Ian Manook, écrivain flingueur

L'auteur de polars français Ian Manook sera aux... (Photo Richard Dumas, fournie par Patricia Lamy)

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L'auteur de polars français Ian Manook sera aux 4e Printemps meurtriers de Knowlton.

Photo Richard Dumas, fournie par Patricia Lamy

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Marie-Christine Blais
La Presse

L'équipe de hockey des Sénateurs d'Ottawa évoquée dans un polar se déroulant en Mongolie et en Sibérie? Oui, c'est possible quand ce polar s'intitule Yeruldegger - Les temps sauvages et que son auteur, le Français Ian Manook, ne recule devant rien pour surprendre le lecteur! Entrevue avec Manook, qui sera au Québec ces jours-ci à titre d'invité des 4es Printemps meurtriers de Knowlton.

«Vous m'appelez juste au moment où je suis en train de zigouiller un personnage très sympathique. J'aime bien construire des personnages comme s'ils allaient durer 400 pages et les tuer au bout de dix, ça surprend le lecteur et je suis content», lance en riant Ian Manook depuis l'agence de publicité du 5e arrondissement de Paris où il travaille. Et où il écrit tous ses livres, y compris les polars mettant en vedette le policier mongol Yeruldegger, nouveau héros des amateurs et des critiques de romans policiers depuis deux ans. Près d'une dizaine de prix ont couronné son travail à ce jour.

Car impossible de résister à ses romans policiers à la fois classiques et déjantés, exotiques et familiers, où on apprend à boire un thé au beurre rance (saupoudré d'un soupçon de farine...) ou à traverser les terribles tempêtes de neige mongoles baptisées dzüüd. Et dont le héros Yeruldegger, ex-nomade profondément attaché à sa Mongolie natale, maîtrise pourtant la langue française (Il raffole de Gainsbourg et de Bashung!).

Western nordique

Oui, il y a quelque chose du western, campé en Mongolie contemporaine, dans les polars imaginés par Manook. Mais un western où les personnages féminins sont aussi forts que les masculins, où les moines de Shaolin (!) jouent un rôle actif et où les gastronomies mongole et française sont encensées!

Sans oublier les Sénateurs d'Ottawa, qui apparaissent au détour d'une scène des Temps sauvages (2014), deuxième tome des enquêtes de Yeruldegger. «Le chapitre l'exigeait, explique le grand voyageur, ex-éditeur de revues jeunesse, ex-journaliste, essayiste et romancier. Yeruldegger est dans un hangar avec quelqu'un qui veut lui fracasser les genoux. Au départ, le gars arrivait avec une batte de baseball, mais ça ne se peut pas, surtout en pleine Sibérie. Alors, je me suis dit: «pourquoi pas une crosse de hockey?» Or, le hockey, pour moi, ça a un lien avec le Canada. Quitte à faire, pourquoi ne pas évoquer un vrai nom d'équipe, un vrai championnat? Et là, en plus, dans cette scène, il y a autre chose: cela fait longtemps que je veux faire un clin d'oeil à une tirade du film Les tontons flingueurs (NDLR: film-culte français de 1963). Je me suis dit qu'en utilisant le vocabulaire du hockeyeur canadien, j'allais pouvoir le faire! C'est en tout cas très demandé dans les dédicaces!»

Tirade tirée du film français Les tontons flingueurs (1963): «Je vais lui montrer qui c'est, Raoul. Aux quatre coins de Paris qu'on va le retrouver, éparpillé par petits bouts, façon puzzle. Moi, quand on m'en fait trop, je ne correctionne plus: je dynamite, je disperse, je ventile!»

Extrait du polar Yeruldegger - Les temps sauvages de Ian Manook, p. 294 «Je vais te montrer qui c'est, Rebroff. Aux quatre coins de la toundra qu'on va te retrouver, congelé par petits bouts, façon glace pilée. Moi, quand on cherche le brassage, je ne cogne plus: je slap shot, je drop le puck, je pète la rondelle.»

