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Nouveaux auteurs de l'automne: promesses tenues

Éric Mathieu, David Clerson, Annie-Claude Thériault, Virginie Blanchette-Doucet,... (Photo Hugo-Sébastien Aubert, La Presse)

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Éric Mathieu, David Clerson, Annie-Claude Thériault, Virginie Blanchette-Doucet, Éléonore Létourneau et Christian Guay-Poliquin sont six des nouveaux auteurs à lire cet automne.

Photo Hugo-Sébastien Aubert, La Presse

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Ils en sont à leur premier ou deuxième roman et leurs livres, parus cet automne, sont remplis de promesses. Nous avons voulu savoir qui sont ces nouveaux auteurs qu'on aura envie de lire encore.

Les suicidés d'Eau-Claire... - image 1.0

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Les suicidés d'Eau-Claire

Éric Mathieu

Les suicidés d'Eau-Claire est le tout premier roman d'Éric Mathieu, 48 ans. Ce Français d'origine, qui est professeur de linguistique à l'Université d'Ottawa, a beaucoup voyagé avant de se fixer au Canada il y a 12 ans.

Écrire? 

«Ça faisait longtemps que je voulais écrire. J'écrivais des nouvelles à droite et à gauche. J'ai écrit tout de suite le deuxième roman pour ne pas rester coincé sur le premier en continuant mon travail en linguistique. Maintenant, je me sens écrivain.» 

Le premier? 

«Le livre est tiré d'un fait divers de 1992. Je voulais inventer l'histoire de ces gens-là. Comme je suis en linguistique, j'aime écrire et réécrire. La difficulté était de mettre l'histoire en scène. Ça m'a permis de parler de plusieurs choses comme l'exil, le harcèlement à l'école, la solitude. On comprend un peu à la fin pourquoi ils ont posé ce geste. En linguistique, j'explique tout le temps. J'ai fait attention de ne pas faire ça dans le roman.»

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La question nous taraude d'un bout à l'autre: est-ce une histoire vraie? Le suicide de la famille Corbin - Jean-Renaud, Camille et leur fille Sybille - est relaté comme tel. L'écriture est précise, clinique presque. Elle ne juge pas plus qu'elle n'explique. Que des faits... ou presque. L'auteur sait nous faire entrer dans la tête de chacun des personnages, leur imaginaire décalé, fantastique. Et l'on comprend qu'il nous parle de notre grisaille moderne, indifférente, cruelle. Les Corbin sont des sacrifiés sur l'autel des préjugés, des esprits petits et superficiels. Vrai ou pas, on s'y reconnaît. Malheureusement. 

Les suicidés d'Eau-Claire. Éric Mathieu. La Mèche. 513 pages.

En rampant... - image 2.0

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En rampant

David Clerson

En rampant est le deuxième roman de David Clerson. Son premier, Frères, a été lauréat du Grand Prix littéraire Archambault et du Festival du premier roman de Chambéry pour le Québec. L'auteur de 38 ans enseigne la littérature au cégep de Saint-Jean-sur-Richelieu.

Écrire? 

«J'ai toujours lu énormément. Enfant, je voulais être écrivain et je crois qu'il faut être fidèle à ses rêves. Mon premier livre, Frères, était mon projet le plus abouti. J'en suis très content et ça m'a permis d'en vivre. J'ai pu faire une résidence en Belgique pour écrire mon deuxième roman.»

Le deuxième?

«Il y a davantage un ancrage dans le réel, même s'il y a une évasion vers l'onirisme. Je voulais parler des enjeux du monde d'aujourd'hui de façon un peu plus directe. Il y a une histoire d'amitié et un certain récit du rejet de la marche de l'humanité. Ne devrait-on pas être comme le serpent au jardin d'Éden et croquer à nouveau le fruit de la connaissance?»

