Longtemps réfractaires aux transformations numériques, les maisons d'édition font preuve de plus en plus d'initiative sur les réseaux sociaux. Parmi les stratégies les plus originales, on remarque certains podcasts, des bédés numériques et même des films d'animation. Tour d'horizon.

Les éditeurs: miser sur l'originalité

Longtemps réfractaires aux transformations numériques, les maisons d'édition font preuve de plus en plus d'initiative sur les réseaux sociaux. Parmi les stratégies les plus originales, on remarque certains podcasts, des bédés numériques et même des films d'animation. Tour d'horizon.

Le personnage d'Arthur, imaginé par le dessinateur Cyril... (Image Cyril Doisneau, fournie par La Pastèque) - image 2.0

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Le personnage d'Arthur, imaginé par le dessinateur Cyril Doisneau, figure dans le projet Tout garni.

Image Cyril Doisneau, fournie par La Pastèque

La Pastèque

Réputée pour ses bandes dessinées et ses livres illustrés, La Pastèque fait un usage très varié des outils numériques. Son compte Instagram donne accès aux coulisses de l'édition (projets en développement, événements en direct, découverte d'auteurs, etc.). Elle utilise Facebook pour transmettre les nouveautés et les actualités, avec une ou deux publications chaque jour. Elle développe des projets conçus spécialement pour le web, les applications mobiles et les réseaux sociaux. Cette année, elle a lancé Tout garni, une oeuvre dont un chapitre est dévoilé chaque mois. «Ce projet est un grand laboratoire d'exploration qui va nous aider à définir notre "persona" numérique pour mieux orienter nos actions pour les années futures», explique son cofondateur Frédéric Gauthier.

L'auteure Isabelle Laflèche (à droite) participe à l'enregistrement... (Photo fournie par Québec Amérique) - image 3.0

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L'auteure Isabelle Laflèche (à droite) participe à l'enregistrement du «podcast» Chez l'éditeur pour Québec Amérique.

Photo fournie par Québec Amérique

Québec Amérique

Toutes les deux semaines, Québec Amérique produit un nouvel épisode du podcast Chez l'éditeur, soit une entrevue avec un auteur, comme Stéphane Dompierre, sur sa démarche, son dernier projet et un livre qui l'a marqué dans la collection de la maison, fondée en 1974. Aussi, chaque mois, on peut découvrir les premiers pas d'un écrivain en écoutant le podcast Faut bien commencer quelque part, dans lequel un auteur lit un extrait d'un texte écrit dans sa jeunesse, avant de discuter de ses débuts et de son évolution. Chez Québec Amérique, Facebook est également utilisé pour transmettre des informations et des articles triés sur le volet.

«En tant que maison d'édition généraliste qui compte 40 publications par saison, ce serait difficile de relayer tout ce qui se dit sur chacun de nos livres», souligne Nathalie Ranger, coordonnatrice vente et promotion.

La vie compliquée de Léa Olivier, de Catherine Girard-Audet... (Image fournie par Les Malins) - image 4.0

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La vie compliquée de Léa Olivier, de Catherine Girard-Audet

Image fournie par Les Malins

Les Malins 

Très actifs sur Facebook depuis 2011, Les Malins maîtrisent à merveille le système imaginé par Mark Zuckerberg. «On publie des statuts, des vidéos et des photos qu'on propulse avec un budget publicitaire, mais avec une fréquence contrôlée pour ne pas écoeurer le peuple», résume le fondateur Marc-André Audet. 

Avec le temps, l'entreprise littéraire a élaboré une stratégie multi-plate-forme. «Pour certaines séries, on fait des campagnes publicitaires à la télévision et on réutilise la vidéo légèrement adaptée sur Facebook et Instagram, dit-il. On ne fera pas une pub pour qu'elle soit vue seulement par 5000 personnes.» 

Spécialisée en littérature jeunesse, la maison d'édition doit bien sûr composer avec les règles québécoises interdisant de diriger des publicités aux consommateurs de 13 ans et moins, ainsi que la limite d'âge pour avoir un compte Facebook, également située à 13 ans. «On essaie parfois de communiquer avec les parents, mais on ne peut pas s'y prendre de la même façon pour attirer leur attention sur des livres destinés aux ados ou aux enfants.» 

Qu'en est-il du réseau social préféré des jeunes, Snapchat? «On a essayé, mais je n'ai pas aimé mon aventure en tant qu'entrepreneur. Ce n'était pas rentable de mettre de la pub là-dessus.»

Le meilleur outil demeure encore et toujours Facebook, comme en témoigne le succès obtenu par la page d'auteure de la vedette des jeunes, Catherine Girard-Audet. «En 2011, on vendait de 10 000 à 15 000 copies de L'ABC des filles par année, mais on ne rejoignait nulle part ces milliers de lectrices, se souvient M. Audet. On a donc créé une page Facebook pour Catherine et, quand elle a lancé La vie compliquée de Léa Olivier, elle avait déjà 10 000 fans qui la suivaient, ce qui était considérable il y a six ans. En publiant des extraits, du visuel et une date de sortie, la page a contribué au succès précoce de la série.»

Groupe Librex

En adaptant le concept du «carpool karaoke» en séance d'entrevues ludiques à bord d'une voiture, la maison d'édition a rejoint des dizaines de milliers de personnes sur Facebook, l'automne dernier. L'objectif était simple: faire découvrir les auteurs autrement. 