Ian, Paul et les autres

Dans un entretien publié à l'automne 2013, un certain Paul Eyghar explique les dix contraintes qu'il s'impose pour écrire de trépidants romans d'aventure jeunesse (Les Bertignac, chez Hugo&Cie). Or, Paul Eyghar, c'est un autre des pseudonymes de Ian Manook - qui s'appelle d'ailleurs dans la vraie vie Patrick Manoukian!

À la lecture de cet entretien, surprise: on réalise que la majorité de ces contraintes pour écrire un roman jeunesse, Manook se les est aussi imposées quand il a entrepris d'écrire ses polars pour adultes. Au nombre de ces contraintes? «Des aventures ancrées dans le réel, plus Jules Vernes que Harry Potter, une dimension magique chamanique loin des dragons et donjons de l'heroic fantasy; un gros livre de 500 pages avec des chapitres très courts; un vrai suspense à la fin de chaque chapitre; une attaque «décalée» ou surprenante dans chaque nouveau chapitre; des digressions pédagogiques pour apprendre des choses au lecteur; un texte et une présentation qui cacheraient plein de petits secrets et de clins d'oeil, etc.» (entrevue tirée du site

mespremiereslectures.com).

Le moindre lecteur de Manook aura reconnu là quelques-uns des charmes de ses polars. «Et des clins d'oeil, il y en a plus que vous croyez dans les enquêtes de Yeruldegger, dit en riant Ian Manook. Tenez, dans Les temps sauvages, il y a un personnage dont le nom est une anagramme de celui de mon conseiller bancaire. J'avais besoin d'un prêt pendant que j'écrivais et je lui ai dit: si ça se passe bien pour mon prêt, votre nom servira pour un personnage sympathique, sinon, vous serez un méchant qui coupe les testicules au cutter et ça vous fera les pieds. J'ai eu le prêt!» Et Ian Manook éclate d'un beau rire, de l'autre côté de l'océan.

«Mais c'est vrai, je me suis donné à peu près les mêmes contraintes pour mes polars que pour mes romans jeunesse, reprend-il plus sérieusement. Même le côté pédagogique, avec les infos que je glisse sur les nomades mongols, les yourtes ou la manière de cuisiner là-bas, ça participe de cette idée. Pourquoi? Parce que je veux avant tout raconter une histoire. Mais quitte à raconter une histoire, autant m'en servir comme toile de fond pour autre chose. J'aborde donc un problème par bouquin en toile de fond: dans la première enquête de Yeruldegger, c'était le problème des mines et de l'exploitation minière; dans la deuxième, c'était le trafic humain et tous les trafics en fait. Dans la troisième, que je suis en train d'écrire, ce sera un autre thème. Le quatrième livre? Je sais seulement qu'il ne mettra pas Yeruldegger en vedette... Je ne veux surtout pas être donneur de leçon, poursuit-il, ni écrire un essai géopolitique sur la Mongolie. J'écris d'abord une histoire policière qui me plaît et qui m'amuse, et dont j'espère qu'elle plaira et amusera les lecteurs. Vous voyez, j'ai 65 ans, je ne cherche pas à construire ni une carrière ni une oeuvre; j'aurais été bien embêté s'il avait fallu que je connaisse le petit succès que j'ai actuellement quand j'avais 40 ans, il aurait fallu maintenir le même niveau d'écriture, de vente, de succès auprès du public... Là, si je tiens dix ans, ce sera parfait!»

Manook est modeste: son succès est indéniable. Pour deux mille petites raisons, par exemple le fait que les titres de ses nombreux chapitres soient toujours constitués des tout derniers mots de ces chapitres: «Ah ça, c'est un clin d'oeil à l'émission télé NCIS, où chaque tranche de l'émission débute par une photo, dont on va comprendre ce qu'elle représente à la toute fin du segment!»

Et ainsi en va-t-il de plein d'autres détails qui séduisent les lecteurs. Par exemple, l'évocation de l'ailier Ryan Smyth des Oilers d'Edmonton, en plein milieu des Temps sauvages...

Ian Manook sera l'invité du 4e festival Printemps meurtriers de Knowlton, samedi et dimanche.

Infos: lesprintempsmeurtriers.com/francais/index_fr.html

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