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Et si l'humanité, pour transcender un monde qui ne va nulle part, devait se remettre à ramper? Le questionnement sous-tend cette histoire d'amitié et d'amour. Épris d'insectes et de récits ésotériques, Samuel et Abel sont des amis à la vie à la mort. Samuel aimera ensuite Julia, mais la perdra en plongeant dans l'univers délétère des conspirationnistes. Il retrouvera Abel à la tête d'une secte mystérieuse... Avec ses élans oniriques, l'écriture de David Clerson est un grand bol d'air frais. Même s'il s'écarte un peu de son sujet dans la deuxième partie, le livre redémarre vers une finale où l'imaginaire triomphe.

En rampant. David Clerson. Héliotrope. 211 pages.

Les filles de l'Allemand... - image 3.0

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Les filles de l'Allemand

Annie-Claude Thériault

Les filles de l'Allemand est le deuxième roman d'Annie-Claude Thériault. Son premier, Quelque chose comme une odeur de printemps (Éditions David), a remporté le Prix des lecteurs de Radio-Canada en 2012. L'an dernier, l'auteure de 37 ans a également reçu le Prix de la nouvelle. Elle enseigne la philosophie au collégial.

Écrire? 

«C'est une passion. Je le fais assez sérieusement depuis l'âge de 17 ans. J'avais trois grands rêves: écrire un roman, avoir un enfant et courir un marathon. Il ne me reste plus que le marathon. Pour le premier roman, on est comblé en étant édité. En écrivant le deuxième, je n'ai rien senti des attentes qu'il pouvait y avoir.» 

Le deuxième?

«Au départ, je voulais parler de mon grand-père qui est allé à la guerre. L'histoire est partie vers autre chose, mais j'aime avoir des contraintes pour écrire. J'avais entendu l'histoire de deux jumelles qui avaient été vendues à un cirque. Je voulais surtout traiter de ce qui se transmet d'une génération à l'autre sans qu'on s'en rende compte. L'idée du double m'intéressait aussi.»

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Histoire de famille, en partie personnelle, Les filles de l'Allemand relate, au milieu du siècle dernier, la vie d'un homme mystérieux et de ses filles jumelles séparées très jeunes. Le récit se concentre sur le parcours de Rose et de son père qui apparaît et disparaît, tel un démon. De l'Europe au Canada en passant par les États-Unis, c'est une fable sur la survie. Les filles de l'Allemand a des airs de saga qui s'éparpille toutefois un peu. L'écriture d'Annie-Claude Thériault a du rythme et du souffle. Une belle carrière l'attend. 

Les filles de l'Allemand. Annie-Claude Thériault. Marchand de feuilles. 352 pages.

117 Nord... - image 4.0

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117 Nord

Virginie Blanchette-Doucet

À 27 ans, Virginie Blanchette-Doucet a vu son premier roman, 117 Nord, publié chez Boréal. La jeune femme est aussi chargée de cours en littérature depuis un an au cégep de Saint-Hyacinthe et travaille depuis cinq ans en francisation.

Écrire? 

«Ça faisait quatre ou cinq ans que je travaillais sur ce roman. Je suis contente de l'avoir mis en forme et publié, mais si ça n'avait pas marché, j'aurais continué quand même, car, pour moi, écrire est une question d'hygiène de vie. J'ai envie de ramener la littérature à quelque chose de très simple et accessible, les chapitres courts et les fragments ont servi à ça. J'aime ce vertige narratif.»

Le premier?

«J'ai essayé de contourner l'Abitibi en moi, mais ça revenait tout le temps. J'ai voulu capter la dureté de la région en mettant de l'avant la poésie du quotidien avec ceux qui ne savent pas qu'ils sont des poètes du quotidien. Ils ont l'air d'ours mal léchés, mais ils sont souvent gracieux dans leurs mouvements et ça me fascine. Je ne sais pas si je deviendrai l'écrivaine de l'Abitibi, mais j'aime arriver et dire: "Regardez, je parle de vous et je le fais par amour."»

Notre critique: Maturité

Entre les mines abitibiennes et un atelier d'ébénisterie montréalais, entre le passé et le présent, Maude roule sur la route 117 au volant de sa Tercel turquoise. Après Les murailles d'Érika Soucy, qui se déroulait sur le chantier de La Romaine, voilà qu'une autre jeune femme s'intéresse à un monde masculin et fermé, celui des mines. Virginie Blanchette-Doucet oppose à l'âpreté du nord une certaine évanescence, portée par une écriture fragmentaire et elliptique. Un premier roman surprenant de maturité, par une jeune écrivaine fort douée.

