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La liste des romans québécois à sauver de l'oubli

La Presse

Pascal Assathiany, directeur général des éditions du Boréal

Carré Saint-Louis de Jean-Jules Richard (1971)

Un roman qui dépeint avec talent la bohême montréalaise de ce quartier.

Une vie d'enfer d'André Laurendeau (1965)

Un roman qui date un peu mais néanmoins de grande qualité, qui n'est plus disponible et risque donc l'oubli.

Bertrand Gervais, écrivain et professeur de littérature

1999 de Pierre Yergeau (1995)

Des phrases ruinées pour un univers en loques. Un spectacle halluciné, feux d'artifice inclus.

Chère Touffe, c'est plein de fautes dans ta lettre d'amour - roman de Jean-Marie Poupart. (1973)

Ça se lisait comme on écoute du Gilles Valiquette ou du Jim et Bertrand. Simple, mais intelligent.

L'Emmanuscrit de la mère morte D'Emmanuel Cocke (1972)

L'un de nos premiers déjantés. Ça allait nulle part, mais la "ride" était belle.

Dany Lafferrière, écrivain

Le Cassé (1964) de Jacques Renaud et Sans parachute (1977) de David Fennario. On les a oubliés et on a tort. Style vif. Talent brut. Regard panoramique sur la ville. Zoom sur la douleur individuelle. J'ai senti Montréal avec ces livres plus qu'avec nul autre. Avec une conscience sociale que les jeunes lecteurs aimeraient peut-être.

Robert Lévesque, critique

Après la mort de Jean Basile (né Besroudnoff en 1932, arrivé à Montréal fin des années 50), personne ne s'est préoccupé d'entretenir sa tombe littéraire, de la fleurir d'essentielles rééditions. De toute urgence, il faut proposer aux lecteurs d'aujourd'hui la trilogie de ce journaliste et grand écrivain : La Jument des Mongols, Le Grand Khan et Les Voyages d'Irkoutsk forment une oeuvre unique, vive, kaléidoscopique, et livrent un regard tragico-burlesque sur le Québec des années 60. Aussi important, le regard, que celui du natif Ducharme.

Pour sûr, il faut venger la censure de l'Église et l'oubli du Peuple qui se sont abattus sur La Scouine d'Albert Laberge, un roman du début du 20e siècle qui prend le contre-pied brutal des romans du terroir édifiants, et catholico-aliénants, en plongeant le lecteur dans les excréments (pisse et saletés) d'une société parente de celle de La terre de Zola.

Il faut relire un roman paru au Boréal en 1998, un roman (c'est là sa force, sa beauté) d'apprentissage au pire, roman de formation dans lequel un trio forme une cellule de résistance à la laideur du monde, cellule d'idéalistes dans un monde sans idéal, sorte de Fureur de vivre et de Jules et Jim entremêlés et solidaires sans frontières : Le bout de la terre, de Yan Muckle.

Éric Dupont, écrivain

Un seul continue de me revenir en tête: Poussière sur la ville d'André Langevin, que j'avais lu à l'université et beaucoup aimé. Pourquoi? Ce n'est pourtant pas mon genre de littérature, trop vraisemblable, trop ancrée dans le réel. Mais je me souviens avoir ressenti une certaine empathie pour le personnage principal, un médecin, qui vivait dans l'atmosphère étouffante d'une petite ville minière. Le regard des autres qui ne vous quitte jamais. Les palabres, les ragots et partout, la bêtise qui traîne comme une mauvaise odeur. Déjà vu? Oui, probablement.

Catherine Mavrikakis, écrivain

Game Over (2009) et Ravaler (2008) de Martyne Rondeau. Deux livre que j'adore. Judas (2007) de Tassia Trifiatis. Les laides otages (1990) de Josée Yvon. Dée (2002) de Michael Delisle, un vrai chef-d'oeuvre.

Marie-Claude Fortin, journaliste

Osther, le chat criblé d'étoiles, de France Vézina (1990)

L'histoire d'Alice Vaillancourt, née d'une mère indigne (une vraie) et d'un père artiste. Un roman désespéré et magnifique qui éblouit.

L'hiver au coeur, d'André Major (1987)

Le périple d'un homme qui rêve d'une métamorphose, écrit dans langue limpide, extraordinairement fluide. L'un des plus beaux textes d'André Major.

Coyote, de Michel Michaud (1988)

Un an avant l'Expo 67, Chomi, 19 ans, tombe dingue amoureux de Coyote, presque 16 ans. Un roman exubérant, volcanique, plein de vie et de nostalgie.

Pierre Foglia, chroniqueur

La Terre et Moi de Luc Bureau (1991)

Un autre titre du même vous dira mieux de quoi il s'agit dans celui-ci. Bureau donc qui était prof de géographie à Laval a aussi écrit : Entre l'Éden et l'Utopie : les fondements imaginaires de l'espace québécois. Disons que dans La Terre et Moi (1991) Bureau est moins dans le fondement et beaucoup plus dans l'imaginaire. Il n'est pas rare que la géographie rencontre la poésie pendant cinq minutes. Quand cette rencontre dure 250 pages, c'est un événement littéraire que je n'ai rencontré, depuis, que chez Gracq.

Dialogues en ruine de Laurent-Michel Vacher. (1996)

Deux amis, tous deux profs de philo à Ahuntsic, l'un est en train de mourir, l'autre est mort depuis, tous deux fous de Thomas Bernhard, parlent de tout ce qui compte vraiment dans la vie, l'anthropologie, la météo, les filles, la musique, l'art, l'éducation, la mort, 90 pages que j'ai offertes au moins 90 fois à 90 personnes que j'aime. Ben oui, il y en a 90, peut-être même plus, hein hein cela vous étonne... (à lire absolument aussi, de  Laurent Michel Vacher aussi, autre récit vivifié par la mort prochaine, Une petite fin du monde)

Mélanie Vincelette, écrivain et directrice des éditions Marchand de feuilles

Tout le monde devrait lire L'influence d'un livre de Philippe Aubert de Gaspé (fils), car c'est le premier roman canadien-français et il nous démontre que nos racines sont très romantiques-gore. Attention car le vin y est servi dans des bouteilles d'eau bénite.

