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Éloge littéraire d'Anders Breivik sème la controverse

Anders Behring Breivik... (Photo: Heiko Junge, AFP)

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Anders Behring Breivik

Photo: Heiko Junge, AFP

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Tuerie en Norvège

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Tuerie en Norvège

La Norvège, l'un des pays les plus sûrs au monde, a été frappée le 22 juillet par ses plus lourdes attaques depuis la Seconde Guerre mondiale. Une bombe a d'abord explosé au centre-ville d'Oslo, puis une fusillade a tourné au carnage, sur l'île d'Utoya, près d'Oslo. »

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Myriam Chaplain-Riou
Agence France-Presse
Paris

Provocation? Dérive raciste? Fascisme? Auteur reconnu d'une oeuvre exigeante et éditeur modèle chez Gallimard, Richard Millet, qui publie un pamphlet glaçant, Éloge littéraire d'Anders Breivik, le tueur norvégien, sème le désarroi dans le microcosme intellectuel français.

Dans ce pamphlet de 18 pages publié aux Éditions Pierre-Guillaume de Roux dans le recueil Langue fantôme, Richard Millet voit en Breivik un patriote à la dérive, un nationaliste désespéré...

Il se flatte d'avoir lu les 1500 pages du manifeste délirant mis en ligne par le Norvégien, prévient qu'il n'approuve pas ses crimes mais encense sa prose et crie sa haine de la social-démocratie, de l'immigration et du multiculturalisme. Penseur de la décadence et du déclin de la civilisation européenne, l'auteur est un récidiviste.

Millet écrit: «Breivik est sans doute ce que méritait la Norvège», est «un enfant de la ruine familiale autant que de la fracture idéologico-raciale que l'immigration extra-européenne a introduite en Europe depuis une vingtaine d'années».

Auteur d'une cinquantaine de livres, membre du comité de lecture de Gallimard, Richard Millet, 59 ans, a été l'éditeur de Jonathan Littell, Goncourt 2006 pour Les Bienveillantes, et d'Alexis Jenni, Goncourt 2011 avec L'Art français de la guerre. Un beau palmarès.

«C'est toujours mon éditeur. Je suis concerné au premier chef», explique à l'AFP Alexis Jenni, qui publiera en 2013 chez Gallimard un nouveau roman.

«Mais je ne veux pas prendre de position publique sur le sujet», ajoute l'écrivain. «Millet ne croit qu'à la littérature. C'est un homme qui écrit merveilleusement bien. Ses idées discutables ne réduisent pas ses qualités littéraires».

«C'est la même problématique qu'avec Céline. Il y a une cohérence entre l'oeuvre romanesque et les pamphlets antisémites. Et c'est quelque chose dont on ne sait pas quoi faire...»

«Provocateur»

D'autres auteurs Gallimard montent au créneau. Pour Annie Ernaux, ce texte sur Breivik représente «un acte politiquement dangereux» et sa publication remet en cause la présence de Richard Millet dans le comité de lecture.

«La question d'une réaction collective est maintenant posée à tous les écrivains Gallimard», réagit la romancière dans Le Monde daté de mardi.

Tahar Ben Jelloun, qui publie Bonheur conjugal chez Gallimard, assure: «il perd la tête». «Ce n'est pas la première fois qu'il publie des choses inacceptables», rappelle au Monde Jean-Marie Laclavetine, lui-même auteur et éditeur.

Les Éditions Gallimard font pour l'instant le dos rond face à la tempête. Tous attendent le verdict du grand patron, Antoine Gallimard, en vacances. Lui conservera-t-il sa confiance? Il avait déjà décidé en 2008 de ne plus publier de livres comme L'Opprobe où Millet fustigeait multiculturalisme et immigration.

«Voir un geste esthétique dans le massacre de 77 jeunes Norvégiens, c'est évidemment choquant, obscène», dit à l'AFP l'écrivain et journaliste Pierre Assouline.

Mais «l'exclure du débat d'idées en le traitant de fou, de fasciste, revient à en faire un martyr. Un ostracisme qui ne serait pas pour lui déplaire mais ne présente aucun intérêt», estime l'auteur en 2011 de Vies de Job (Gallimard).

Richard Millet «est un provocateur mais il ne faut pas le réduire à cela. Il a un projet littéraire, avec une idée globale de la décadence, de la perte de l'identité nationale», relève-t-il.

En 1985, Marguerite Duras avait aussi provoqué un scandale en publiant son fameux texte sur l'affaire Grégory Sublime, forcément sublime Christine V.. Elle y justifiait l'infanticide présumé de Christine Villemin par l'oppression millénaire exercée sur les femmes et affirmait la «souveraineté totale de la littérature».




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