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Umberto Eco: «Érudit, lucide et d'une grande simplicité»

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Umberto Eco a investi tous les domaines de la réflexion durant sa longue carrière, où, en tant qu'homme de gauche, il n'a jamais eu peur de défendre ses opinions, contre l'ancien premier ministre Silvio Berlusconi, notamment.

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Mario Cloutier

Le grand intellectuel italien Umberto Eco a succombé aux suites d'un cancer dans la nuit de vendredi à samedi à Milan. Il était âgé de 84 ans.

Philosophe, sémioticien, essayiste, conférencier, commentateur de l'actualité, puis romancier à succès (Le nom de la rose) presque à l'âge de 50 ans, Umberto Eco considérait que son travail de chercheur s'apparentait à celui d'un enquêteur ainsi que le décrit ce roman vendu à 30 millions d'exemplaires.

«Au moment où paraît Le nom de la rose, on sort du nouveau roman et d'une littérature plutôt austère. Il fait partie du retour à la narration en littérature. Il expliquait son succès en disant qu'on avait tous besoin d'une grand-mère qui raconte des histoires», note son ami et collègue Jean-Marie Klinkenberg, professeur émérite à l'Université de Liège.

Umberto Eco a investi tous les domaines de la réflexion durant sa longue carrière, où, en tant qu'homme de gauche, il n'a jamais eu peur de défendre ses opinions, contre l'ancien premier ministre Silvio Berlusconi, notamment.

Doté d'un grand sens de l'humour, Umberto Eco est le parfait exemple d'un intellectuel qui a su passer de la théorie à la pratique et vice-versa.

«Ce sont deux productions assez différentes, mais si on considère les choses de plus haut, on peut voir les harmoniques», résume le professeur Klinkenberg.

«L'un renvoie à l'autre constamment dans sa vie, poursuit-il. Son roman Le pendule de Foucault est une parabole sur l'interprétation démentielle qu'on peut faire des textes. À ce moment précis, Umberto écrivait aussi son essai Les limites de l'interprétation. Le pendule en est donc la version grand public.»

Piémontais

Passionné d'histoire et du Moyen Âge, des groupes secrets, des médias et de l'intelligence collective, Umberto Eco est né dans le Piémont au sein d'une famille de la petite bourgeoisie. Il a grandi sur fond de guerre et de maquis. «Entre 11 et 13 ans, j'ai appris à éviter les balles», dira-t-il plus tard.

Après des études supérieures de philosophie et d'esthétique à Turin, il a soutenu une thèse sur l'esthétique chez Thomas d'Aquin. Dans les années 60 et 70, il enseignera en Italie, au Brésil, en Argentine et aux États-Unis.

Sémiotique

Au contact des sémioticiens américains, il développe ses propres théories et commence à publier ses premiers essais. Il y en aura plus d'une trentaine en 50 ans.

«Umberto Eco a renouvelé la sémiotique littéraire en soulignant l'importance du lecteur. Selon lui, l'oeuvre littéraire n'est jamais autonome. Il nous apprend que le lecteur participe à la signification d'une oeuvre et que l'auteur joue avec lui», explique le professeur de l'UQAM, Sylvano Santini.

Ce ne sont pas tous les sémioticiens qui passent adroitement de la théorie à la pratique, cependant. Le grand sémiologue français Roland Barthes n'y est jamais parvenu.

«Même dans ses essais sémiologiques, Umberto Eco avait toute une plume. Il n'avait rien d'un auteur abscons.»

Personnage complet

Même son de cloche chez Jean-Marie Klinkenberg.

«C'était un personnage complet. Il a touché à énormément de choses. Eco nous offre une synthèse extrêmement rare entre l'homme de science, l'intellectuel conscient de ses responsabilités et le vulgarisateur.»

Érudit, brillant et lucide, mais somme toute d'une grande simplicité, disaient ses compatriotes italiens hier.

«Il était extrêmement généreux, dit M. Klinkenberg. Je me souviens d'une journaliste étudiante, il y a quelques années, extrêmement confuse de l'avoir interviewé sans avoir mis de cassette dans sa machine. Il avait alors insisté pour tout refaire l'entrevue. C'était ça, Umberto Eco.»

Eco en cinq dates

1932: Naissance à Alexandrie, dans le Piémont

1955-1958: Assistant à la RAI (télévision publique italienne)

1975: Chaire de sémiotique à l'Université de Bologne 1

1992-1993: Titulaire d'une chaire européenne au Collège de France

2016: Mort à l'âge de 84 ans

- Avec l'Agence France-Presse

Huit livres marquants

Umberto Eco a beaucoup écrit. Plus d'essais que de romans, d'ailleurs, mais les deux genres sont intrinsèquement liés sous sa plume et dans sa pensée. L'année indiquée correspond à la parution de la traduction française.

Le nom de la rose (1980)

Tout premier roman et succès mondial: 30 millions d'exemplaires vendus en 47 langues, adaptation au cinéma par Jean-Jacques Annaud. Prix Médicis étranger en 1982, la même année où Anne Hébert reçoit le Femina pour Les fous de Bassan.

Lector In Fabula (1985)

«Best-seller» sémiotique d'Eco. Dans ce livre, il commence à élaborer sa théorie du signe-fonction, basée sur sa lecture des sémioticiens américains.

Le pendule de Foucault (1988)

Roman d'aventures aux ramifications historiques, ésotériques, religieuses et scientifiques qui met la table pour les romans à succès de Dan Brown (Da Vinci Code), 20 ans plus tard.

Comment voyager avec un saumon (1992)

Cette série de chroniques éclatées comprend un court roman épistolaire, une analyse de la bêtise, un pastiche d'encyclopédie de l'anti-savoir et un hommage à sa ville natale.

Les limites de l'interprétation (1992)

Autre essai important sur la surinterprétation des signes qui pourrait mener au non-sens. Umberto Eco y propose littéralement un nouvel «art de lire».

Baudolino (2000)

Prix Méditerranée étranger. Ce roman met en scène les mésaventures à la cour du roi d'un jeune paysan venu d'Alessandria, ville natale d'Umberto Eco. 

Histoire de la beauté (2004)

Umberto Eco assure la direction de ce beau livre qui pose la question de savoir si la beauté relève d'un critère objectif ou subjectif eu égard à l'histoire de l'art. Il sera suivi en 2007 d'Histoire de la laideur.

Numéro zéro (2015)

Son plus récent roman parlait des médias en vantant les mérites du journalisme d'enquête à l'ère du web. Un nouvel essai, Pape Satàn Aleppe, sous-titré Chroniques d'une société liquide, devrait paraître en italien en 2016.

Ils ont dit

La disparition d'Umberto Eco a ému plusieurs personnalités, notamment en France.

«Umberto Eco s'intéressait à tout, car il pensait que tout est signe dans une société. Ce grand savant était aussi à l'aise dans l'histoire médiévale que dans les bandes dessinées, qu'il fut l'un des premiers universitaires à défendre dans les années 60.» - François Hollande, président français 

«Umberto était un homme avec lequel j'ai gardé un rapport d'admiration totale et de plaisir de la vie. C'est un personnage d'une érudition embarrassante et d'une gaieté de vie hallucinante.» - Jean-Jacques Annaud, cinéaste

«Il incarnait la tradition de l'humaniste italien qui savait construire des ponts entre la connaissance et le grand public, entre l'université, les médias et la littérature.» - Irina Bokova, directrice générale de l'UNESCO

«Eco: le nom le plus court pour l'oeuvre abondante d'un sémiologue, romancier, historien, philosophe, humoriste et journaliste. À Umberto Eco on donnait un mot et ce mot faisait aussitôt lever dans son esprit deux souvenirs, trois histoires et quatre réflexions.» - Bernard Pivot, président de l'Académie Goncourt

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