Tous les livres du montréalais Stephen Leacock. Même ses éditeurs parisiens semblent penser qu'il est New-yorkais mais il y a bel et bien un bâtiment à McGill qui porte son nom. C'est le satiriste le plus flamboyant de son époque aujourd'hui tombé dans l'oubli. J'aime le lire pour ses descriptions des richissimes dames de Westmount corsetées dans des robes pervenche, leurs bagues serties de cigales en or qui tintent sur la porcelaine de leur tasse alors qu'elles éructent des méchancetés à l'heure du thé.

Éric de Larochellière, directeur des éditions Le Quartanier

Le Cassé une novella et des nouvelles, de Jacques Renaud (1964)

Histoire d'un dépossédé, Ti-Jean, qui perdra pied encore plus. Sans doute le classique québécois dont le plus de gens aujourd'hui connaissent le titre sans nécessairement l'avoir lu. L'auteur a récupéré ses droits il y a quelques années et diffuse ce livre, et tous les écrits de Jacques Renaud (son pseudonyme pour la fiction) et Loup Kiliboki (son pseudonyme pour la poésie), sur son site internet: http://electrodes.wordpress.com/fiction-2/jacques-renaud/le-casse-nouvelles-de-jacques-renaud/ Pas mal de jeunes écrivains québécois doivent quelque chose à ce livre, qu'ils le sachent ou non.

L'incubation de Gérard Bessette (1965)

Montréal et «Narcotown» au début des années 60; Londres en 1940 et l'amour sous les bombes avec Antinéa pendant les Blitz de la Luftwaffe. Un livre immense et drôle de Bessette, complexe et fiévreux. Sa narration, pleine d'apartés et de glissements, entraîne tout le récit dans la circularité labyrinthique du souvenir, entre un suicide et une nuit de beuverie. Ce roman n'est plus disponible, comme toute l'oeuvre de Bessette, à l'exception du Libraire et de La bagarre, si je ne m'abuse. Il y a aussi Les Anthropoïdes, roman apparemment inspiré de La guerre du feu et qui met en scène des hommes-singes, qui raconte l'évolution de l'être humain, je ne l'ai pas lu mais ça viendra (quand je mettrai la main sur un exemplaire qui refera bien surface quelque part).

Serge d'entre les morts de Gilbert La Rocque VLB (1976)

En 2006, Robert Lévesque lui consacrait un texte dans Le Libraire et il parlait de «presqu'oubli», mais quelques-uns s'en souviendront toujours. La Rocque a signé une des oeuvres les plus intransigeantes que la littérature québécoise ait produite, dont les sommets pourraient être Serge d'entre les morts et Les masques, mais cette précision, qui n'est pas fausse, coupe de l'essentiel: l'oeuvre se fait en six longs mouvements, en six romans, dans une langue d'une ampleur violente et cadencée qui charrie tout, mort et jubilation, mémoire et désir, récits et sens. De la famille à l'engagement politique, l'oeuvre de La Rocque a arraché bien des masques, à l'écoute des vérités du corps, de la mémoire et de la conscience. On en voit peu de cette ampleur et de cette violence surgir aujourd'hui au Québec, et c'est déjà un peu le nom de cet oubli relatif dans lequel cette oeuvre se trouve.

Tu attends la neige, Léonard? de Pierre Yergeau (1992)

Premier livre de Yergeau (des nouvelles interreliées), par lequel pas mal de lecteurs de ma génération l'ont découvert. L'Abitibi de l'enfance de l'auteur recréée par la mémoire; on voit plus ou moins le narrateur écrire le livre qu'on lit, mais la force de cette oeuvre est ailleurs, dans l'alternance assez libre des scènes et des tableaux dont le protagoniste est Léonard (garçon handicapé de douze ans, bloqué à l'âge de cinq ans), et dans cette écriture puissante d'images, attentive aux sensations et aux perceptions les plus fugitives.

Les effets pervers de Martin Gagnon (2000)

Ce roman est sorti, a fait parler de lui, puis a disparu aussi vite (pilonné à peine deux ans après sa sortie). Ce texte attaque les nerfs, dans certaines scènes, tant son narrateur est toxique et retors. L'affaire en quelques mots: un tueur en série doctorant en philosophie, une pensée criminelle qui se déplie et se replie dans un style ciselé à l'extrême, hanté par Aquin, Sade et Bataille, et quelques meurtres, qui ébranlent par leur cruauté monstrueuse. Le comique qui émane de ces passages ébranle du même souffle (on rit malgré nous). Le premier roman d'un auteur véritablement hors norme. Le Quartanier le republiera en 2012.

Soigne ta chute de Flora Balzano (1991)

Ce livre n'entre pas dans la catégorie des livres oubliés ou méconnus. Je le mets ici parce qu'après plus de quinze ans je ne l'ai pas oublié, en tout cas je l'ai moins oublié que des centaines d'autres, et que je me dis que je devrais le relire. Je me souviens d'une insolence un peu amère qui inspirait de la sympathie comme sans effort, d'un humour défaitiste, d'une sensibilité noire et à vif, et d'un style assez cassé. La narratrice: une immigrée qui en a bavé, et qui n'est comiquement pas en manque de chien et de mauvais sentiments.

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