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Albert Camus, inconnu pour les jeunes Algériens

Albert Camus en octobre 1957.... (Photo: archives AFP)

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Albert Camus en octobre 1957.

Photo: archives AFP

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Amal Belalloufi
Agence France-Presse
Alger

Il est né dans l'est de l'Algérie, a grandi dans un quartier populaire d'Alger et s'est doré au soleil de Tipaza: Albert Camus, qui revient dans l'actualité littéraire grâce au roman de Kamel Daoud, en lice pour le prix Goncourt, est un étranger pour les jeunes Algériens.

«Jamais entendu parler de lui. C'est qui au juste?», demandent en choeur un groupe de lycéens d'Alger interpellés sur l'auteur français.

Sur la dizaine d'entre eux, aucun n'a ouvert l'un de ses romans, un fait peu surprenant car les jeunes lisent généralement peu ou pas de livres durant leur cursus scolaire.

En Algérie, ancienne colonie française de 1830 à 1962, le monument Camus est de fait quasiment inconnu des jeunes générations tandis que son oeuvre continue de susciter la controverse chez les plus âgés.

En témoigne le succès de Meursault, contre-enquête, le roman du journaliste Kamel Daoud publié plus de 70 ans après L'étranger de Camus et l'un des quatre finalistes pour le prestigieux prix Goncourt en France qui sera décerné le 5 novembre. Le romancier y inverse l'histoire de l'étranger, qui raconte le meurtre d'un Arabe par un blanc nommé Mersault sans raison particulière, en prenant l'angle de l'Arabe.

Camus «n'a jamais été enseigné à l'école algérienne», souligne Dawia Choualhi, directrice d'une école privée, qui ne l'a étudié qu'à l'université dont elle est diplômée en littérature française. Elle précise toutefois que «même les auteurs algériens comme Mouloud Feraoun ne sont plus enseignés depuis longtemps».

Étudiant à l'université d'Alger, Ahmed, 22 ans, reconnait avoir «entendu parler de Camus» mais sans jamais ouvert l'un de ses livres.

«J'ai lu L'étranger car il était dans la bibliothèque familiale», raconte Leila, une étudiante qui a acheté par la suite La peste et La chute.

Pourtant, tout près de l'Université d'Alger, se trouve l'ancienne librairie Les vraies richesses, fondée par l'éditeur de Camus, Edmond Charlot, et où le romancier a écrit une partie de L'étranger.

Jamais l'indifférence

Chez les plus âgés, les avis sur Camus s'appuient parfois davantage sur ses prises de position sur la question de l'indépendance que sur ses qualités littéraires.

Brahim, enseignant de mathématiques à la retraite, trouve ainsi l'écrivain «génial» mais l'homme «beaucoup moins».

«Dommage qu'il soit mort si jeune», à 46 ans, «il aurait peut être changé», soupire Mokrane, un retraité. Car, regrette-t-il, Camus avait «choisi sa mère plutôt que l'Algérie» dont il ne souhaitait pas l'indépendance. Camus militait pour une égalité des droits entre la minorité européenne et la majorité des indigènes, relégués au rang de sous-citoyens.

Professeur de littérature à Alger puis en région parisienne, Christiane Chaulet Achour écrit que «l'association du nom de Camus à son pays de naissance ne provoque jamais l'indifférence: depuis 1939, date de son enquête dans Alger-Républicain sur la misère en Kabylie, les Algériens, les Français d'Algérie et ceux de la métropole ont attendu une prise de position qui n'induise aucune ambiguïté sur le «camp» choisi».

«Sa disparition n'a que peu atténué ce débat et l'histoire du «citoyen» Camus avec l'Algérie, coloniale ou nationale, est une histoire «de bruit et de fureur» qui ne s'assourdit pas encore», souligne sur son site cette universitaire.

En 2010, le débat sur Camus avait rebondi lorsque les auteurs d'une pétition publiée par quelques journaux avaient réussi à empêcher la venue à Alger de la caravane Albert Camus lancée depuis le Centre culturel algérien de Paris, dirigé à l'époque par l'écrivain Yasmina Khadra.

Considérant que l'objectif de cette initiative dépassait le cadre de la simple célébration de l'oeuvre littéraire, les signataires y ont vu une campagne du «lobby néocolonialiste», nostalgique de «l'Algérie française». Ils estimaient que cette caravane constituait une réhabilitation du discours colonial.

La polémique semble avoir engendré une certaine curiosité au point de susciter un «nouvel intérêt et une relecture de Camus», constate Boussad Ouadi, libraire à Alger, qui montre fièrement toute la collection de l'auteur.

«Il y a un peu plus de deux ans, nous avions des difficultés à trouver des livres de Camus car il n'était édité qu'à l'étranger. La polémique autour de la caravane lui a servi», témoigne le libraire.

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