Simon Girard: écrire à tout prix

«Je ne lirai plus jamais de livres, je... (Photo: André Pichette, La Presse)

Agrandir

«Je ne lirai plus jamais de livres, je pense. Parce que quand je lis des romans, soit je ne trouve pas ça bon, soit ça me donne envie d'écrire», explique Simon Girard.

Photo: André Pichette, La Presse

Simon Girard a réalisé un rêve, l'automne dernier, en publiant coup sur coup deux livres, Les écureuils sont des sans-abri et Michel Bourget, sauver des vies. Car cet écrivain dans la trentaine ne poursuit qu'un seul but: vivre de sa plume, peu importe les sacrifices. Rencontre avec un étrange personnage.

Remarqué par la critique en 2007 pour son premier roman, Dawson Kid, paru chez Boréal, Simon Girard affichait déjà ses couleurs en entrevue, celles d'un jeune homme prêt à tout pour devenir écrivain. Il a par la suite publié Tuer Lamarre chez Leméac en 2009, avant de nous arriver il y a quelques semaines avec Les écureuils sont des sans-abri, aux Coups de tête, et Michel Bourget, sauver des vies, aux 400 coups.

Simon Girard enfile les maisons d'édition comme il enfile les petits boulots et les aventures. Mais difficile d'avoir l'heure juste, son esprit ne semble jamais se concentrer très longtemps sur un sujet, il perd le fil plusieurs fois et saute du coq à l'âne.

À propos de cette bougeotte dans l'édition, alors que le narrateur écrit dans Les écureuils sont des sans-abri qu'il cherche un éditeur avec qui «ce ne sera pas la guerre», il répond: «C'est comme avec mes blondes, je me suis vraiment dit, chaque fois, que c'était pour la vie. Avec les éditeurs, c'est pareil.»

On n'en saura pas plus, mais cette fois, c'est l'amour avec son éditeur Michel Vézina, qui l'a pris sous son aile à un tournant de son écriture. Simon Girard est passé de la fiction à quelque chose de beaucoup plus autobiographique.

Les écureuils sont des sans-abri rassemble une suite d'histoires illustrant sa vie de bohème. Assisté social, vendeur de sandwichs dans les bars, cobaye pour les sociétés pharmaceutiques, Simon Girard a furieusement erré sans jamais perdre son point de vue d'écrivain sur le monde. On pourrait dire qu'il a un rapport presque ésotérique avec l'écriture, puisqu'il semble avoir besoin de faire des offrandes à la vocation. L'aide sociale, c'était un peu ça.

«Tu te sens comme une marde quand t'es sur le BS, dit-il. Toutes les personnes que tu croises et à qui tu n'as rien à dire, parce que tu es sur le BS.... Tu te vois comme un ostie de loser, même si les autres t'encouragent. Je me disais: je suis en ce moment 100% dans l'échec, jusqu'à ce que ça fonctionne. Tout le négatif, tu le transformes en une force.»

Pour rendre la chose encore plus ardue, il avait aussi choisi de ne plus voir personne et de ne pas toucher à l'alcool. Et il est convaincu que ces sacrifices ont mené à son premier contrat d'édition. Son nouveau dada pour ses prochains projets? L'abstinence sexuelle, qui devrait mener à un livre «plus cochon»!

«C'est comme entrer en religion, je passe d'une frustration à l'autre, jusqu'à ce que je vive de mon écriture», explique-t-il. Mais pourquoi cette passion dévorante? «Quand on est mal, on essaie d'être bien.» Ce qui a le mérite d'être clair...

De l'importance des rencontres

En parallèle de son roman Les écureuils sont des sans-abri, ce curieux projet, Michel Bourget, sauver des vies. Les deux livres se contaminent d'ailleurs, on croise Michel dans le premier, Simon-l'écrivain dans le deuxième. On pense au départ qu'il s'agit de la biographie d'un sauveteur en Gaspésie, jusqu'à ce que l'on découvre qu'en fait, nous lisons l'étrange histoire d'un illustre inconnu, Michel Bourget, que la providence a placé sur la route d'une douzaine de personnes en détresse. Simon Girard a eu un coup de foudre pour cet homme simple, dont il a eu envie de raconter les exceptionnelles anecdotes, dans ce livre échevelé, entièrement inspiré de leurs conversations, alors que l'écrivain vivait dans l'un de ses appartements gaspésiens après avoir perdu ses boulots. «C'est un sauvage et un sensible, un batailleur qui a de la tendresse et de la sensibilité, résume Simon Girard. D'avoir rencontré cet homme, c'est plus important que le livre. C'est aussi l'histoire de notre amitié. Pour moi, sa vie, c'est du jamais vu, même dans les films.»

Bref, Simon Girard raconte sa vie et raconte celle des autres. L'exercice avec Michel Bourget a été assez passionnant pour qu'il ait envie d'écrire l'histoire de son père, en plus de son prochain roman qui parlera de son expérience de donneur de sperme. Pour l'instant, il gagne son salaire comme accompagnateur de personne handicapée, travaille à un projet de film, participe à des micros ouverts humoristiques... C'est un touche-à-tout qui soutient ne plus lire que les journaux gratuits et le dictionnaire. «Je ne lirai plus jamais de livres, je pense. Parce que quand je lis des romans, soit je ne trouve pas ça bon, soit ça me donne envie d'écrire.» Un vrai toqué sympathique.

Les écureuils sont des sans-abri

Simon Girard

Coups de tête, 181 pages

Michel Bourget, sauver des vies

Simon Girard

Les 400 coups, 187 pages




publicité

publicité

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer