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Ta-Nehisi Coates: il faut qu'on parle de racisme

Ta-Nehisi Coates dit avoir grandi avec la peur... (photo gabriella demczuk, archives the new york times)

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Ta-Nehisi Coates dit avoir grandi avec la peur de se faire tabasser, voire tuer, parce qu'il est noir.

photo gabriella demczuk, archives the new york times

La PresseNathalie Collard 4/5

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Dans Une colère noire, le journaliste Ta-Nehisi Coates rappelle à son fils adolescent que le racisme fait partie de l'ADN des États-Unis. Un texte dur et sans complaisance qui a secoué les Américains lors de sa parution en anglais, l'an dernier. Et qui s'inscrit dans une prise de conscience qui traverse la communauté noire aujourd'hui.

Dans Une colère noire, le journaliste Ta-Nehisi Coates rappelle... (image fournie par Autrement) - image 1.0

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La moitié des Américains estiment que le racisme est un problème important et six Américains sur dix affirment qu'il faut agir pour régler la question. Ce sont deux des conclusions d'un sondage du Pew Research Center publié l'été dernier.

Alors que le mandat du premier président noir de l'histoire des États-Unis tire à sa fin, de plus en plus de voix s'élèvent pour dénoncer le racisme systémique qui ne s'est absolument pas atténué sous la présidence d'Obama.

S'il faut lire un livre pour bien saisir l'air du temps et la colère qui gronde, c'est le livre de Ta-Nehisi Coates, qui a obtenu le National Book Award dans la catégorie Essai en 2015. Toni Morrisson, Prix Nobel de littérature et figure respectée de la communauté noire, l'a chaudement recommandé en plus de qualifier son auteur de « digne successeur de James Baldwin ». Une colère noire est d'ailleurs inspiré de La prochaine fois, le feu (1963) dans lequel Baldwin expliquait l'Amérique et les relations interraciales à son neveu. Between the World and Me (le titre original du livre de Coates) s'est rapidement hissé au sommet des ventes du New York Times.

Que dit Ta-Nehisi Coates ? Que le racisme fait non seulement partie du passé, mais aussi du présent des États-Unis. Que lorsqu'on est Noir, il est impossible de l'ignorer, qu'on grandit et qu'on vit la peur au ventre. Que contrairement au discours ambiant, il n'y a pas d'espoir. Que les choses ne vont pas s'améliorer (ce qui a suscité l'agacement de plusieurs ténors de la communauté noire). À l'opposé de Martin Luther King et de son rêve, Coates choisit le pessimisme. La suprématie des Blancs est là pour rester, croit-il, et les Noirs doivent apprendre à vivre avec.

DE BEYONCÉ À BLACKLIVESMATTER

Les propos du journaliste de 40 ans ont visiblement touché un point sensible. Ils s'inscrivent en outre dans une mouvance antiraciste aux États-Unis. Parmi les voix qui se font entendre, il y a celle de Beyoncé, qui a créé une onde de choc avec sa performance spectaculaire à la mi-temps du Super Bowl, performance dans laquelle elle rendait hommage aux Black Panthers.

Certains - dont Ta-Nehisi Coates - diront qu'il s'agit d'une habile récupération de la part d'une artiste noire acceptée par l'establishment blanc. Mais sa chanson et son clip s'inscrivent tout de même dans un contexte sociopolitique qui a vu naître plusieurs mouvements récemment, dont BlackLivesMatter - qui dénonce la violence policière à l'endroit des Noirs - et #OscarsSoWhite, qui dénonce l'absence de diversité aux Oscars.

Sans compter la publication d'ouvrages qui se penchent sur la question de la race en ce Mois de l'histoire des Noirs. Deux exemples : The Black Presidency : Barack Obama and the Politics of Race in America de Michael Eric Dyson, et Democracy in Black d'Eddie S. Glaude Jr.

L'atmosphère qui règne ces temps-ci aux États-Unis n'est pas sans rappeler les débuts du mouvement des droits civiques dans les années 60.

Et le Québec n'échappe pas totalement à cette vague. Ces jours-ci, les étudiants de l'Université Concordia réclament une mineure en études noires. Au même moment, le débat sur le blackface fait rage dans les médias et les réseaux sociaux à la suite d'une chronique du producteur Louis Morrissette. La question raciale est loin d'être réglée.

VOIR UN AMI TOMBER

Fils d'une enseignante et d'un vétéran de la guerre du Viêtnam devenu chef d'une section des Black Panthers puis bibliothécaire, Ta-Nehisi Coates admet qu'il a grandi dans la peur de se faire tabasser, voire tuer. En 2000, un de ses amis d'université, Price Jones, a été assassiné par un policier qui l'avait confondu avec quelqu'un d'autre.

Aujourd'hui, Coates a peur pour son fils Samori (en hommage à Samory Touré, héros de la résistance africaine en Afrique de l'Ouest). Âgé de 15 ans, le jeune homme a grandi en entendant parler de tous ces Noirs qui, comme Michael Brown à Ferguson, ont été assassinés par des policiers qui ont été innocentés.

« L'histoire des États-Unis est intrinsèquement liée à l'oppression, à la destruction du corps des Noirs », écrit Coates à son fils.

En entrevue à Télérama (l'auteur est allé s'installer un an à Paris avec sa femme et son fils pour fuir la célébrité qui l'a pris par surprise à la sortie de son livre), il a déclaré : « Je suis toujours surpris que des Blancs s'intéressent à mon livre. Ce n'est pas à eux que je m'adressais. Je m'adressais d'abord à ma communauté, aux autres Noirs. J'ai voulu leur dire qu'ils n'étaient pas fous de vivre la peur chevillée au corps, de ressentir ce qu'ils ressentaient. J'ai voulu leur dire qu'ils n'étaient pas seuls, que tout ce qu'ils ressentaient était partagé, et réel. Le problème avec le racisme, ce sont bien sûr les effets du racisme lui-même, mais aussi le mensonge selon lequel, précisément, il n'y aurait pas de racisme... Nous n'avons pas à croire en ce mensonge. »

Extrait 

« N'oublie jamais que nous avons été esclaves dans ce pays plus longtemps que nous avons été libres. N'oublie jamais que pendant deux cent cinquante ans les personnes noires naissaient enchaînées - des générations entières, suivies par d'autres générations, n'ont rien connu d'autre que les chaînes. Tu dois lutter pour vraiment te souvenir de ce passé dans toutes ses nuances, ses erreurs, son humanité. Tu dois résister au désir commun qui nous pousse à accepter l'idée réconfortante d'une loi divine ou de contes de fées fondés sur un sens implacable de la justice. Les esclaves n'ont pas été des pavés sur ta route, et leurs vies n'ont pas été des chapitres de ton histoire rédemptrice. C'étaient des gens, transformés en carburant pour alimenter la machine américaine. L'esclavage n'était pas destiné à s'arrêter, et il est immoral de prétendre que notre situation présente - peu importe à quel point elle s'est améliorée - représente une rédemption pour des individus qui n'ont jamais demandé la gloire posthume et inaccessible de mourir pour leurs enfants. »

* * * *

Une colère noire - Lettre à mon fils, Ta-Nehisi Coates. Éditions autrement, 200 pages.

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