Décès du poète libanais Saïd Akl

Saïd Akl en 2007.... (Photo: archives AFP)

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Saïd Akl en 2007.

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Agence France-Presse
Beyrouth

Le célèbre poète libanais Saïd Akl, connu pour avoir inventé un «alphabet libanais» en latin, est décédé vendredi à l'âge de 102 ans.

Chantre de la «spécificité libanaise», ce personnage contradictoire a écrit de célèbres chansons en hommage à Jérusalem sous occupation israélienne et à La Mecque, tout en soutenant l'invasion du Liban par l'État hébreu dans les années 1980 pour chasser les Palestiniens.

«Le grand poète et écrivain Saïd Akl est décédé à l'âge de 102 ans», a annoncé l'Agence nationale d'information (ANI).

«Le Liban et les Arabes ont perdu aujourd'hui un géant de la poésie», a tweeté Saad Hariri, l'ex-Premier ministre libanais.

Né en 1912 dans la ville chrétienne de Zahlé et reconnaissable à ses cheveux blancs broussailleux, sa voix de stentor et ses gestes théâtraux, le poète était un farouche défenseur du «libanisme», insistant sur l'héritage phénicien du pays et rejetant avec force son appartenance arabe.

Il s'identifiait ainsi à un courant politico-culturel fort chez des chrétiens libanais au début du XXe siècle et jusqu'à la fin de la guerre civile en 1990, qui insistait sur le caractère particulier du peuple libanais et de sa culture dans un environnement arabe.

Le poète a ainsi créé un «alphabet libanais» en 37 caractères latins, estimant que le dialecte devrait être indépendant de l'arabe. Il a publié un journal, Lebnaan (Liban), et écrit des poésies, comme Yara, dans ce dialecte latinisé.

Il a toutefois entretenu un rapport schizophrénique avec l'arabe, innovant dans la poésie arabe classique et écrivant de célèbres chansons devenues symbole du nationalisme arabe.

Parmi les plus connues, celle chantée par la diva libanaise Feyrouz, Zahrat al-Madaen, la Fleur des villes, dédiée à Jérusalem après l'occupation israélienne, ou encore celle intitulée Ghannaytou Macca (J'ai chanté la Mecque).

Poussant à l'absurde sa contradiction, il avait affirmé que «la langue arabe est condamnée à devenir une langue morte. Et si je suis devenu l'un des plus grands poètes arabophones, c'est justement afin d'acquérir la légitimité nécessaire pour affirmer cette idée».

Ses poèmes raffinés, dont beaucoup sont du «ghazal» (poèmes chantant l'amour de la femme), sont enseignés dans les écoles libanaises. Un de ses ouvrages connus était Loubnan in haka (Si le Liban m'était conté), une épopée poétique mêlant histoire et imaginaire.

Durant la guerre civile au Liban, il avait défendu avec véhémence l'invasion israélienne en 1982. Dans une interview, il évoque une «armée de libération» venue défendre les Libanais contre le «terrorisme» palestinien, dans un pays déchiré entre chrétiens d'une part et factions palestiniennes soutenues par les partis musulmans et de gauche.

Parfaitement francophone, Saïd Akl a écrit deux recueils en français, L'Or est Poèmes et Sagesse de Phénicie.

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