Michel Arseneault: Poètes, vos papiers!

Michel Arseneault a pris comme point de départ... (Photo fournie par Fides)

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Michel Arseneault a pris comme point de départ de son roman le personnage bien réel du poète Joseph Quesnel, mort en 1809, dont le passé trouble a souvent été occulté par les chercheurs.

Photo fournie par Fides

Journaliste aguerri et globe-trotter infatigable, Michel Arseneault livre un premier roman original et érudit.

Il a grandi à Montréal, à l'angle des rues D'Iberville et Jean-Talon, dans un quartier peuplé d'immigrants. Très jeune fasciné par l'ailleurs, Michel Arseneault est devenu journaliste pour pouvoir payer ses voyages autour du monde. Il a vécu en Amérique du Sud, en Amérique centrale, au Mexique et au Canada anglais, d'où il envoyait des textes à La Presse, au Devoir, à L'Actualité.

Il s'est aussi passionné pour l'Afrique, qu'il couvre encore aujourd'hui pour Radio France Internationale. On lui doit un recueil de textes sur le continent noir (Perdu en Afrique, Stanké), une biographie de la Dre Lucille Teasdale (Un rêve pour la vie, Libre Expression), et ce premier roman tout juste sorti des presses, où il a pu mettre un peu de lui, et beaucoup de ses passions pour l'histoire, les voyages et la mémoire.

Méfiez-vous des poètes raconte le périple du Français Michel Gallais, professeur d'histoire à l'Université d'Ottawa, spécialiste de Joseph Quesnel, marchand, voyageur, compositeur, poète, dramaturge, né à Saint-Malo en 1746 et mort à Montréal en 1809. Un jour, Gallais tombe sous le charme d'une jeune étudiante, Maude Abel, qui se passionne elle aussi pour Quesnel.

Un intérêt qui d'abord les rapprochera, puis les divisera. Car ce qu'elle découvrira lors de ses recherches à Saint-Malo et ailleurs ne plaira pas à son directeur de thèse, qui n'aime pas du tout voir le lustre de «son» Quesnel se ternir. «Au fil des ans, je me l'étais approprié comme champ d'études, écrit-il. Grâce à mes travaux, j'avais imposé la lecture de sa poésie aux littéraires dignes de ce nom, la relecture de ses pièces de théâtre, l'étude de son oeuvre aux musicologues. Il était, en quelque sorte, ma chasse gardée. Je n'avais pas vu le piège que Maude me tendait.»

Ce Joseph Quesnel n'est pas une invention du romancier. Il a réellement existé, et a fait l'objet de nombreuses recherches universitaires. C'est par hasard que Michel Arseneault a appris son existence, il y a une dizaine d'années, en feuilletant distraitement un dictionnaire des écrivains canadiens. «Quesnel, c'est le nom de ma mère, raconte-t-il. Et ce n'est pas courant. Mon attention a tout de suite été attirée par ce patronyme. Dans sa courte biographie, on disait qu'il était un peu le point de départ de la littérature québécoise, et qu'il avait beaucoup voyagé, notamment en Afrique.»

Il n'en fallait pas plus pour que le journaliste se mette à la recherche de documents d'archives «par pure curiosité». Et qu'il découvre, assez rapidement, que le poète avait un passé trouble, compromettant, que très peu de chercheurs avaient osé révéler.

Avec comme point de départ l'histoire de ce personnage intrigant, Michel Arseneault a construit un roman «à l'intersection de la fiction et de la réalité. Au fond, explique-t-il, c'est comme si j'utilisais de vrais blocs Lego - les faits historiques, les documents d'archives... - pour construire quelque chose qui n'existe pas.»

Le fond du sujet n'est pas l'histoire, affirme-t-il, mais la mémoire. «Je me suis toujours demandé pourquoi au Québec on retenait certaines choses et on en oubliait d'autres, volontairement. C'est tout de même inouï de savoir que notre devise est Je me souviens, mais qu'on ne se souvient plus de l'origine de cette devise.»

Certaines personnes sont dignes de mémoire, et d'autres pas, a voulu nous dire Michel Arseneault. «Et c'est fascinant de voir que chez nous, à part quelques exceptions - la rue Antonine-Maillet à Outremont, la rue Louis-Émond à Montréal... - très peu de parcs, de rues, de ponts, portent le nom d'un écrivain. Un peu comme si on se méfiait des poètes! Alors qu'en France, le nom de rue le plus répandu, c'est Victor Hugo.»

Quoi qu'il en soit, maintenant que le journaliste a goûté à la liberté de l'auteur de fiction, il n'entend plus s'en priver. «Cette liberté a été une grande révélation pour moi qui ai toujours cherché, pour mon travail, à être le plus rigoureux possible, confie-t-il. En écrivant Méfiez-vous des poètes, je me suis vraiment laissé aller, surtout dans le premier jet. Les gens mourraient, naissaient, je me sentais comme Dieu! J'aurais même pu faire atterrir ou décoller des soucoupes volantes. C'était amusant. J'ai appris comment utiliser la vérité pour mentir. Et en même temps, comment toucher à la vérité pour amener les lecteurs à réfléchir.»

Malgré certaines longueurs, le résultat est convaincant. À mi-chemin entre l'enquête, le roman historique, la satire du milieu universitaire, Méfiez-vous des poètes nous fait voyager dans le temps et l'espace, croiser nos ancêtres et nos contemporains (dont le sculpteur Michel Goulet et Leonard Cohen...), et nous questionner sur notre tendance à enfouir tout ce qui pourrait susciter la controverse. Comme Gaston Miron, qu'il cite en exergue, Michel Arseneault en est convaincu: «nous ne serons plus jamais des hommes/si nos yeux se vident de leur mémoire».

Méfiez-vous des poètes

Michel Arseneault

Fides, 2012, 215 pages




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