Daniel Poliquin: la mémoire créative

Dans ce triptyque, Daniel Poliquin met en scène... (PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE)

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Dans ce triptyque, Daniel Poliquin met en scène un narrateur qui pourrait être lui. Mais son livre est réellement une «autobiographie imaginaire», précise-t-il.

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Josée Lapointe

Daniel Poliquin préfère les petites histoires à la grande. Dans L'historien de rien, roman qui se déroule sur trois époques, il arrive à rendre extraordinaires des récits de vies toutes simples.

Extrait de L'historien de rien«Je suis le dernier... (Photo Boréal) - image 1.0

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Extrait de L'historien de rien«Je suis le dernier rescapé d'un monde mort, mais ça ne m'attriste pas du tout. Je pense aussi que nous sommes tous plus ou moins dans le même cas, et personne n'en meurt. C'est juste comme ça.»

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La mère de Daniel Poliquin aimait bien raconter cette version bien personnelle de l'assassinat de John F. Kennedy: alors que le président américain venait de tomber sous les balles, les gens autour de Jackie Kennedy riaient, disait-elle... «Ma mère avait toujours des punchs comme ça. J'imagine que je tiens d'elle mon talent de raconteur», avance le traducteur et interprète, qui démontre dans ce livre sa grande facilité à donner de l'éclat à des personnages sans histoire.

L'historien de rien: quand on lui dit que ce titre est d'une infinie beauté, Daniel Poliquin sourit. «Merci, mais c'est Dany Laferrière qui est le maître incontesté des beaux titres! Celui-ci m'est venu d'une phrase du livre. Je me suis dit que c'était exactement ça, parce que cette phrase nous résume tous.»

C'est qu'il a «choisi son camp depuis longtemps», ajoute-t-il. Ce n'est pas tant les grandes épopées qui l'intéressent que les petites choses de la vie, et les gens ordinaires qui les vivent. «On a tous cette idée que ce qu'on a à dire n'est pas intéressant. Mais c'est faux! Moi, je suis entouré de gens qui ont vécu des choses extraordinaires.»

Dans ce triptyque, Daniel Poliquin met en scène un narrateur qui pourrait être lui. Mais son livre est réellement une «autobiographie imaginaire», précise-t-il. «C'est certain que j'ai fait des emprunts à ma vie, mais c'est tout imaginé.»

Il raconte donc cette histoire en trois temps «unifiée par son narrateur», qui commence avant la Seconde Guerre mondiale avec cette jeune fille qui désire quitter son petit village albertain pour l'Europe. Mais celle qui rêve de valse viennoise et de monarchie ne partira jamais, raconte son petit-fils, narrateur de l'histoire. «C'est une grand-mère totalement fictive, mais c'est vrai que ce pourrait être la mienne.»

La deuxième se déroule pendant les années 60. Le narrateur se souvient de la virée qu'il avait faite, à l'adolescence, à l'Exposition du Canada central (l'Ex), avec deux copains qui étaient loin d'être des enfants de choeur. «Encore là, ça pourrait être moi, mais je n'ai jamais mis les pieds à l'Ex. C'est vrai par contre qu'à cet âge, j'avais une fascination pour les bums

La troisième histoire est contemporaine: le narrateur a quitté sa carrière d'avocat pour devenir commis dans une quincaillerie, allant même jusqu'à changer de nom. «J'ai été inspiré par une histoire vécue. J'ai déjà rencontré quelqu'un qui avait eu ce genre de changement de vie et qui semblait parfaitement heureux. Ça m'intéresse beaucoup, ce sujet, parce que les vies ne sont pas linéaires, elles sont aussi parfois picaresques, avec des hauts et des bas.» Ex-fonctionnaire, Daniel Poliquin a travaillé dans le milieu politique fédéral et a souvent vu des gens de pouvoir passer de vedette à l'aura gigantesque à nobody. «Je ne nommerai pas de noms parce que je suis charitable, mais c'est fascinant à observer...»

Daniel Poliquin a fait carrière comme interprète à Ottawa. Il a fait de la traduction simultanée lors de débats politiques -il a «été» Gilles Duceppe dans tous les débats des chefs-, de sommets et de commissions, et est aussi traducteur de nombreux romans et essais. Après une dizaine de romans publiés, il se considère d'abord comme écrivain, mais son autre métier, qui lui a permis de gagner sa vie, l'a nourri. «Quand on traduit les livres des autres, ça nous permet un peu d'écrire tous les livres qu'on n'écrirait jamais. Et comme interprète, on apprend à se mettre dans la peau des autres.»

Étrangement, cette fausse autobiographie dégage un parfum de nostalgie. «C'est vrai. Camus disait qu'on ne peut pas écrire si on n'est pas ému. Cette émotion, si elle est bien traduite, le lecteur la capte. J'ai retenu des choses qu'on m'a racontées, mais je sais aussi que les gens mettent en scène leurs souvenirs. Avec le temps, j'aimerais que mon oeuvre devienne comme une sorte de traité de la mémoire créative... Je sais, ça ne va pas ensemble, mais pour faire de bonnes histoires, il faut recréer!»

Mais justement, quel est le secret d'une bonne histoire? «Avoir quelque chose à raconter! Il faut aussi que la forme soit en adéquation avec le fond, que le langage des personnages, par exemple, fonctionne avec leur âge, leur statut social, pour que ce soit crédible... J'ai lu toute l'oeuvre d'Alice Munro, je ne me souviens pas nécessairement de ce qu'il y avait dans ses livres, mais je me souviens d'avoir eu du plaisir à la lire. C'est mon objectif, donner du plaisir.»

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