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Les forces de l'âge: vingt-huit nuances de gris

Parmi les personnalités qui ont accepté l'invitation de... (Photo: fournie par Véro Boncompagni, Guy Saint-Jean éditeur)

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Parmi les personnalités qui ont accepté l'invitation de Michel Coulombe de raconter leur expérience personnelle du vieillissement, on compte Gilles Vigneault et Marcel Sabourin.

Photo: fournie par Véro Boncompagni, Guy Saint-Jean éditeur

Marie-Christine Blais
La Presse

«Vingt-huit nuances de gris», c'est le surnom donné affectueusement par Michel Coulombe à son livre de témoignages Les forces de l'âge: on y trouve en effet 28 personnalités québécoises qui parlent de l'âge et des cheveux gris. Réunis en 14 duos parfois étonnants, Gilles Vigneault, Fabienne Larouche, Boucar Diouf, Gilles Duceppe, Gaétan Boucher, etc. y racontent leur expérience personnelle du vieillissement. Entrevue avec celui qui a recueilli leurs confidences, Michel Coulombe.

Q: L'idée de ce livre vous est-elle venue avant, pendant ou après la réalisation de votre documentaire Octos Dynamos (qui portait sur neuf artistes octogénaires, de Janette Bertand à Edgar Fruitier)?

R: La réalisation d'Octos Dynamos m'a souvent amené, en privé comme en public, à parler de l'âge et du vieillissement. C'est ce qui a conduit Guy Saint-Jean éditeur à me proposer ce projet de livre. Je me suis lancé dans l'aventure dès que j'ai eu trouvé la formule [des duos] et que la photographe Véro Boncompagni, dont j'avais monté les expos, m'a donné son accord. Ses portraits rendent parfaitement l'esprit des rencontres.

Q: Comment avez-vous procédé pour constituer les duos d'interviewés?

R: Parfois j'ai abordé, de front, deux personnalités, par exemple Gilles Julien et Pierre Bruneau, à qui j'ai proposé de former un tandem: ils ne se connaissaient pas vraiment, mais s'estimaient beaucoup. J'ai fait de même avec Marie Tifo et Pierre Curzi: je voulais les entendre me parler de l'amour, de la famille, de ce qu'ils ont construit ensemble. Parfois, lorsque je la connaissais suffisamment bien, je soufflais un nom à la personne que j'appelais. C'est ce que j'ai fait avec Marcel Sabourin, à qui j'ai suggéré un tête-à-tête avec Gilles Vigneault. Il l'a appelé et on a organisé la rencontre. À Boucar Diouf, j'ai demandé qui pourrait représenter, pour lui, une forme de grand-père. Il a suggéré le père Benoît Lacroix. De même, Alain Gravel m'a surpris quand il a proposé un tête-à-tête avec Fabienne Larouche. Et je crois que ce livre aurait été incomplet sans Danielle Ouimet et Marguerite Blais.

Q: Pourquoi avoir justement choisi la formule du dialogue?

R: Former des duos me permettait de m'écarter de ce que celui-ci ou celle-là avait pu déclarer auparavant dans les médias. Et puis, cela établissait des zones de contrastes et d'autres de complicité. Le livre en tire profit. Soudain, la psychanalyste Danielle Ros (80 ans) parle de sa façon d'envisager la fin de vie et le sociologue Guy Rocher (90 ans) lui emboîte le pas. Soudain, Louise Portal (63 ans) parle de l'autel qu'elle a consacré à sa jumelle décédée et Janine Sutto (92 ans) dit qu'elle aussi, à la mort de sa fille [qui était aussi une] jumelle, elle a fait quelque chose de semblable. L'une des rencontres où cela fonctionne le mieux, c'est celle entre Serge Bouchard et Gilles Duceppe (tous deux 66 ans), des amis de toujours. Ils ont joué, tout au long de la rencontre, au verre à moitié plein et au verre à moitié vide.

Q: Qu'est-ce qui vous a le plus frappé au cours de cet exercice?

R: D'abord, le refus de certaines personnalités d'aborder ce sujet. On a beau vivre dans une société vieillissante et avoir une plus grande espérance de vie qu'auparavant, il reste un tabou autour de l'âge. En contrepartie, l'incroyable générosité de chacune des personnes rencontrées, le groupe des 28, m'a profondément touché. Leur expérience de vie et leurs réflexions ne sont pas transférables, du moins en bloc, mais on s'y reconnaît ici, puis là, puis là encore. Diversité donc. Pas de vérité unique, mais des nuances: 28 nuances de gris! Et quelques similitudes, évidemment.

Sans généraliser, j'ai pu constater à quel point le rapport au temps diffère entre les femmes et les hommes, combien les chiffres ronds et le cap des dizaines agissent comme des révélateurs. Et j'ai vu surgir des sujets que je n'avais pas pensé aborder, comme le Printemps érable! Les rencontres fondées sur une différence d'âge importante ont été particulièrement riches. Je pense notamment à Christian Bégin qui se retirait et se taisait (oui!) pour écouter son aîné Roméo Bouchard. Du regard attendri de Boucar Diouf devant le père Lacroix. Cela dit, il suffit de comparer les réponses de Janine Sutto et de Benoît Lacroix quand je leur demande s'ils s'imaginent centenaires pour constater qu'on ne peut pas mettre tous les nonagénaires dans le même sac!

Q: Au final, peut-on conclure qu'on vieillit généralement comme on vit?

R: J'ose croire que l'on puisse aussi se racheter, s'apaiser, s'améliorer. Cela dit, si on ne s'efforce pas de bien vieillir, de tirer un maximum de cette étape de la vie, je ne suis pas du tout convaincu que l'on puisse se reprendre dans l'au-delà ou une autre vie!

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Les forces de l'âge. Propos recueillis par Michel Coulombe. Guy Saint-Jean éditeur, 256 pages.




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