Scènes de crime inusitées

En 2009, Robert Pépin a quitté les éditions du Seuil, où il dirigeait les remarquables séries «Policiers» et «Thrillers», pour rejoindre Calmann-Lévy où il a lancé une nouvelle collection intitulée - clin d'oeil à Hitchcock? - «Robert Pépin présente». Les trois premiers titres sont maintenant en librairie, soit La rivière Perdue, de Michael Koryta, Entre deux verres, de Lawrence Block, et Signé: Allison Murietta, de T. Jefferson Parker. Si les deux derniers sont indiscutablement de vrais romans policiers, il en est tout autrement pour La rivière Perdue, qui est un thriller fantastique dans la veine des oeuvres de Stephen King! Qu'on en juge...

Doté d'une intuition (un sixième sens?) peu commune, le vidéaste Éric Shaw attire l'attention d'Alyssa Bradford, qui lui demande de réaliser un documentaire sur Campbell Bradford, millionnaire de 95 ans au passé mystérieux. Elle lui confie une bouteille d'«eau de Pluton», liquide aux propriétés étranges que le vieil homme conservait jalousement et dont Éric boit quelques gorgées. Shaw se rend à French Lick, bled de l'Indiana où coule la rivière Perdue dont les eaux sont censées soigner tous les maux.

Alors qu'il commence son enquête sur le passé de Bradford, le vidéaste a soudain des visions terrifiantes, des hallucinations (toutes liées à l'eau de Pluton) au cours desquelles il découvre peu à peu le passé tumultueux et violent de cette étrange vallée. Mais sa visite a aussi déclenché autre chose... Une force du mal, longtemps oubliée, se manifeste à nouveau.

Michael Koryta (un protégé de Michael Connelly) est un écrivain de polar consacré, au talent indéniable. C'est là sa première incursion en territoire fantastique, avec un récit dont la thématique, toutefois, n'est guère originale. Nul doute qu'avec un peu d'imagination et beaucoup de mauvaise foi, on pourrait qualifier cet étrange objet de «roman noir». Mais qu'une nouvelle collection policière commence avec la publication d'un thriller fantastique nous laisse quand même un peu perplexe.

Au meilleur de nos connaissances, Budapest la noire, de Vilmos Kondor, est le premier polar hongrois offert en traduction.

L'action se passe à Budapest, en 1936, alors que le premier ministre vient de mourir. Zsigmond Gordon, reporter judiciaire, enquête sur le meurtre d'une jeune prostituée juive. Plus il fouine, plus il s'attire d'ennuis.

Fortement inspiré par les polars hard-boiled de Dashiell Hammett, Jim Thompson ou Charles Willeford, ce récit sans surprise, qui exploite sans vergogne les clichés du roman noir américain, vaut surtout par son contexte inusité et sa toile de fond historique, soit Budapest à la veille de la Seconde Guerre mondiale, ses gangs, ses prostituées et ses élites politiques corrompues.

Momentum, de Patrick de Friberg, est un roman d'espionnage dont l'action se déroule en Union soviétique, en Allemagne de l'Est et au Québec. En 1985, le KGB met sur pied un complot qui devrait lui permettre, trois décennies plus tard, de prendre le contrôle du gouvernement canadien. But de l'opération: éloigner le pays du giron des Américains pour le rapprocher de la Russie. Mais le général Carignac et son complice, le commandant Lefort, ont d'autres intentions. Patrick de Friberg nous entraîne dans une intrigue bien ficelée, où abondent les coups fourrés et les rebondissements jusqu'à une double finale surprenante. En effet, alors que les espions de tous bords complotent et magouillent, un germe mortel, nouveau cavalier de l'Apocalypse issu d'un laboratoire secret canadien, va intervenir à sa sinistre manière dans les activités humaines et faire échouer les plans les plus subtils.

Après une carrière française sous le pseudonyme de Mornevert, Patrick de Friberg s'est établi au Québec. Momentum (Grand Prix du Cercle Caron) est l'occasion de découvrir les talents de ce conteur habile, que d'aucuns considèrent déjà comme le fils spirituel de Vladimir Volkoff.

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* * * 1/2

La rivière Perdue. Calmann-Lévy, 428 pages, 32,95 $.

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Budapest la noire. Vilmos Kondor. Rivages, 254 pages, 34,95 $.

* * * *

Momentum. Patrick de Friberg. Goélette, 314 pages, 24,95 $.




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