Patrice Lessard: excellence polar

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Patrice Lessard a fait beaucoup de repérage pour donner une allure très réaliste à son roman. Cette ancienne taverne de la rue De Lorimier où nous l'avons rencontré est d'ailleurs un des lieux qu'il a utilisés.

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Josée Lapointe

Auteur de trois romans labyrinthiques aux nombreux effets de miroirs, Patrice Lessard n'est pas du genre à écrire un polar traditionnel. En multipliant les points de vue qui donnent au lecteur le fin mot de l'histoire bien avant que le détective ne le trouve, en faisant intervenir un narrateur tout sauf neutre, il réussit, pour notre plus grand plaisir, à transposer son sens du jeu dans un univers déjà très codifié.

Excellence poulet, de Patrice Lessard... (Photo fournie par HÉLIOTROPE) - image 1.0

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Excellence poulet, de Patrice Lessard

Photo fournie par HÉLIOTROPE

« Généralement, les productions artistiques qui me plaisent sont ludiques. Pour moi, un artiste a une obligation d'originalité. » Et c'est possible même dans la littérature de genre, ajoute Patrice Lessard. « Excellence poulet a un côté classique, ce n'est pas un polar à côté de la track. Mais si je veux avoir l'impression d'avoir bien fait mon travail, je dois sentir que je ne suis pas en train de suivre une recette. Il y a un million de façons de faire ça. »

Excellence poulet arrive après trois romans à la structure très complexe - Patrice Lessard a consacré trois ans à L'enterrement de la sardine, son précédent. Il estime donc s'être un peu reposé avec ce quatrième roman, beaucoup plus « simple » selon ses critères, mais qui ne dénature pas vraiment sa production avec sa construction en boucle et son narrateur très présent, qui passe des commentaires, se moque des personnages...

« Ça vient un peu de mes influences. J'ai l'impression que ce que j'aime le plus dans l'écriture, c'est créer une voix. Et les romanciers que j'aime sont ceux qui ont des voix fortes, Diderot dans Jacques le fataliste, Nabokov, Bernhard. » 

« Je veux que le narrateur existe, qu'il soit un "moi", sans savoir qui il est. »

Esprit vif et parfois vagabond, ce prof de littérature au Collège de Bois-de-Boulogne admet qu'il serait incapable d'écrire une grande saga menant un personnage du point A au point B. « Le great american novel, ce n'est pas pour moi. Ça ne se passe pas comme ça dans ma tête ! »

RETOUR À MONTRÉAL

Même si ses autres romans ne sont pas des polars, ils en contiennent quelques éléments. Celui-ci met d'ailleurs en scène un détective privé, Gil, qu'on a connu dans ses deux précédents. Après 20 ans passés à Lisbonne, Gil est de retour à Montréal et s'intéresse de près à un meurtre survenu dans la ruelle derrière le restaurant Excellence poulet, tenu par d'ex-motards. Il mène alors une enquête parallèle à celle de la police.

« Je ne savais pas comment m'y prendre pour écrire un livre qui se passe à Montréal, et cette nouvelle collection, Héliotrope noir, a été mon prétexte pour ramener Gil ici. » Avec cette commande toute simple - écrire un roman noir qui se déroule au Québec -, Patrice Lessard a cherché un sujet et s'est « abreuvé d'histoires ».

« C'est un de mes amis qui travaillait dans un hebdo qui m'a donné l'idée du livre. Il avait écrit un article sur un gars qui avait obtenu un permis de garderie juste à côté d'un salon de massage. Ça n'a jamais fonctionné, mais le salon est encore là et le local à côté est toujours vide, avec une vieille affiche qui dit "Église des aigles de Dieu". Ça ne s'invente pas... »

Dans Excellence poulet, la garderie Les frimousses au chocolat jouxte le Salon Spa Afrodite (sic), et le cadavre découvert dans les poubelles débordantes du restaurant est celui du propriétaire de la garderie. Ce « clash » très urbain a été le point de départ de son histoire, où se côtoient receleurs, gardes du corps, masseuses, petits bums, motards, cuistots, serveuses. Le monde d'Excellence poulet est celui de la marge et des petits boulots, et Gil s'y promène comme un poisson dans l'eau, parcourant Montréal à pied et en transports en commun. Disons que Patrice Lessard le fait marcher beaucoup.

« C'est une enquête, il faut bien qu'il se promène ! Mais ça a beaucoup à voir avec mon propre rapport à la ville : je n'ai pas d'auto, et quand tu marches, tu vois pas mal plus d'affaires. C'est souvent ça dans mes romans, ce sont des gens qui errent, qui se retrouvent dans des situations souvent anodines, qui dérapent ou pas. »

APPARENCES

Patrice Lessard aime jouer avec les apparences et ce nouveau livre ne fait pas exception. Le coupable n'est pas celui que tout désigne, ce qui lui permet d'observer sa société et de la commenter, après trois romans qui se passent à l'étranger.

« Je n'ai pas écrit ces livres pour éviter de me coltiner avec Montréal. J'étais dans le trip Lisbonne, et j'ai voulu y aller jusqu'au bout », dit-il, regrettant qu'on lui ait reproché de planter ses histoires ailleurs qu'au Québec. Mais il se dit aujourd'hui content d'avoir « les deux mains dedans ».

« J'avoue qu'être à Montréal, faire sacrer mes personnages, c'est assez jubilatoire... Je ne suis plus dans le regard un peu distancié sur l'autre, mais dans un rapport plus intime avec mes personnages. »

« J'ai eu du plaisir à inventer des noms débiles, des surnoms de Hells Angels... Cela dit, ce livre a été écrit à Lisbonne ! »

D'autres romans risquent de se passer encore dans la capitale portugaise. Mais dans un désir d'éclectisme, il devrait alterner les récits plus complexes et les histoires plus simples, « faites de la même farine » qu'Excellence poulet, dont il est plutôt content. Avec Gil encore ? « Je pense que c'est assez clair qu'on va le revoir. »

Excellence poulet

Patrice Lessard

Héliotrope, 240 pages

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