«On veut mettre de l'avant l'humain plus que l'écrivain dans nos vidéos, dit la conseillère web Janie Thibault. Et elles génèrent beaucoup de réactions! Les gens veulent connaître les écrivains et savoir s'ils sont fins et drôles.»

Jamais à court d'idées, Librex a également produit des vidéos d'animation et des bandes-annonces, en plus de recruter des comédiens pour lire des extraits de romans. Par ailleurs, la maison d'édition donne des formations sur les réseaux sociaux aux auteurs néophytes. 

«Selon les genres littéraires, on sent clairement un impact sur les ventes quand un auteur s'implique dans la promotion numérique», explique la vice-présidente Johanne Guay.

Elle évoque d'ailleurs l'influence de Facebook sur les ventes d'un livre sur l'autisme lancé au printemps. «C'est un bon livre et l'implication d'une personnalité comme Kim Thúy a eu un effet évident, mais le partage d'un reportage de Radio-Canada sur le livre a permis à la vidéo d'être vue plus de 2 millions de fois! Le livre est encore parmi les meilleurs vendeurs en juillet!»

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Les écrivains: connectés à leurs lecteurs

Certains écrivains utilisent les réseaux sociaux pour discuter avec leurs lecteurs, d'autres, pour les faire voyager et même créer de réelles relations avec eux. Quatre d'entre eux en témoignent.

Geneviève Pettersen... (Photo Marco Campanozzi, La Presse) - image 8.0

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Geneviève Pettersen

Photo Marco Campanozzi, La Presse

Geneviève Pettersen

Ne croyez surtout pas que ses - nombreux - statuts Facebook font partie d'une stratégie savamment orchestrée pour vendre des livres. «Je suis juste accro à Facebook, dit l'écrivaine. Même si je ne publiais pas de livres et que je n'écrivais pas dans les médias, je publierais autant de statuts sur Facebook. C'est une autre façon pour moi de créer du contenu et de jouer avec le médium.» 

Elle est toutefois consciente des effets de sa dépendance. «On ne se comptera pas d'histoires: je viens du monde de la publicité numérique et je sais comment ça marche. Les pages d'auteurs qui font juste de l'autopromotion ne fonctionnent pas. Il faut partager avec sa communauté: de bonnes nouvelles, du quotidien, un peu de tout. J'aime ce rapport-là, pour le meilleur et pour le pire.» 

Un exemple du pire? «J'ai déjà été réveillée le matin par des journalistes qui voulaient me parler d'un statut qui avait pris des proportions débiles. J'apprends à conscientiser le pouvoir de tout ça et à accepter que des gens n'aiment pas tout ce que je publie.»

David Goudreault... (Photo Bernard Brault, La Presse) - image 9.0

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David Goudreault

Photo Bernard Brault, La Presse

David Goudreault

L'auteur utilise principalement Facebook pour prendre le pouls de ses lecteurs et interagir avec eux. Même si les réactions sont - parfois - troublantes. «Sur Facebook, certaines personnes réagissent aux actions de mes personnages en ne distinguant pas la fiction de la réalité, dit-il. C'est rare, mais pénible!» 

À l'inverse, le réseau social lui a permis d'approfondir ses recherches en trouvant des psychiatres, des agents de probation ou des prostituées avec qui il a échangé pour mieux construire ses personnages. Au final, les réseaux sociaux ont une incidence significative sur sa carrière. «C'est impossible à quantifier, mais je suis convaincu qu'ils aident à fidéliser certains lecteurs. Et une certaine proximité permet de maintenir un contact entre les publications.»

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Kim Thuy

Photo Martin Chamberland, La Presse

Kim Thúy

L'objectif de Kim Thúy sur Facebook est simple: faire voyager ses lecteurs. «Je sens presque une responsabilité de les tenir au courant de ce qui se passe pour moi à l'étranger et des pages couvertures des traductions, dit-elle. Sans les Québécois, je ne serais pas là où je suis et je veux qu'ils constatent que la littérature québécoise se rend un peu partout.» 

Comme elle obtient une vaste couverture médiatique au Québec et ailleurs, elle partage les articles sur son travail au compte-goutte. «Je partage le minimum, souvent un moment que j'aimerais que les gens vivent avec moi.»

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Marcia Pilote

Photo François Roy, La Presse

Marcia Pilote

L'animatrice et auteure entretient une relation étroite avec ses lectrices depuis 10 ans, répondant à tous ses courriels et prenant parfois le temps de parler au téléphone ou d'aller au restaurant avec certaines. Le jour où elle a découvert Facebook, elle a donc pris conscience de l'usage puissant qu'elle pourrait en faire. «Au lieu de répondre à un courriel avec deux mois de retard, je pouvais écrire à tout le monde. Facebook m'a permis d'entretenir une relation très intime avec des milliers de personnes.» 

Ceux qui mettent en doute la sincérité des relations cybernétiques devraient prendre un instant pour visionner les vidéos de Marcia Pilote. «Je ne prémédite rien et je ne recommence jamais une vidéo. C'est toujours spontané: une pensée, une tranche de vie. Quand ça passe, j'ouvre mon kodak. Je ne me filme pas pour me mettre en valeur. Environ 99% de mes publications sur Facebook n'ont rien à avoir avec mes livres.»




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