La folle journée de Patrick Modiano

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Patrick Modiano en conférence de presse en compagnie de son­ éditeur, Antoine Gallimard (à gauche).

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Myriam Chaplain-Riou
Agence France-Presse
Paris

«C'est ma fille Marie qui m'a annoncé la nouvelle. C'était inattendu et irréel! Après, j'ai marché»: le tout nouveau Nobel de littérature, Patrick Modiano, ému, a l'air un peu perdu et déconcerté face à la foule de journalistes qui le pressent de questions.

«Quand j'ai su pour le Nobel, j'ai marché, marché pour me remettre et puis je suis venu ici, chez Gallimard», raconte le romancier français, 69 ans, veste et polo bleus, la lèvre ourlée de transpiration, les mains un peu tremblantes et le débit plus hésitant que jamais.

Les questions fusent. L'auteur d'une trentaine de romans reconnaît ne pas encore «réaliser tout à fait». «J'ai eu (le président français) Hollande au téléphone, c'est... c'est... aussi un prix qui honore le pays», dit-il en mangeant un peu ses mots.

Au siège parisien de son éditeur Gallimard, la consécration de Modiano jeudi par l'Académie suédoise était aussi une surprise totale. Au point qu'une conférence de presse, maintes fois repoussée, n'est finalement organisée qu'en fin d'après-midi.

Dans la maison plus que centenaire de la rue Gaston Gallimard, au coeur du quartier de Saint-Germain-des-Prés, des dizaines de journalistes français et étrangers, dont de nombreuses télévisions, ont fait le pied de grue dans l'attente du lauréat. Modiano, lui, semble avoir eu besoin de plusieurs heures pour rassembler ses esprits et oser affronter la presse.

Très applaudi à son arrivée, Patrick Modiano, venu avec sa femme Dominique, remercie d'un sourire gêné les acclamations, mais se prête de bonne grâce au jeu des questions.

Des journalistes suédois commentent en aparté ses réponses un peu elliptiques. Une correspondante espagnole avoue à l'AFP: «Je ne le connais pas du tout. C'est bien Modiano?»

«C'est bien Modiano?»

«C'était comme une sorte de dédoublement avec quelqu'un qui s'appelait comme moi (...) Tout cela était un peu abstrait», confie l'écrivain, qui déjeunait au restaurant avec sa femme quand le Nobel a été annoncé.

«Je suis d'autant plus ému du choix de l'Académie que j'ai un petit-fils suédois. C'est très touchant. Je suis souvent allé en Suède», sourit l'auteur français, décrit comme le «Proust de notre temps» par les jurés du Nobel.

L'une de ses deux filles, Marie, chanteuse et écrivaine, est mariée avec un Suédois. L'auteur a d'ailleurs dédié son Nobel au petit Orson, comme son précédent roman L'herbe des nuits.

Le PDG de Gallimard, Antoine Gallimard, a lui été prévenu par l'Académie Nobel, quelques minutes avant l'annonce officielle. «Après, j'ai mis du temps à joindre Patrick. Il était heureux mais a répondu «C'est bizarre»» sur le portable de sa femme car il n'a pas de mobile. Modiano, qui a publié son premier livre La place de l'Étoile en 1968 à 22 ans, écrit toujours ses romans à la main.

Gallimard a décidé de réimprimer 100 000 exemplaires de son dernier roman, Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, sorti début octobre et tiré initialement à 60 000.

«Pour Le Clezio», précédent Nobel français édité aussi chez Gallimard, «nous avions vendu 350 000 exemplaires. Et ce qu'il y a de bien avec un Nobel, c'est que cela entraîne des ventes de toute l'oeuvre. Ce Nobel, inattendu, est magnifique!», s'enthousiasme le patron de la maison d'édition.

Le romancier assure ne pas craindre le moment où il devra prononcer son discours solennel devant l'Académie suédoise: «Ça ne me fait pas tellement peur, je serai protégé par mon texte. Et je parlerai uniquement des autres écrivains».

Que va faire le nouveau Nobel de littérature pour fêter son sacre? «Comme je ne prévoyais pas vraiment le Nobel, je n'avais rien prévu de spécial ce soir. Je vais faire quelque chose avec ma famille... et sûrement mon éditeur», dit-il en se tournant vers lui.

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