Des livres aux urnes

Quand il est question de démocratie, Winston Churchill,... (PHOTO ARCHIVES LA PRESSE)

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Quand il est question de démocratie, Winston Churchill, le «sauveur» de l'Angleterre, est le plus fréquemment cité: «La démocratie est le pire des régimes... à l'exception de tous les autres».

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Daniel Lemay
La Presse

Qu'est-ce que la démocratie, encore? La forme la plus achevée de la liberté citoyenne, ou la grossière tyrannie de la majorité? Dans les années 50, alors que la guerre froide faisait rage, le satiriste H. L. Mencken faisait valoir que l'électeur moyen ne voulait pas être libre, mais en sécurité, le «sage de Baltimore» ne voyant par ailleurs dans la démocratie qu'une «croyance pitoyable en la sagesse collective de l'ignorance individuelle». Sagesse collective dont l'écrivain et globe-trotteur Paul Morand avait aussi réglé le cas: «"On" est un con. Admirable et profond. C'est tout le suffrage universel.»

Pour les libertariens comme H.-H. Hoppe, qui décrie l'État coercitif, la démocratie est une «variante molle du communisme», tandis que Georges Clemenceau, de son siège de président du Conseil des ministres français, y voyait plutôt le «pouvoir pour les poux de manger des lions».Quoi qu'il en soit, six Canadiens sur dix, aujourd'hui, iront «faire leur croix», comme disaient nos grands-mères, dans le cercle à côté du nom du candidat que, dans la majorité des cas, ils auront librement choisi. Ce qui n'implique aucunement que l'élu sera à la hauteur...

Et ce soir, les Canadiens apprendront quel parti formera le prochain gouvernement élu par le peuple, dont la volonté, pour le meilleur ou pour le pire, constitue la base de la démocratie. Cette démocratie que Winston Churchill considérait comme «le pire des régimes... à l'exception de tous les autres».

Des milliers de livres ont été écrits sur le sujet et, non, ce n'est pas en ce jour d'élection qu'on va en faire la synthèse. Comme dernier exercice électoral, Grand angle s'est plutôt donné pour mandat de voir, dans la masse des parutions récentes, quels titres pouvaient jeter un éclairage nouveau tant sur cette campagne, la plus longue de l'histoire politique du Canada, que sur ses lendemains qui ne chanteront pas pour tout le monde.

En toute bonne mauvaise foi, prêtons donc aux poètes et romanciers des intentions qu'ils n'ont jamais eues...

En commençant, à tout seigneur tout honneur, par les finalistes aux Prix littéraires du Gouverneur général, annoncés mercredi.

De l'essai de Michael Harris, qui ne répond pas à nos critères, disons simplement qu'il est rare de voir une biographie politique dans les finalistes des «GG»... et en pleine campagne, comme c'est le cas de Party of One - Stephen Harper and Canada's Radical Makeover. Ce soir, de quel côté se retrouvera ce «parti d'un seul homme»? Deux titres de la catégorie théâtre anglophone nous interpellent ici: Stephen Harper sera-t-il emporté par une vague libérale, comme pourrait l'évoquer Carried Away on the Crest of a Wave, ou restera-t-il au pouvoir quand on aura fait le décompte des Winners and Losers, les perdants se pliant humblement, à la caméra, devant le verdict: «Le peuple a parlé»?

Depuis le berceau

Sans présumer des résultats, l'histoire de cette campagne nous semble tenir tout entière dans le titre du roman de Kate Cayley, How You Were Born (Comment tu es venu au monde), qui aurait pu être écrit pour Justin Trudeau, le seul des chefs de parti que les Canadiens connaissent depuis le jour de sa naissance, le soir de Noël de 1971. Le premier aussi à avoir été cité par des humoristes. Les boomers, qu'ils en rient encore ou non, se souviennent du sketch Les noms, dans le dernier album des Cyniques (Exit, 1972). Après avoir interpellé «Guy Guay» et «Antoinette Ouellette», l'ineffable Serge Grenier prend la voix nasillarde de Pierre Elliott Trudeau, le premier ministre de l'époque, qui gronde son rejeton: «T'as fait caca, Justin Trudeau?!» 

On a aussi connu Jean Duceppe, grand comédien et nationaliste convaincu, mais son fils Gilles avait quitté le berceau quand il est devenu un personnage public. Plus populaire que son parti, le chef du Bloc québécois trouvera peut-être matière à méditation dans le recueil Le mal du pays est un art oublié (Joël Pourbaix, Le Noroît), finaliste de la catégorie poésie avec Langue maternelle (J.-Ph. Dupuis, Les Lézards amoureux), une assise du Québec que Gilles Duceppe, comme son père avant lui, a toujours défendue avec énergie. Et humour, comme quand Justin Trudeau l'appelle « mon amour » à la télé...

Parmi les autres titres francophones en lice pour un «G.G.» et que l'on pourrait associer à une facette de la vie politique canadienne, méditons sur la force évocatrice de Traité des peaux, le roman de Catherine Harton (Marchand de feuilles) et, en littérature jeunesse, sur la touchante histoire de Patrick Doyon et André Marois à La Pastèque, Le voleur de sandwichs...

Nul besoin, par ailleurs, d'être finaliste aux Prix du Gouverneur général pour s'inscrire dans l'histoire politique du pays Canada; maintes parutions récentes sont sur les rayons pour le prouver.

On sait déjà que le prochain ministre du Patrimoine, en pensant à Shelly Glover, ne manquera pas de lire La fille avant moi, le roman de Pierrette Beauchamp paru chez Hurtubise. 

Mais à qui s'adresse celui de Liz Worth (xyz), Avant que tout s'effondre? Les «lecteurs» potentiels sont nombreux... au NPD.

Qui n'en fera peut-être pas moins partie d'une coalition, qui sait? Avec ce que ça implique de défections et de tractations. À lire ici: Swing in the House d'Anita Anand (Vehicule Press), finaliste au prix Concordia du premier roman de la Quebec Writers Federation, et Exercices d'amitié, d'Yvon Rivard (Leméac).

Et dans trois mois, quand le nouveau gouvernement aura fait ses 100 jours, l'opposition commencera à citer le roman de Martin Doyon, Les improductifs (Hurtubise), et un vétéran de la Chambre des communes, comme le fait Benoît Melançon dans son dernier livre chez Del Busso, expliquera que, de tous les lieux communs de la politique moderne, le plus répandu est celui qui veut que Le niveau baisse...

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