117 Nord. Virginie Blanchette-Doucet. Boréal. 159 pages.

Les choses immuables... - image 5.0

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Les choses immuables

Éléonore Létourneau

Les choses immuables est le deuxième roman d'Éléonore Létourneau, après Notre duplex. À 35 ans, la jeune femme a décidé de laisser tomber son métier d'assistante-réalisatrice au cinéma pour se consacrer à l'écriture.

Écrire? 

«J'ai longtemps été dans le déni de mon désir d'écrire. Le cinéma, c'est une énergie tellement opposée à l'écriture, c'est tellement prenant, il fallait que j'arrête pour faire de la place. C'est bizarre, parce que les deux derniers films sur lesquels j'ai travaillé, dont le Forcier, viennent juste de sortir. J'aime l'intimité et la solitude de l'écriture. La littérature, c'est le territoire infini de la nuance.»

Le deuxième?

«Avec Les choses immuables, j'avais envie de regarder comment nos vies ont un impact sur celles des autres, et inversement. La structure à quatre personnages était là dès le début, avec le point de vue qui passe de l'un à l'autre pour que l'histoire nous apparaisse de plus en plus limpide. Je voulais me distancier de mon premier roman, où personne n'est avec personne, mais c'est vrai que je reste une écrivaine de l'intime. Ce qui m'intéresse, c'est la complexité de l'âme humaine.»

Notre critique: Année charnière

Deux couples d'amis à l'aube de la quarantaine, qui hésitent entre partir et rester, entre continuité et rupture. Toujours en gardant une certaine distance, Éléonore Létourneau tisse une toile délicate autour de ces quatre existences qui bougent, légèrement peut-être, mais qui bougent quand même. Entre la triste mort de la mère d'un des personnages et la fuite en avant d'une nouvelle maman, le roman creuse les interrogations intimes des personnages, met au jour leurs contradictions et montre la vie telle qu'elle est souvent: immuable peut-être, mais pleine de nuances.

Les choses immuables. Éléonore Létourneau. Quai no 5. 155 pages.

Le poids de la neige... - image 6.0

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Le poids de la neige

Christian Guay-Poliquin

Après Le fil des kilomètres, Le poids de la neige est le deuxième roman de Christian Guay-Poliquin. À 33 ans, il travaille comme chargé de cours tout en avançant sa thèse de doctorat, qui portera sur le récit de chasse.

Écrire? 

«Le premier roman est un grand moment d'apnée, le suivant est une occasion de diminuer les insatisfactions face au premier. Je suis content de la réception du Poids de la neige, je m'en émerveille, mais je pense déjà au prochain projet. Parfois on prend des décisions en se demandant si c'est juste la vie qui nous a emmenés là. Mais s'il y a une décision qui reste un pilier de mon identité, c'est celle de faire de la littérature.»

Le deuxième?

«Je voulais raconter une relation d'aide inversée, avec un homme âgé qui est dans le don de soi tout le temps. Du côté de la forme, j'ai le désir de nommer les choses pour en faire ressortir la beauté. On a tous vu la neige, mais je voulais la dire de façon émotive. J'aime aussi jouer avec les codes associés à la fin du monde, installer un climat de tension et d'ambiguïté. J'essaie de surprendre... sans faire de punch

Notre critique: Neige accumulée

Un jeune homme blessé dans un accident de voiture, un vieil homme bourru qui en prend soin, une maison isolée, une panne d'électricité interminable, et la neige qui ne cesse de tomber... Christian Guay-Poliquin propose un huis clos hypnotique où le pire semble toujours sur le point de se produire, et même si chaque tournant est raconté avec la même neutralité, il réussit à nous tenir sous tension jusqu'à la fin. Un livre qui brille comme la neige sous un soleil d'hiver.

Le poids de la neige. Christian Guay-Poliquin. La Peuplade. 312 pages.

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