Le nouveau délire de Michel Vézina

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Hugo Meunier
Hugo Meunier
La Presse

Acteur, dramaturge, auteur, humoriste, critique: Fabien Cloutier est littéralement partout ces temps-ci. En plus d'être à l'affiche dans le long métrage Chasse-galerie, la légende, il vient de publier chez Lux Trouve-toi une vie, un recueil de ses régionalismes diffusés à l'émission Plus on est de fous, plus on lit (ICI Radio-Canada). Histoire de préserver le thème régional, Fabien Cloutier a accompagné La Presse dans un road trip jusqu'au village de Gould, dans les Cantons-de-l'Est, où l'écrivain et éditeur Michel Vézina a récemment ouvert son «pub librairie».

Michel Vézina coupe des carottes, qu'il plonge ensuite dans l'eau bouillante d'une grosse marmite. Au moins deux douzaines d'oeufs et des saucisses mijotent et crépitent dans les casseroles voisines.

L'auteur et éditeur nous reçoit à dîner dans son tout nouveau «pub librairie» baptisé Le Salon, qu'il a récemment ouvert avec son acolyte Maxime Nadeau dans le village de Gould, dans les Cantons-de-l'Est.

Perdu quelque part sur la route 257, Le Salon est donc une librairie semblable aux autres, dans laquelle les clients peuvent se commander une bière ou traîner comme dans n'importe quel estaminet. Un pub librairie, quoi. Une sorte de pied-à-terre quatre saisons en attendant que leur librairie mobile, Le Buvard, reprenne la route pour une deuxième saison l'été prochain.

En attendant, le bus-librairie enneigé est garé contre le rustique pub, dont les parois craquent sous la force des vents d'hiver au carrefour de deux routes agricoles.

La cuisine où Michel Vézina coupe ses carottes, au sous-sol, semble être sa pièce favorite de la bâtisse rachetée en décembre dernier.

Sa «cuisine de pirates», comme il le dit lui-même, à cause de cette impression - assez juste - d'être dans la cale d'un navire.

Des pirates avec du goût, puisque des tableaux de Sergio Kokis ornent les murs de la cuisine bric-à-brac.

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À l'instar de sa librairie ambulante, Le Salon constitue un pied de nez à cette réputation voulant que les gens ne lisent pas au Québec, explique Michel Vézina, copropriétaire.

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Un Québec lecteur

À l'instar de sa librairie ambulante, Le Salon constitue un pied de nez à cette réputation voulant que les gens ne lisent pas au Québec, explique d'entrée de jeu l'ancien clown de Bérurier Noir, aujourd'hui âgé de 55 ans. «Les gens lisent plus que jamais», croit même l'auteur de sept romans, qui voulait surtout lier deux grandes passions dans sa vie: le livre et la vie foraine. Un univers qu'il avait largement exploré en fondant et promenant sa compagnie de théâtre itinérante Le cochon souriant dans cette même région.

Si, de l'extérieur, Gould - bourgade du comté de Lingwick avec ses 475 âmes - semble être à des années-lumière de toute civilisation, les affaires semblent aller plutôt rondement.

Au volant de leur autobus, Michel Vézina et Maxime Nadeau ont avalé des centaines de kilomètres d'asphalte, l'été dernier.

«On a parfois vendu pour 1000 $ de livres dans une seule journée et dans des villes de seulement 500 personnes. On s'est aperçu que les ruraux lisent plus que les urbains, sinon autant. Ils ont du temps», constate Michel Vézina, qui propose des livres neufs et usagés.

«On a décidé de se spécialiser en littérature trippante pour développer une relation avec des gens qui tripent sur la littérature.» 

Pas de 50 Shades of Grey ou de Dan Brown dans les rayons de l'autobus ou du pub librairie, donc.

Vous aurez plus de chances d'y trouver James Joyce, Mathieu Arsenault, Hunter S. Thompson, Neal Cassidy, David Carkeet, Vladimir Lorchenkov, Jean-Sébastien Larouche, Geneviève Drolet, Hélène Monette, Anne Archet et autres.

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Perdu quelque part sur la route 257, Le Salon est une librairie semblable aux autres, dans laquelle les clients peuvent se commander une bière ou traîner comme dans n'importe quel estaminet.

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Contre la rectitude

Si l'autobus a fait ses preuves, il est trop tôt pour diagnostiquer la popularité du pub librairie, d'ailleurs aménagé dans l'ancien - et unique - bar gouldois. Indice de prospérité, Michel Vézina et son camarade viennent de s'associer à un troisième partenaire, Claude Dupont, un conseiller municipal d'un village voisin.

Outre les nostalgiques de l'ancien pub, Le Salon attire son lot de curieux et d'amateurs de livres, notamment pour les populaires soirées de hockey poétique. La formule parle d'elle-même. «On diffuse les parties et un poète récite ses textes pendant la période. Les auteurs improvisent aussi un poème pendant le match, qu'ils lisent ensuite pendant le dévoilement des trois étoiles.»

Les soirées de dards fonctionnent bien aussi, le jeudi. Les joueurs doivent atteindre une cible installée devant un mur de livres jugés imbuvables tels que Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus.

Mais avec ce nouveau délire, le véritable objectif de Michel Vézina est d'abord de donner un coup de pied dans la ruche de la rectitude ambiante. 

«On est devenu d'une straightitude pas possible depuis 30 ans. Les gens tondent leur pelouse, prennent des pilules et les romans sont tous en train d'être écrits pareil.»

Michel Vézina prend donc son rôle de clown littéraire très au sérieux. «Ça peut être bandant, mouillant, la littérature. On a décidé de contrecarrer la logique marchande en ne proposant pas de best-sellers.»

Avec le pub librairie et l'autobus, Michel Vézina réalise aujourd'hui plus qu'un rêve puisqu'il assiste aussi à une réunion un peu schizophrène: «J'ai toujours été déchiré entre deux états: Michel Vézina le clown, le buveur, le pirate, le baroudeur, et Michel Vézina l'ermite, l'écrivain et le pelleteux de nuages. Avec ces projets, les deux se rencontrent... et s'entendent bien», résume-t-il.

À le voir servir ses oeufs, saucisses et fromages à Claude, Émilie et aux autres habitués de la place venus serrer la pince à l'auteur de passage Fabien Cloutier, pas le choix d'admettre que le nouveau délire de Michel Vézina a quelque chose de contagieux.

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